À la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a présenté la vision de l’administration Trump pour la relation transatlantique. Entre critique de la mondialisation, appel à la réindustrialisation occidentale, défense de la souveraineté nationale et plaidoyer pour une alliance renouvelée entre l’Europe et les États-Unis, son discours esquisse les contours d’une stratégie assumant un tournant plus national et civilisationnel. Nous en publions ci-dessous la traduction officielle française.
Les points marquants du discours
Une alliance transatlantique à refonder autour d’une « civilisation occidentale » commune. Marco Rubio rappelle l’histoire de l’alliance depuis la Guerre froide et insiste sur ce que les États-Unis et l’Europe « défendent » : nations, peuples, mode de vie, héritage culturel et chrétien, et souveraineté.
Rejet de « l’illusion » de l’après-1989. Il dénonce la croyance en une « fin de l’histoire », la désindustrialisation, la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales et la délégation de souveraineté à des institutions internationales.
Priorités affichées : réindustrialisation, défense, énergie, technologies. Marco Rubio appelle à reconstruire la puissance industrielle et militaire occidentale et à coopérer sur les secteurs stratégiques du XXIe siècle (IA, automatisation, minerais critiques, espace), tout en critiquant des politiques climatiques jugées pénalisantes.
Frontières et migration : la souveraineté comme argument central. Il présente la maîtrise des frontières et la limitation de la migration de masse comme une exigence de souveraineté et de cohésion sociale, qu’il oppose à l’idée d’un « monde sans frontières ».
Institutions internationales et crises : plaidoyer pour une action plus réaliste sous leadership américain. Marco Rubio juge l’ONU inefficace sur Gaza, l’Ukraine ou l’Iran et affirme que l’action américaine a été décisive. En questions-réponses, il dit ne pas savoir si la Russie veut réellement la paix mais affirme poursuivre les efforts, et défend le dialogue avec la Chine tout en assumant des divergences d’intérêts durables.
Nous publions ci-dessous la traduction officielle en français du discours prononcé par Marco Rubio, extraite du site du Département d’État.
Département d’État des États-Unis. Marco Rubio, secrétaire d’État. Hôtel Bayerischer Hof. Munich, Allemagne. Le 14 février 2026
Allocution
Merci beaucoup. Nous sommes réunis ici aujourd’hui en tant que membres d’une alliance historique, une alliance qui a sauvé et transformé le monde. Lorsque cette conférence a commencé en 1963, elle se tenait dans un pays – en fait, c’était sur un continent – qui était divisé contre lui-même. La ligne séparant le communisme de la liberté traversait le cœur de l’Allemagne. Les premières clôtures barbelées du mur de Berlin avaient à peine été érigées deux ans plus tôt.
Et quelques mois avant cette première conférence, avant que nos prédécesseurs ne se réunissent pour la première fois ici, à Munich, la crise des missiles de Cuba avait placé le monde au bord de la destruction nucléaire. La Seconde Guerre mondiale était encore vive dans la mémoire des Américains et des Européens quand nous nous sommes retrouvés face à la menace d’une nouvelle catastrophe mondiale, une catastrophe susceptible d’entraîner un type de destruction inédit, plus apocalyptique et définitif que tout ce que l’humanité avait connu jusque-là.
Au moment de cette première réunion, le communisme soviétique était en marche. Le sort d’une civilisation occidentale vieille de milliers d’années était en suspens. À l’époque, la victoire était loin d’être acquise. Mais nous étions animés par un objectif commun. Nous n’étions pas seulement unis par ce que nous affrontions, mais aussi par ce que nous défendions. Ensemble, l’Europe et l’Amérique ont triomphé et un continent a été reconstruit. Nos peuples ont prospéré. Avec le temps, les blocs de l’Est et de l’Ouest ont été réunifiés. Une civilisation a retrouvé son intégrité.
Ce mur tristement célèbre qui avait scindé ce pays en deux est tombé, et avec lui, un empire malfaisant, et l’Est et l’Ouest ont retrouvé leur unité. Mais l’euphorie de ce triomphe nous a conduits à une illusion dangereuse : celle que nous étions entrés dans, je cite, « la fin de l’histoire », que chaque pays deviendrait désormais une démocratie libérale, que les liens créés par le commerce et les échanges remplaceraient l’idée même de nation, que l’ordre mondial fondé sur des règles – une expression galvaudés – supplanterait l’intérêt national et que nous allions désormais vivre dans un monde sans frontières où chacun serait citoyen du monde.
