<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> L’échec de l’exportation du plurinationalisme

15 mai 2023

Temps de lecture : 2 minutes

Photo : Portrait officiel du premier cabinet du gouvernement de Gabriel Boric. Wiki Commons

Abonnement Conflits

L’échec de l’exportation du plurinationalisme

par

Au Chili, le gouvernement de gauche de Gabriel Boric a connu une défaite dans les urnes en perdant le contrôle de l’Assemblée constituante. C’est à la fois une victoire électorale pour les partis de droite mais aussi le signe du rejet du projet plurinationaliste que voulait imposer Boric a travers le précédent texte rejeté.

Emilio Martinez. Article original paru sur le site Publico.bo. Traduction de Conflits. 

Le Chili s’est à nouveau rendu aux urnes pour régler son processus constitutionel, cette fois pour élire un Conseil constitutionnel où la gauche a été battue. Comme d’habitude, de nombreux médias ont parlé d’une montée de « l’extrême droite » ou de « l’ultra-droite », à propos du Parti républicain (PR) de José Antonio Kast, avec un formidable dynamisme qu’ils n’appliquent pas habituellement aux formations de la gauche radicale.

Le choix de la continuité 

Il serait plus simple et plus juste de parler de conservateurs (PR) et de libéraux (Chile Seguro). Ces deux forces représenteront 33 des 51 sièges du Conseil constitutionnel, garantissant le quorum des 3/5 qui sera la clé de la rédaction de la nouvelle Magna Carta qui, avec cette corrélation, ne différera pas de l’actuelle sur des questions fondamentales.

L’électeur semble avoir dit : pas d’expériences dirigistes qui nous éloignent de l’économie de marché et, plus encore, pas d’expériences ethno-populistes. Sur ce dernier point, la tentative d’exporter le modèle plurinational de la Bolivie, à laquelle l’ancien vice-président Álvaro García Linera a participé jusqu’à récemment, a une fois de plus échoué.

À lire également

L’aventure constitutionnelle chilienne tourne à droite

L’influence stratégique qu’Evo Morales a tenté d’exercer sur l’agenda politique du Pérou, en particulier dans le sud du pays, est une autre tentative ratée, qui a été encouragée par l’agitation. Qui sait quelles nouvelles orientations Morales devra chercher avec son Runasur, l’organisation que l’ALBA et le Forum de Sao Paulo ont conçue pour lui en guise de prix de consolation pour n’avoir pas été en mesure d’assumer personnellement la présidence bolivienne.

Le plurinationalisme, il est bon de le préciser, n’est pas le résultat endogène d’une quelconque décolonisation, mais un produit européen importé par les conseillers espagnols de Podemos, qui ont eu tant à faire avec les nouvelles Constitutions latino-américaines du début du XXIe siècle. Ce n’est pas non plus leur invention, mais plutôt une reprise des théories de l’austro-marxiste Otto Bauer, conçues à l’époque de la dissolution de l’empire des Habsbourg.

Face aux écueils de ceux qui ont dirigé le régime pendant 14 ans, il serait bon que le « néo-masismo » de Luis Arce cesse d’exporter de l’idéologie et se concentre sur le déblocage des exportations agro-industrielles, entravées par un système de quotas et d’interdictions qui n’aide pas à faire rentrer les devises dont l’économie bolivienne a besoin pour se stabiliser.

Enfin, pour en revenir au Chili, Gabriel Boric donne souvent des signaux pour se différencier des autres membres de son bloc continental, jouant à la « gauche démocratique » avec la critique de la dictature nicaraguayenne (qui ne s’étend pas à Cuba). Mais dans la mesure où le projet de refondation ou de constituante socialiste est finalement tronqué, il faudra être attentif à ce que certains autoritaires de l’entourage de Boric pourraient suggérer, en termes de radicalisation de fait ou de gouvernement imposant des changements par décret.

À lire également

Les quatre mousquetaires de la gauche latino-américaine

Voir aussi

L’empire Musk : des holdings aux étoiles

SpaceX, xAI, Tesla, X Corp., Neuralink, The Boring Company : Elon Musk a bâti un empire industriel dont la structure de gouvernance — actions à droits de vote différenciés, fusions croisées, filiales emboîtées — lui garantit un contrôle absolu sans détenir la majorité économique. En...

Mistral s’associe à Airbus et BMW et veut investir l’industrie

La start-up française Mistral AI annonce des partenariats de cinq ans avec Airbus et BMW pour déployer l'intelligence artificielle dans les processus industriels — simulation numérique, conception d'avions, crash tests automobiles. Mistral étend simultanément ses partenariats dans le...

Dans l’enfer de la « Kill Zone », survivre aux drones kamikazes

Sur le front de l'Est, l'évolution de l'utilisation des drones est si fulgurante qu'elle contraint l'armée ukrainienne à revoir ses stratégies de défense tous les six mois, imposant des conditions toujours plus mortelles dans le périmètre du front. Entre les bricolages « Mad Max »,...

À propos de l’auteur
Revue Conflits

Revue Conflits

Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.