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François Bafoil décrit, chronique après chronique, les ressorts du trumpisme du second mandat : la fabrication d’un peuple, l’humiliation érigée en méthode, la démocratie remise en cause.
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Une lecture salutaire, alors que le trumpisme est devenu un produit d’exportation à large diffusion — dont il n’est pas sûr que les modèles démocratiques sortent indemnes.
François Bafoil, MAGA, la horde, chronique de la haine, Dunod, septembre 2026.
Dans le contexte global d’une montée de ce que l’on appelle des régimes illibéraux, il semble évident que le modèle de référence soit celui qui a été introduit aux États-Unis lors du premier mandat de Donald Trump, et qui s’est littéralement accentué, jusqu’à la caricature, pour le deuxième mandat.
Ces lignes sont écrites à quelques semaines des élections de mi-mandat, de novembre 2026, au moment où le président — chef du parti républicain — annonce que chaque électeur recevra « un dividende » de 5 000 $ en cas de victoire de son parti au Sénat et à la Chambre des représentants.
Ce qui, dans toute démocratie normalement constituée, serait qualifié d’« achat de vote » et probablement poursuivi en justice, a suscité un enthousiasme débridé des supporters du locataire de la Maison-Blanche.
Cet ouvrage vient donc à point nommé pour montrer quels sont les ressorts qui se sont peu à peu infusés dans une partie très importante de la population américaine. Il ne faut jamais oublier que Trump a fait augmenter le taux de participation aux élections, et qu’il a remporté le vote populaire pour son deuxième mandat. Les choses sont donc très claires : une large partie du narratif que développe le président des États-Unis est très largement reprise par une frange significative de l’électorat.
Ce qui apparaît comme de l’outrance devient une forme de gouvernance. On y retrouve la recette qui avait déjà fonctionné lors du premier mandat, alors que Trump lui-même ne croyait pas l’emporter, mais qui s’est véritablement industrialisée pour le deuxième.
Fabriquer un peuple
Trump a créé un peuple, le seul qui compte à ses yeux : celui des petits, des obscurs, des sans-grade, qui se subliment dans les mots qu’il prononce et dans les politiques conduites, même si, paradoxalement, elles vont à l’encontre de leurs intérêts. À cet égard, il faut souligner la parole anesthésiante de Donald Trump, qui parvient tout de même à faire oublier les conséquences de ces errements en politique étrangère, notamment en s’engageant dans une guerre contre l’Iran, avec les conséquences sur les approvisionnements pétroliers que l’on connaît aujourd’hui.
Mais il suffit à Trump d’annoncer un accord avec le Venezuela, premières réserves pétrolières mondiales, pour justifier sa politique, qui fait subir un coup de frein à la croissance économique de la plupart des pays de l’OCDE.
Chacun des chapitres de cet ouvrage relate, sous des angles différents, le mode de fonctionnement de cette administration que les États-Unis devraient subir pour encore deux ans — peut-être plus, si le vice-président devait lui succéder.
L’humiliation comme méthode
Ce livre peut se diviser en trois parties : ce qui relève directement de la psychologie du personnage, mais également les ressorts de la manipulation qu’il met en œuvre avec sa base MAGA. La façon dont son entourage — très changeant lors du premier mandat, beaucoup plus soumis pour le deuxième — fait l’objet d’un traitement particulier. Ces personnages sont soumis à des humiliations quotidiennes : l’épisode des chaussures, offertes par le président pour un montant de 145 $, qu’ils sont tenus de porter pour le conseil des ministres, laisse rêveur. L’ouvrage fourmille de ce type d’anecdotes, où l’enfant-roi impose sa volonté à ses subordonnés.
L’immigration et le roman national
Le mode de fonctionnement de cette administration s’inscrit donc dans une remise en cause fondamentale des bases de la démocratie.
L’immigration est ainsi présentée comme un cancer qui ronge de l’intérieur la société américaine, et l’on y retrouve des fantasmes obsessionnels, comme ces Haïtiens ivres de rage qui auraient coupé la tête des canards avant de les dévorer.
De la même façon, tout ce qui peut conduire à une remise en cause, à un regard critique sur certains éléments de l’histoire des États-Unis — à commencer par la question noire, ou le sort fait aux Amérindiens pendant la conquête de l’Ouest — est balayé d’un revers de main. Cela se traduit par des pressions très fortes, y compris budgétaires, sur des institutions fédérales ou des universités.
La force érigée en doctrine
Cette chronique met évidemment l’accent sur le ressort de la politique étrangère de cette administration. En réalité, il n’y a pas de véritable différence entre la conduite de la politique intérieure et celle de la politique étrangère. Ce sont les mêmes principes directeurs, avec une vision qualifiée de « réaliste », fondée sur les intérêts exclusifs des États-Unis.
Très clairement, les États-Unis s’affirment, dans le document intitulé « stratégie pour la sécurité nationale », rendu public en novembre 2025, comme une puissance prédatrice qui ira chercher ce dont elle estime avoir besoin pour assurer son développement.
De la même façon, et sans aucune précaution de langage diplomatique, l’administration républicaine, par la voix du président ou du vice-président, ne fait pas mystère de ses choix préférentiels à propos de la politique intérieure des États européens, qui sont tout de même clients et fournisseurs des États-Unis. En réalité, la démarche de Donald Trump rappelle assez bien le mode de fonctionnement des oligarques russes qui ont mis l’économie du pays en coupe réglée pendant la présidence de Boris Eltsine. La notion de gagnant-gagnant, qui serait finalement un gage de prospérité partagée, leur est complètement étrangère. Le modèle des oligarques russes, repris très largement à leur profit par les cercles proches de Poutine aujourd’hui, est celui de la soumission. En cas de besoin, la force peut être mobilisée, sur le plan douanier comme sur le plan militaire. De ce fait, la relecture de la doctrine de Monroe sur l’hémisphère américain, qui date tout de même de 1823, semble évidente.
Pour autant, face à la force qui peut s’exprimer de la même façon — et cela concerne la Chine ou la Russie, voire la Corée du Nord, puissance nucléaire —, la démarche peut apparaître comme plus mesurée. Les ambiguïtés de la politique américaine à propos de l’Ukraine, si elles présentent l’avantage de contraindre les Européens à sortir de l’innocence, s’inscrivent dans cette démarche du deal à court terme, dont les conséquences immédiates peuvent être extrêmement dangereuses, surtout si la Russie venait à s’effondrer de l’intérieur.
C’est donc une lecture salutaire, dans le contexte actuel, non seulement pour comprendre les États-Unis, mais aussi pour observer le mode de fonctionnement de la communication politique qui se développe aujourd’hui dans les pays démocratiques. De ce point de vue, le trumpisme est devenu un produit d’exportation de large diffusion. Il n’est pas sûr que les modèles démocratiques y résistent.
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