<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Migrants : comment l’Europe a lâché la Pologne

8 janvier 2022

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Photo : Arrivée de migrants en Slovénie. CC BY 3.0
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Migrants : comment l’Europe a lâché la Pologne

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Avec la crise des migrants entre la Biélorussie et la Pologne, à son paroxysme à la mi-novembre, l’Union européenne a vécu un nouveau psychodrame dont elle ne sort pas grandie.

Face à l’afflux de milliers de clandestins, l’UE a réagi à contretemps, vainement, lâchement. Elle a laissé la Pologne seule face à ce problème. La plupart des dirigeants européens ont été une nouvelle fois paralysés par leur idéologie immigrationniste, hostile aux notions de frontière et de souveraineté nationale.

Ces milliers de migrants venaient en grande majorité d’Irak et de Syrie. Parmi eux, de nombreux Kurdes fuyant des zones en guerre depuis dix ans. Avec eux, quelques groupes de Yéménites et d’Africains. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est défendu d’avoir orchestré cet afflux, ce dont Bruxelles l’a accusé formellement, pour répliquer aux lourdes sanctions imposées à son régime par l’UE, à cause de la féroce répression de l’opposition à Minsk. En mai, Loukachenko n’avait d’ailleurs pas caché son intention d’en découdre avec Bruxelles, en menaçant l’Europe de laisser faire les filières de migrants et de drogues. La Commission européenne estime qu’il est passé à l’acte en organisant les transferts de migrants par charters entiers, via la Turquie et les Émirats arabes unis. Les services polonais sont persuadés que les autorités biélorusses ont aussi facilité l’acheminement des clandestins jusqu’à la frontière.

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Familier de ce chantage aux clandestins, le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui aussi laissé transiter les migrants par ses aéroports, trop heureux de déstabiliser cette Europe qui lui donne des leçons de morale. De leur côté, les Arabes du Moyen-Orient ont sans doute voulu profiter de l’occasion pour se débarrasser de leurs citoyens les plus turbulents, notamment les jeunes Kurdes. La situation a commencé à se calmer vers la mi-novembre. La Turquie et les Émirats arabes décidaient d’interdire les vols de migrants vers la Biélorussie. En parallèle, Minsk organisait le rapatriement de quelques centaines de clandestins vers leur pays de départ.

Réputé proche de Loukachenko, Vladimir Poutine apparaît comme un des rares gagnants de cette nouvelle confrontation sur fond de pression migratoire. S’il a sans doute d’abord fermé les yeux sur le jeu de son allié biélorusse, en appelant même les Européens à « respecter leurs valeurs », c’est-à-dire à laisser entrer en Europe les migrants saisis par le glacial automne polonais, il a très vite offert ses « bons offices ». Pragmatique, le chef de l’État russe s’est posé en arbitre. L’UE en a pris acte. L’entretien téléphonique de presque deux heures entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, à la mi-novembre, a confirmé l’importance du rôle de la Russie, sa position de partenaire stratégique de l’Europe, n’en déplaise à ceux qui veulent continuer à l’ostraciser. Même Loukachenko a obtenu son quart d’heure de grâce. La chancelière allemande Angela Merkel a été obligée de l’appeler, malgré son hostilité à l’égard de l’autocrate de Minsk.

Dans cette crise, une nouvelle fois, les Polonais ont compris que l’UE ne les défend pas dans l’adversité. Déjà confrontée à une forte pression de Bruxelles sur le contenu jugé « liberticide » de certaines lois votées par la majorité chrétienne et souverainiste au pouvoir à Varsovie, la Pologne a été vilipendée pour sa réaction sécuritaire le long des 400 kilomètres de frontière avec la Biélorussie. Bruxelles lui a reproché l’État d’urgence, décrété pour la première fois depuis la chute du communisme, en 1989, le déploiement de l’armée et la construction d’un mur de protection. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a sèchement rejeté la demande polonaise d’aide au financement de ce projet (350 millions d’euros).

Les Polonais se disent confrontés à une « guerre asymétrique » face à la Biélorussie, la Russie et la Turquie. Ils s’estiment en première ligne pour la défense de la frontière orientale de l’Europe, mais 11 seulement des 27 pays membres de l’UE les ont soutenus. Dans cette épreuve, les Polonais n’ont reçu, en réponse à leurs appels à l’aide, que des leçons de morale et de droits de l’homme.

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À propos de l’auteur
Frédéric Pons

Frédéric Pons

Journaliste, professeur à l'ESM Saint-Cyr et conférencier.
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