C’était une idée insensée, qui ne tenait compte ni de la nature humaine ni des leçons tirées de plus de 5 000 ans d’histoire dont nous avons des traces écrites. Et cela nous a coûté très cher. Dans cette illusion, nous avons adopté une vision dogmatique du libre-échange sans entraves, alors même que certains pays protégeaient leur économie et subventionnaient leurs entreprises pour systématiquement vendre moins cher que les nôtres, entraînant la fermeture de nos usines, la désindustrialisation de vastes pans de nos sociétés, la délocalisation de millions d’emplois de la classe moyenne et ouvrière, et l’abandon du contrôle de nos chaînes d’approvisionnement critiques à nos adversaires comme à nos rivaux.
Nous avons progressivement délégué notre souveraineté à des institutions internationales, tandis que de nombreux pays investissaient dans des États providence faramineux au détriment de leur capacité à se défendre. Ceci, alors même que d’autres pays engageaient le réarmement militaire le plus rapide de toute l’histoire de l’humanité, et n’hésitaient pas à user de la force pour poursuivre leurs intérêts. Afin de complaire à un culte climatique, nous nous sommes imposé des politiques énergétiques qui appauvrissent nos peuples, tandis que nos concurrents exploitent le pétrole, le charbon, le gaz naturel et bien d’autres ressources, non seulement pour alimenter leur économie, mais aussi pour s’en servir comme levier contre la nôtre.
Et au nom d’un monde sans frontières, nous avons ouvert nos portes à une vague sans précédent de migration de masse qui menace la cohésion de nos sociétés, la continuité de notre culture et l’avenir de nos peuples. Nous avons commis ces erreurs ensemble et aujourd’hui, ensemble, nous devons à nos peuples de regarder la réalité en face et d’aller de l’avant pour reconstruire.
Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis d’Amérique se chargeront à nouveau de la tâche du renouveau et de la restauration, guidés par la vision d’un avenir aussi fier, aussi souverain et aussi vital que le passé de notre civilisation. Et bien que nous soyons prêts, si nécessaire, à le faire seuls, notre préférence et notre espoir est de le faire avec vous, nos amis ici en Europe.
Parce que les États-Unis et l’Europe sont liés par des liens indissolubles. L’Amérique a été fondée il y a 250 ans, mais ses racines remontent bien plus loin, ici, sur ce continent. Ceux qui se sont installés pour bâtir le pays où je suis né sont arrivés sur nos côtes en apportant avec eux les souvenirs, les traditions et la foi chrétienne de leurs ancêtres, héritage sacré et lien indéfectible entre l’Ancien et le Nouveau Monde.
Nous appartenons à une seule et même civilisation : la civilisation occidentale. Nous sommes liés par les liens les plus profonds que des pays puissent partager, forgés par des siècles d’histoire commune, de foi chrétienne, de culture, de patrimoine, de langue, d’ascendance et par les sacrifices que nos ancêtres ont consentis ensemble pour la civilisation dont nous avons hérité.
Voilà pourquoi, parfois, nous autres Américains pouvons sembler un peu directs et pressants dans nos conseils. C’est pour cela que le président Trump exige du sérieux et de la réciprocité de la part de nos amis européens. La raison en est, mes amis, que nous nous soucions profondément de vous. Nous nous soucions profondément de votre avenir et du nôtre. Et si nous sommes parfois en désaccord, ces désaccords proviennent de notre profonde préoccupation pour une Europe à laquelle nous sommes liés, non seulement économiquement et militairement, mais aussi spirituellement et culturellement. Nous voulons une Europe forte. Nous sommes convaincus que l’Europe doit survivre, car les deux grandes guerres du siècle dernier constituent un rappel historique constant qu’au final, notre destin est et sera toujours lié au vôtre, parce que nous savons – (applaudissements) – nous savons que le sort de l’Europe ne sera jamais sans conséquence pour le nôtre.
