La géopolitique en résumé #3 : Pierre Royer

6 août 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Mappemonde / Globe terrestre ( globe geographique ) : illustration./Credit:JAUBERT/SIPA/1106210956
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La géopolitique en résumé #3 : Pierre Royer

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Qu’est-ce que la géopolitique ? Pierre Royer apporte quelques réponses brèves au questionnaire Lacoste.

Dans son premier numéro, Conflits avait interrogé Yves Lacoste, l’un des pères du renouveau de l’école française de géopolitique. À l’issue de l’entretien, plusieurs questions brèves lui avaient été posées. C’est ce questionnaire à Yves Lacoste, devenu le « questionnaire Lacoste » auquel répondent les membres du comité de rédaction de Conflits.

Pierre Royer est agrégé d’histoire et officier de marine (R). Il est professeur en classes préparatoires et en lycée. Il étudie principalement les conflits militaires et les espaces maritimes.

Une de ses publications.

Le questionnaire Lacoste

Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a spécifiquement mené vers la géopolitique ?

J’ai fait des études d’histoire et après ma maîtrise j’ai passé la procédure d’admission à Sciences Po en 2e année (à l’époque Sciences Po comportait 3 années d’études et délivrait un diplôme équivalent à une maîtrise – Master 1). Avant d’intégrer, je suis parti faire mon service militaire comme officier de Marine à l’École des Fusiliers marins. La double approche de terrain et réflexive est ce qui m’a passionné dans la géopolitique.

Votre définition de la géopolitique ?

L’inscription des rapports de force dans l’espace. J’aime particulièrement la définition des frontières donnée par Michel Foucher (je cite de mémoire et non littéralement) : « de l’histoire inscrite dans la géographie ». C’est l’essence même de la géopolitique.

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La vertu cardinale d’un géopoliticien ?

Dans la marine, on parle du « sens de la barre » pour décrire la capacité à diriger un navire presque d’instinct ; pour un géopoliticien, l’équivalent est le sens du terrain. Car même si la géopolitique est une discipline intellectuelle, « philosophique » disent souvent nos élèves, elle s’ancre avant tout dans la réalité du sol, ou de l’océan pour ce qui est de la géopolitique maritime.

Le péché capital pour un géopoliticien ?

L’idéologie, c’est-à-dire la tendance à vouloir tout ramener à une explication unique et « préfabriquée ». C’est notamment ce qui arrive lorsqu’on ne voit dans la géopolitique que la dimension d’abstraction, nécessaire évidemment, mais pas suffisante.

Votre maître (ou vos maîtres) ?

Il y en a tellement, à différents niveaux… Pour en rester aux personnes vivantes, je dirais Yves Lacoste, Gérard Chaliand et Georges-Henri Soutou, dont j’ai eu la chance de suivre les cours et qui a dirigé ma recherche en DEA (Master 2). J’ajouterais Pascal Gauchon qui m’a ouvert de multiples portes et horizons et reste un modèle pour sa rigueur intellectuelle et son sens pédagogique. Pour les « modèles » plus anciens, l’amiral Castex, Hervé Coutau-Bégarie et Julian Corbett en raison de ma spécialisation.

Votre voyage le plus instructif ?

À titre « professionnel », je pense que ce sont les deux séjours que j’ai faits à Istanbul. Cette ville fait partie des lieux où « souffle l’histoire », où se mélangent, s’empilent même les civilisations qui ont fait l’Europe ; car même l’Islam, en suscitant une réaction défensive, a contribué à définir l’Europe – n’oublions pas que la première occurrence littéraire du terme « Européens » apparaît au milieu du VIIIe siècle, dans les Chroniques mozarabes, à propos de la bataille de Poitiers. À titre personnel, un voyage en Europe centrale peu de temps après l’ouverture du mur de Berlin, avec passage par le camp de Buchenwald en compagnie de mon père qui y avait été déporté de 1943 à 1945, et un pèlerinage en Terre Sainte sont les plus marquants.

Votre sujet d’étude de prédilection ?

J’en ai deux. L’histoire des conflits, en particulier à l’époque contemporaine, notamment les deux guerres mondiales. Et d’autre part, la géopolitique maritime, à toutes les époques, mais plus particulièrement aujourd’hui, où cette dimension est très riche et pèse fortement sur les perspectives d’avenir.

Le fondement de la puissance selon vous ?

La ténacité des hommes et la maîtrise des technologies.

Un sujet de géopolitique qui ne serait pas assez étudié ou mis en avant ?

En France, mon domaine d’étude spécifique, la géopolitique maritime, est encore très peu vulgarisé. Cela commence heureusement à changer, grâce notamment aux programmes scolaires, qui intègrent cette dimension tant dans le tronc commun d’histoire-géographie que dans la spécialité géopolitique, mais la culture maritime des Français reste très superficielle. Comme disait Éric Tabarly : pour les Français, la mer c’est ce qu’ils ont dans le dos quand ils sont à la plage ! Ils sont aujourd’hui un peu plus au courant que notre pays dispose du premier domaine maritime au monde, mais en connaissent-ils les atouts pour autant ? Sont-ils prêts à défendre leur souveraineté sur les territoires ultramarins, qui fournissent 97 % de ce domaine ? Seraient-ils prêts à soutenir une reconquête comme celle que mena le Royaume-Uni pour les Malouines en 1982 ?

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À propos de l’auteur
Pierre Royer

Pierre Royer

Agrégé d’histoire et diplômé de Sciences-Po Paris, Pierre Royer, 53 ans, enseigne au lycée Claude Monet et en classes préparatoires privées dans le groupe Ipesup-Prepasup à Paris. Ses centres d’intérêt sont l’histoire des conflits, en particulier au xxe siècle, et la géopolitique des océans. Dernier ouvrage paru : Dicoatlas de la Grande Guerre, Belin, 2013.
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