Monza 2026 : soixante ans d’attente, vingt ans d’âge

6 septembre 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : Mercedes driver Andrea Kimi Antonelli of Italy celebrates on the podium after winning the Italian Formula One Grand Prix race, in Monza, Italy, Sunday, Sept. 6, 2026. (AP Photo/Luca Bruno)/XDB138/26249573045394//2609061756

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Monza 2026 : soixante ans d’attente, vingt ans d’âge

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  • Kimi Antonelli, la victoire d’un enfant, et les quatre âges du champion.

  • Parti dix-neuvième, le jeune Italien s’impose à Monza devant Russell et Verstappen — première victoire transalpine au Grand Prix national depuis Ludovico Scarfiotti en 1966.

Il est des victoires qui se gravent dans la mémoire d’un pays. Celle de Kimi Antonelli, ce dimanche 6 septembre 2026 à Monza, appartient sans conteste à cette espèce. Parti de la dix-neuvième place — presque le fond de la grille —, le jeune Italien a remonté un à un ses rivaux pour s’imposer dans le temple de l’automobile transalpine, devant son coéquipier George Russell et le quadruple champion du monde Max Verstappen. À vingt ans à peine, il n’a pas seulement gagné une course : il a réveillé une ferveur endormie depuis soixante ans.

Car il faut remonter à 1966 — à Ludovico Scarfiotti et à sa Ferrari — pour retrouver la trace d’un Italien vainqueur de son Grand Prix national. Soixante années durant lesquelles trois générations de tifosi ont crié leur passion dans les tribunes du parc royal sans jamais voir l’un des leurs franchir la ligne en tête. L’ironie est cruelle pour Ferrari : le rouge espérait ce sacre depuis toujours, et c’est en argent, sous les couleurs de Mercedes, qu’il est venu. Mais ce dimanche, à Monza, nul ne regardait la robe de la voiture. On regardait le passeport du pilote.

La manière, surtout, restera. Remonter de la dix-neuvième à la première place sur un tracé aussi rapide, où les dépassements se paient au courage et au dixième de seconde, relève de l’exploit rare — le genre de course dont on reparle des décennies plus tard, comme d’un moment fondateur. Ce n’était pas une victoire de circonstance, offerte par les abandons des autres : c’était une démonstration, la signature d’un immense talent qui ne fait que commencer.

« Ce n’était pas une victoire de circonstance : c’était une démonstration, la signature d’un immense talent qui ne fait que commencer. »

Au championnat, le geste prend une portée décisive. Antonelli menait déjà de cinquante-neuf points avant Monza ; il creuse désormais un écart que l’on imagine difficilement comblé. S’il est sacré cette année, il deviendra, à vingt ans, le plus jeune champion du monde de l’histoire de la discipline — pulvérisant le record de Sebastian Vettel, couronné en 2010 à 23 ans. Une telle précocité ne se voit qu’une fois par génération, parfois moins.

Les quatre âges du champion

Pour mesurer ce que cette victoire a d’exceptionnel, il faut la replacer dans une étrange galerie de portraits — celle que la Formule 1 nous offre en cette saison 2026, où quatre pilotes incarnent, presque à la perfection, les quatre âges du champion.

Il y a d’abord Fernando Alonso, 45 ans, deux titres gagnés dans une autre vie (2005, 2006) et près de vingt années passées à courir après un troisième que le sort lui a inlassablement refusé. Sa quête est celle de la réparation : finir sur une note juste, corriger une injustice, ne pas s’éteindre au volant d’une voiture indigne de son talent.

Il y a Lewis Hamilton, 41 ans, sept couronnes mondiales — à égalité avec Michael Schumacher — et un rêve d’enfant : gagner en rouge, chez Ferrari, pour décrocher ce huitième titre qui le sacrerait seul au sommet de l’histoire de la F1. Sa quête est celle de la consécration : dépasser, entrer définitivement dans la légende.

Il y a Max Verstappen, 28 ans, la force dans sa plénitude, quadruple champion qui vient de renouveler sa confiance à Red Bull jusqu’en 2030. Sa quête est celle de la domination : régner encore, repousser l’échéance, ne rien céder du présent.

Et il y a, désormais, Kimi Antonelli — vingt ans, l’aube. Là où les autres scrutent l’horizon pour un dernier sacre ou un règne prolongé, lui n’a rien à réparer, rien à venger, rien à prouver d’un passé qu’il n’a pas encore. Il gagne, simplement, sans rien devoir à personne. Et, ce faisant, il les efface tous.

Sic transit, sic oritur

C’est peut-être cela, la vraie leçon de Monza. Nous croyons volontiers que le temps ne fait qu’user les champions, leur volant leur jeunesse et leurs réflexes. Mais il fait davantage : il en fabrique de nouveaux, qui surgissent par-derrière au moment précis où les rois vieillissants regardent ailleurs. Pendant qu’Alonso soigne une blessure ancienne et que Hamilton poursuit un record, un garçon de vingt ans passe devant eux tous et remporte, sur le circuit le plus chargé d’histoire du calendrier, la course qu’aucun Italien n’avait gagnée depuis l’année où les Beatles régnaient encore sur le monde.

Sic transit gloria mundi, dit-on des gloires qui passent. Mais Monza nous rappelle l’autre moitié de la phrase, celle qu’on oublie toujours : sic oritur — ainsi se lève la gloire nouvelle. Toute grandeur est provisoire ; tout règne porte en lui sa propre succession. Le champion le plus dominateur n’est jamais que le prédécesseur de celui qui l’attend, encore inconnu, dans les stands d’à côté.

« Sic transit gloria mundi… mais Monza nous rappelle l’autre moitié de la phrase : sic oritur, ainsi se lève la gloire nouvelle. »

Il y a enfin, dans cette victoire, quelque chose qui déborde le sport. Un pays qui redécouvre un champion redécouvre un peu de lui-même. L’Italie n’avait plus, depuis longtemps, de héros de cette trempe à célébrer sur ses terres ; elle en tient un, à l’âge où d’autres commencent à peine leur vie d’adulte. Dans une Europe qui doute souvent de sa jeunesse et de son avenir, l’image d’un enfant de vingt ans triomphant à la seule force de son talent, depuis le fond de la grille, a valeur de symbole. Les nations, comme les champions, ont parfois besoin qu’on leur rappelle que l’aube existe.

« Les nations, comme les champions, ont parfois besoin qu’on leur rappelle que l’aube existe. »

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À propos de l’auteur
Etienne de Floirac

Etienne de Floirac

Étienne de Floirac est journaliste