La sécurité nationale, qui est le thème principal de cette conférence, ne se résume pas à une série de questions techniques : combien nous dépensons pour la défense ou bien où et comment nous la déployons. Ce sont des questions importantes, certes, mais mais elles ne sont pas fondamentales. La question fondamentale à laquelle nous devons répondre dès le départ est : que défendons-nous exactement ? Parce que les armées ne se battent pas pour des abstractions. Les armées se battent pour un peuple. Elles se battent pour une nation. Elles se battent pour un mode de vie. C’est cela que nous défendons : une grande civilisation qui a toutes les raisons d’être fière de son histoire, confiante en son avenir et déterminée à rester maîtresse de son destin économique et politique.
C’est ici, en Europe, que sont nées les idées qui ont semé les graines de la liberté et changé le monde. C’est l’Europe qui a mis au monde l’État de droit, les universités et la révolution scientifique. C’est ce continent qui a donné naissance au génie de Mozart et de Beethoven, de Dante et de Shakespeare, de Michel-Ange et de Léonard de Vinci, des Beatles et des Rolling Stones. Et c’est ici que les voûtes de la chapelle Sixtine et les flèches majestueuses de la grande cathédrale de Cologne témoignent non seulement de la grandeur de notre passé et de la foi en Dieu qui a inspiré ces merveilles, mais annoncent aussi les merveilles qui nous attendent dans l’avenir. Mais ce n’est qu’en assumant pleinement notre héritage et en étant fiers de cet héritage commun que nous pourrons commencer ensemble à imaginer et à façonner notre avenir économique et politique.
La désindustrialisation n’était pas inévitable. Il s’agissait d’un choix politique délibéré, d’un projet économique de plusieurs décennies qui a privé nos pays de leur richesse, de leur capacité productive et de leur indépendance. Et la perte de notre souveraineté sur les chaînes d’approvisionnement n’était pas le fruit d’un système commercial mondial sain et prospère. C’était une imprudence. C’était une transformation imprudente mais volontaire de nos économies, qui nous a rendus dépendants des autres et dangereusement vulnérables aux crises.
La migration de masse n’a jamais été et n’est pas une préoccupation marginale sans grande importance. Elle a été et continue d’être une crise qui transforme et déstabilise les sociétés de tout l’Occident. Ensemble, nous pouvons réindustrialiser nos économies et reconstruire notre capacité à défendre nos peuples. Mais le travail de cette nouvelle alliance ne doit pas se limiter à la coopération militaire ni à la reconquête des industries du passé. Il doit également viser à faire progresser ensemble nos intérêts communs et à explorer de nouvelles frontières, en à libérer notre ingéniosité, notre créativité et notre esprit d’initiative pour bâtir un nouveau siècle occidental. Vols spatiaux commerciaux et intelligence artificielle de pointe ; automatisation industrielle et production flexible ; création de chaînes d’approvisionnement occidentales pour les minerais critiques qui ne soient pas vulnérables au chantage d’autres puissances ; et un effort commun pour conquérir des parts de marché dans les économies du Sud global. Ensemble, nous pouvons non seulement reprendre le contrôle de nos industries et de nos chaînes d’approvisionnement, mais aussi prospérer dans les domaines qui définiront le XXIe siècle.
Mais nous devons aussi reprendre le contrôle de nos frontières nationales, en contrôlant qui et combien de personnes entrent dans nos pays. Ce n’est pas faire preuve de xénophobie ni de haine : c’est un acte fondamental de souveraineté nationale. Ne pas le faire n’est pas seulement un abandon de l’un de nos devoirs les plus élémentaires envers nos peuples. C’est une menace urgente pour le tissu même de nos sociétés et pour la survie de notre civilisation.
Enfin, nous ne pouvons plus placer le prétendu ordre mondial au-dessus des intérêts vitaux de nos peuples et de nos pays. Nous n’avons pas à abandonner le système de coopération internationale que nous avons créé, ni à démanteler les institutions mondiales de l’ancien ordre que nous avons construites ensemble. Mais celles-ci doivent être réformées. Elles doivent être reconstruites.
Par exemple, les Nations unies ont encore un énorme potentiel pour être un instrument au service du bien dans le monde. Mais nous ne pouvons ignorer qu’aujourd’hui, sur les questions les plus urgentes qui se posent à nous, l’ONU n’apporte aucune réponse et elle ne joue pratiquement aucun rôle. Elle n’a pas pu résoudre la guerre à Gaza. C’est plutôt le leadership américain qui a permis de libérer les captifs des barbares et a apporté une trêve fragile. Elle n’a pas résolu la guerre en Ukraine. Il a fallu le leadership américain, en partenariat avec de nombreux pays ici présents aujourd’hui, pour amener les deux parties à la table des négociations à la recherche d’une paix encore insaisissable.
Elle s’est montrée impuissante à freiner le programme nucléaire des religieux chiites radicaux de Téhéran. Il a fallu pour cela 14 bombes larguées avec précision par des bombardiers américains B-2. Elle n’a pas non plus été en mesure de faire face à la menace que représente pour notre sécurité un dictateur narcoterroriste au Venezuela. Ce sont les forces spéciales américaines qui ont dû intervenir pour amener ce fugitif devant la justice.
Dans un monde idéal, tous ces problèmes, et bien d’autres encore, seraient résolus par des diplomates et des résolutions fermes. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal, et nous ne pouvons continuer à permettre à ceux qui menacent ouvertement et sans vergogne nos citoyens et la stabilité mondiale de se retrancher derrière les abstractions du droit international, qu’ils violent eux-mêmes régulièrement.
C’est la voie que le président Trump et les États-Unis ont choisie. C’est la voie que nous vous demandons, ici en Europe, de suivre avec nous. C’est une voie que nous avons déjà empruntée ensemble et que nous espérons emprunter à nouveau. Pendant cinq siècles, avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident n’a cessé de s’étendre : ses missionnaires, ses pèlerins, ses soldats, ses explorateurs ont quitté ses côtes pour traverser les océans, coloniser de nouveaux continents et bâtir de vastes empires à travers le globe.
Mais en 1945, pour la première fois depuis l’époque de Christophe Colomb, il a commencé à se contracter. L’Europe était en ruines. La moitié de son territoire vivait derrière un rideau de fer et le reste semblait sur le point de suivre. Les grands empires occidentaux étaient entrés dans une phase de déclin irréversible, accéléré par les révolutions communistes athées et les soulèvements anticolonialistes qui allaient transformer le monde et draper de vastes portions de la carte du marteau et de la faucille rouges pour des années.
Dans ce contexte, à l’époque comme aujourd’hui, nombreux en sont venus à croire que l’ère de la domination de l’Occident était révolue et que notre avenir était voué à n’être qu’un pâle et faible écho de notre passé. Mais ensemble, nos prédécesseurs ont reconnu que le déclin était un choix, et c’était un choix qu’ils refusaient de faire. C’est ce que nous avons fait ensemble par le passé, et c’est ce que le président Trump et les États-Unis souhaitent faire à nouveau aujourd’hui, avec vous.
Et c’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, parce que cela nous rend plus faibles. Nous voulons des alliés capables de se défendre afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de tester notre force collective. C’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient entravés par la culpabilité et la honte. Nous voulons des alliés qui soient fiers de leur culture et de leur héritage, qui comprennent que nous sommes les héritiers d’une même civilisation grande et noble, et qui, avec nous, sont prêts à la défendre et en sont capables.
Et c’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés rationalisent le statu quo défaillant plutôt que de reconnaître ce qui est nécessaires pour y remédier, car nous, en Amérique, n’avons aucun intérêt à être les gardiens polis et ordonnés du déclin contrôlés de l’Occident. Nous ne cherchons pas à nous séparer, mais à revitaliser une vieille amitié et à renouveler la plus grande civilisation de l’histoire de l’humanité. Ce que nous voulons, c’est une alliance redynamisée reconnaissant que ce qui afflige nos sociétés n’est pas seulement un ensemble de mauvaises politiques, mais aussi un malaise lié au désespoir et à la complaisance. Une alliance – l’alliance que nous souhaitons est une alliance qui n’est pas paralysée par la peur – la peur du
changement climatique, la peur de la guerre, la peur de la technologie. Nous voulons, au contraire, une alliance qui se lance avec audace dans l’avenir. La seule peur que nous avons est celle de ne pas laisser à nos enfants des pays plus fiers, plus forts et plus prospères.
Une alliance prête à défendre nos peuples, à protéger nos intérêts et à préserver la liberté d’action qui nous permet de façonner notre propre destin, et pas une alliance qui existe pour gérer un État providence mondial et expier les prétendus péchés des générations passées. Une alliance qui ne permet pas que sa puissance soit externalisée, contrainte ou subordonnée à des systèmes échappant à son contrôle ; une alliance qui ne dépend pas des autres pour les besoins essentiels de sa vie nationale ; et une alliance qui n’entretient pas l’illusion polie que notre mode de vie n’est qu’un parmi d’autres et qui demande la permission avant d’agir. Et surtout, une alliance fondée sur la reconnaissance que nous autres, Occidentaux, avons hérité ensemble – ce dont nous avons hérité ensemble est unique, distinctif et irremplaçable, parce que c’est là, après tout, le fondement même du lien transatlantique.
En agissant ainsi ensemble, nous ne contribuerons pas seulement à rétablir une politique étrangère sensée. Cela nous redonnera également une image plus claire de nous-mêmes. Cela nous redonnera une place dans le monde et, ce faisant, nous réprimanderons et dissuaderons les forces qui menacent aujourd’hui de faire disparaître la civilisation, tant en Amérique qu’en Europe.
Ainsi, à une époque où les gros titres annoncent la fin de l’ère transatlantique, qu’il soit clair pour tous que ce n’est ni notre objectif ni notre souhait, parce que pour nous autres, Américains, notre foyer a beau être sur le continent américain, nous serons toujours un enfant de l’Europe. (Applaudissements)
Notre histoire a commencé grâce à un explorateur italien dont l’aventure dans l’inconnu en quête d’un nouveau monde a apporté le christianisme aux Amériques et elle est devenue la légende qui a défini l’imaginaire de notre nation pionnière.
Nos premières colonies ont été fondées par des colons anglais, à qui nous devons non seulement la langue que nous parlons, mais aussi l’ensemble de notre système politique et juridique. Nos frontières ont été façonnées par les Écossais-Irlandais, ce clan fier et chaleureux originaire des collines d’Ulster qui nous a donné Davy Crockett, Mark Twain, Teddy Roosevelt et Neil Armstrong.
Notre grand cœur du Midwest a été construit par des agriculteurs et des artisans allemands qui ont transformé des plaines vides en une puissance agricole mondiale – et, soit dit en passant, ont considérablement amélioré la qualité de la bière américaine. (Rires)
Notre expansion vers l’intérieur des terres a suivi les pas des commerçants de fourrures et des explorateurs français dont les noms, d’ailleurs, ornent encore les panneaux de signalisation et les noms de villes dans toute la vallée du Mississippi. Nos chevaux, nos ranchs, nos rodéos, tout le romantisme de l’archétype du cow-boy, devenu synonyme de l’Ouest américain, tout cela est né en Espagne. Et notre ville la plus grande et la plus emblématique s’appelait New Amsterdam avant de s’appeler New York.
Et saviez-vous que l’année où mon pays a été fondé, Lorenzo et Catalina Geroldi vivaient à Casale Monferrato, dans le royaume de Piémont-Sardaigne, et que Jose et Manuela Reina vivaient à Séville, en Espagne ? Je ne sais pas s’ils connaissaient quoi que ce soit des 13 colonies qui avaient obtenu leur indépendance de l’Empire britannique, mais voilà ce dont je suis certain : ils n’auraient jamais pu imaginer que 250 ans plus tard, l’un de leurs descendants directs serait de retour ici aujourd’hui, sur ce continent, en qualité de chef de la diplomatie de cette jeune nation. Et pourtant, me voilà, rappelé par ma propre histoire que nos histoires et nos destins seront toujours liés.
Ensemble, nous avons reconstruit un continent brisé à la suite de deux guerres mondiales dévastatrices. Lorsque nous nous sommes retrouvés à nouveau divisés par le rideau de fer, l’Occident libre s’est associé aux courageux dissidents qui luttaient contre la tyrannie à l’Est pour vaincre le communisme soviétique. Nous nous sommes battus les uns contre les autres, puis réconciliés, puis nous sommes combattus, puis réconciliés à nouveau. Et nous avons versé notre sang et sommes morts côte à côte sur les champs de bataille, de Pyongyang à Kandahar.
Je suis ici aujourd’hui pour affirmer clairement que l’Amérique trace la voie d’un nouveau siècle de prospérité et qu’une fois de plus, nous voulons le faire avec vous, nos précieux alliés et nos plus anciens amis. (Applaudissements)
Nous voulons le faire avec vous, avec une Europe fière de son héritage et de son histoire, avec une Europe animée par l’esprit de création et de liberté qui a envoyé des navires vers des mers inconnues et donné naissance à notre civilisation, avec une Europe qui a les moyens de se défendre et la volonté de survivre. Nous devons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble au cours du siècle dernier, mais nous devons maintenant affronter et saisir les opportunités d’un nouveau siècle, parce que hier est révolu, l’avenir est inévitable et notre destin commun nous attend. Merci. (Applaudissements)
QUESTION : Monsieur le Secrétaire, je ne suis pas certain que vous ayez perçu le soupir de soulagement qui a parcouru cette salle lorsque nous avons entendu ce que j’interprète comme un message rassurant, un message de partenariat. Vous avez évoqué les relations étroites entre les États-Unis et l’Europe, ce qui me rappelle les déclarations faites il y a plusieurs dizaines d’années par vos prédécesseurs lorsque la question était : l’Amérique est-elle vraiment une puissance européenne ? L’Amérique est-elle une puissance en Europe ? Merci d’avoir transmis ce message rassurant sur notre partenariat.
Ce n’est en fait pas la première fois que Marco Rubio participe à la conférence de Munich sur la sécurité – il y a déjà assisté à plusieurs reprises, mais c’est la première fois qu’il y participe en tant que secrétaire d’État. Je vous remercie donc à nouveau. Il ne nous reste que quelques minutes pour répondre à quelques questions, et si vous me le permettez, nous avons recueilli des questions du public.
L’une des questions clés ici, hier et aujourd’hui, reste bien sûr celle de savoir comment gérer la guerre en Ukraine. Au cours des discussions de la dernière journée, des dernières 24 heures, beaucoup d’entre nous ont exprimé leur impression que les Russes, pour le dire de manière familière, jouent la montre et qu’ils ne sont pas vraiment intéressés par un règlement significatif. Rien n’indique qu’ils soient prêts à faire des compromis sur leurs objectifs maximalistes. Pourriez-vous nous donner votre évaluation de la situation actuelle et de la direction que nous pourrions prendre selon vous ?
LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT RUBIO : Eh bien, je crois que la situation actuelle est la suivante : les questions en jeu qui doivent être… Voici la bonne nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les questions qui doivent être abordées pour mettre fin à cette guerre ont été réduites. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est qu’elles ont été réduites aux questions les plus difficiles à résoudre, et qu’il reste du travail à faire sur ce front. Je comprends votre point de vue, mais la réponse est que nous ne savons pas. Nous ne savons pas si les Russes veulent sérieusement mettre fin à la guerre ; ils affirment l’être, mais nous ne savons pas à quelles conditions ils sont prêts à le faire et si nous pouvons trouver des conditions qui soient acceptables pour l’Ukraine et que la Russie acceptera toujours. Mais nous allons continuer d’essayer.
En attendant, tout le reste continue. Les États-Unis ont imposé des sanctions supplémentaires sur le pétrole russe. Lors de nos discussions avec l’Inde, nous avons obtenu son engagement à cesser d’acheter du pétrole russe supplémentaire. L’Europe a pris une série de mesures pour aller de l’avant. Le programme Pearl se poursuit, dans le cadre duquel des armes américaines sont vendues pour soutenir l’effort de guerre ukrainien. Toutes ces initiatives se poursuivent. Rien ne s’est arrêté entre-temps. Il n’y a donc pas de gain de temps à cet égard.
Ce à quoi nous ne pouvons pas répondre – mais nous allons continuer d’essayer – c’est s’il existe une issue acceptable pour l’Ukraine et que la Russie acceptera. Et je dirais que cela reste difficile à déterminer jusqu’à présent. Nous avons fait des progrès dans le sens où, pour la première fois depuis des années, je pense, du moins au niveau technique, des responsables militaires des deux camps se sont rencontrés la semaine dernière, et il y aura d’autres réunions mardi, même si ce ne sera peut-être pas le même groupe de personnes.
Écoutez, nous allons continuer de faire tout notre possible pour jouer ce rôle et mettre fin à cette guerre. Je ne pense pas que quiconque dans cette salle s’opposerait à un règlement négocié de cette guerre, à condition que les conditions soient justes et durables. C’est ce que nous cherchons à accomplir, et nous allons continuer d’essayer d’y parvenir, même si toutes ces autres choses continuent de se produire sur le front des sanctions, etc.
QUESTION : Merci beaucoup. Je suis certain que si nous avions plus de temps, de nombreuses questions auraient été posées sur l’Ukraine. Mais permettez-moi de conclure en posant une question sur un sujet totalement différent. Le prochain intervenant, dans quelques minutes, sera le ministre des Affaires étrangères de la Chine. Lorsque vous siégiez au Sénat, vous étiez considéré comme un partisan d’une ligne dure à l’égard de la Chine.
LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT RUBIO : Vraiment.
QUESTION : Vraiment ?
LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT RUBIO : Oui.
QUESTION : Nous savons qu’un sommet entre le président Trump et le président Xi Jinping aura lieu dans environ deux mois. Pourriez-vous nous faire part de vos attentes ? Êtes-vous optimiste ? Un « accord », entre guillemets, avec la Chine est-il envisageable ? Quelles sont vos attentes ?
LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT RUBIO : Je dirais ceci : les deux plus grandes économies mondiales, deux des plus grandes puissances de la planète, nous avons l’obligation de communiquer avec elles et dialoguer, tout comme beaucoup d’entre vous le font également sur une base bilatérale. Je veux dire par là que ce serait une erreur géopolitique de ne pas dialoguer avec la Chine. Je dirais ceci : du fait que nous soyons deux grands pays avec des intérêts mondiaux immenses, nos intérêts nationaux ne vont souvent pas coïncider. Il arrivera que leurs intérêts nationaux et les nôtres ne coïncident pas, et nous avons le devoir envers le monde d’essayer de les gérer du mieux que nous pouvons, en évitant évidemment les conflits, économiques et plus graves. Il est donc important pour nous de communiquer avec eux à cet égard.
Dans les domaines où nos intérêts convergent, je crois que nous pouvons travailler ensemble pour avoir un impact positif sur le monde, et nous recherchons des occasions de le faire avec eux. Mais nous devons entretenir des relations avec la Chine. Tous les pays représentés ici aujourd’hui doivent entretenir des relations avec la Chine, tout en sachant que rien de ce que nous acceptons ne saurait se faire au détriment de nos intérêts nationaux. Et, franchement, nous attendons de la Chine qu’elle agisse dans son intérêt national, comme nous attendons de chaque État-nation qu’il agisse dans son intérêt national. L’objectif de la diplomatie est d’essayer de gérer ces situations où nos intérêts nationaux entrent en conflit les uns avec les autres, en cherchant toujours à le faire de manière pacifique.
Nous avons également une obligation particulière, parce que tout ce qui se passe entre les États-Unis et la Chine en matière de commerce a des implications mondiales. Nous sommes donc confrontés à des questions à long terme que nous allons devoir régler et qui vont perturber nos relations avec la Chine. Cela ne vaut pas seulement pour les États-Unis, mais aussi pour l’Occident dans son ensemble. Mais je pense que nous devons essayer de les gérer du mieux possible afin d’éviter, si possible, toute friction inutile. Toutefois, personne ne se fait d’illusions. Il existe des problèmes fondamentaux entre nos pays et entre l’Occident et la Chine, qui persisteront dans un avenir prévisible pour des raisons variées, et c’est sur certains de ces points que nous espérons pouvoir collaborer avec vous.
QUESTION : Merci beaucoup, Monsieur le Secrétaire. Nous arrivons au bout du temps qui nous était imparti. Je regrette de ne pas pouvoir répondre à toutes les questions qui ont été posées. Monsieur le Secrétaire d’État, merci pour ce message rassurant. Je pense qu’il est très apprécié ici, dans cette salle. Applaudissons-le. (Applaudissements)
Voir le contenu d’origine : https://www.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference/
Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.










