<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Une vie politique animée…

15 août 2022

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : La leader des Frères d'Italie Giorgia Meloni, le candidat de centre-droit à la mairie de Rome Enrico Michetti et le leader de la Lega Matteo Salvini lors d'une conférence de presse à Rome (Italie), 13 octobre 2021 Crédits: Massimo Di Vita/Mondadori Portfolio/Sipa USA
Abonnement Conflits

Une vie politique animée…

par

Partis perturbés et alliances électorales en danger. Quels sont les effets de la guerre en Ukraine, de la coupe des parlementaires et d’un an de gouvernement Draghi sur le paysage politique de l’Italie ? Allons-nous vers une réforme ou vers un « marais » ?

Francesco De Remigis

Ces dernières années, la coalition de centre droit a commencé à s’effondrer en faveur de divers gouvernements. Celle-ci meurt lentement, payant l’absence d’un Silvio Berlusconi dans le rôle de fédérateur à part entière de ce mouvement politique. Peut-il se reconstruire ? Matteo Salvini a proposé le modèle républicain américain : une fédération. Mais on ne sait pas quel est le projet sous-jacent. La montée en puissance de Giorgia Meloni dans les sondages, avec Fratelli d’Italia comme premier parti italien, complique les choses. Quant au Parti démocrate d’Enrico Letta, il tente d’établir « un front progressiste contre la pire droite de tous les temps », selon ses dires.

Émiettement politique

Au vu des bouleversements politiques qui se déroulent en Italie, il n’est pas si facile d’entrevoir une unité du centre droit dans la prochaine législature, et encore moins une unité du centre gauche élargie aux populistes de Cinque Stelle (5 Étoiles). De fait, force est de constater que les deux leaders du centre droit italien, Giorgia Meloni et Matteo Salvini, n’ont jamais été aussi distants politiquement, dans leurs déclarations sur la guerre en Ukraine comme dans leurs futurs projets de coalition. Néanmoins, la dirigeante des Fratelli d’Italia, seul grand parti d’opposition du gouvernement Draghi, est convaincue qu’elle restera fermement ancrée au centre droit, expliquant qu’elle n’a pas de « plan B » en réserve.

Le centre droit tel que nous l’avons connu est né d’une intuition de Berlusconi, qui a réussi à réaliser une fusion froide entre des histoires politiques apparemment incompatibles. Il Cavaliere a réuni en 1994 la droite de l’époque avec la Ligue d’Umberto Bossi, des morceaux de l’ancienne Démocratie chrétienne et ce qui restait du Parti socialiste, gardant le tout ensemble avec les millions de voix que le charisme de Berlusconi garantissait. Ce centre droit a commencé à mourir avec le soutien des modérés au Premier ministre Mario Monti, puis avec celui d’Enrico Letta, Matteo Renzi, et avec l’épisode de Salvini au gouvernement avec les Cinq Étoiles, jusqu’au gouvernement actuel, dirigé par Mario Draghi et soutenu par Salvini et Berlusconi, mais pas par Meloni.

Lors de la conférence programmatique des Fratelli d’Italia qui s’est tenue à Milan du 29 avril au 1er mai, Giorgia a envoyé de nombreux signaux à Lega et Forza Italia : « Quand vous êtes au milieu de la crise, vous ne pouvez pas vous entendre avec des expérimentations. Tu joues au prestige, avec des slogans, mais si tu as une vision et du réalisme, alors il faut avoir les pieds sur terre. » Meloni a déjà conduit le FdI à être le premier parti italien, passant de 4 % lors des dernières élections à 22,4  % en moyenne aujourd’hui.

La fracture du centre droit, ces derniers mois, a cependant vu certains membres de Forza Italia se rapprocher d’une hypothèse de gouvernement avec le centre gauche (peut-être avec un système proportionnel dans lequel chacun rivalise avec son propre candidat et les comptes ne se font qu’aux urnes : aujourd’hui, on demande plutôt la confiance des électeurs à la fermeture en se proposant majoritairement comme une coalition) plutôt que de stabiliser l’alliance datée avec Meloni.

Berlusconi a toujours assuré son « soutien loyal » au gouvernement Draghi jusqu’à la fin du mandat, qui expire en 2023 ; et réitérant la nature « centriste » de Forza Italia lors de la convention « bleue » des 20 et 21 mai derniers à Naples. Apparemment, l’ancien Premier ministre a également refroidi les hypothèses de fusion avec la Ligue, essayant de sauver en quelque sorte l’existence, fût-elle superficielle, de la coalition historique : « Sans nous, il n’y aurait pas de centre droit, mais une droite-droite », a expliqué Berlusconi, rappelant avoir œuvré pendant vingt-huit ans pour maintenir en vie un centre droit « de gouvernement » capable de gagner les élections. « Je serai de retour à la télévision et je participerai à des meetings dans des villes italiennes », dit-il, et il est convaincu qu’il peut faire monter aujourd’hui les pourcentages de Forza Italia au-dessus de 8 % pour recalibrer le centre droit : plus modéré et moins extrême.

À lire également

Quel avenir pour le souverainisme en Italie ? Entretien avec Lorenzo Bernasconi

Difficultés de la gauche

De son côté, le centre gauche est en recul et en même temps en évolution. Le Parti démocrate progresse dans les sondages et se stabilise en moyenne autour de 21 %. L’hypothèse d’une alliance avec le Mouvement Cinque Stelle, qui ces derniers mois semble toujours viable, est d’ailleurs prônée par Enrico Letta malgré la fracture Pd-Cinque Stelle provoquée par les positions hésitantes de l’ancien Premier ministre Conte : tant sur l’envoi d’armes à Kiev, et sur la définition de la nature future de son propre Mouvement, de plus en plus divisé en courants et en âmes prêtes à partir (ou à être expulsées) d’un parti qui ne répond plus qu’à Conte.

Enrico Letta, compte tenu de l’état des choses, a donc été contraint d’ouvrir l’alliance également à Carlo Calenda, l’ancien ministre centriste qui dirige son parti, Action. Mais le secrétaire démocrate continue de considérer comme stratégique l’accord avec les Cinq Étoiles pour une victoire politique de 2023, dans le cadre « d’un front démocratique et progressiste contre la pire des droites ».

Le cadre politique se recompose donc progressivement, surtout avec la diminution de plus de 35 % des parlementaires, qui ne seront plus que 600 entre la Chambre et le Sénat dès les prochaines élections politiques. Mais comment va s’organiser cette recomposition ? Faut-il s’appuyer sur la volonté de survie des individus, sur des personnes ou des programmes, sur des idées d’entreprises ou sur des positions internationales ?

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, certaines nuances semblent avoir également rapproché, et pas de peu, ces lignes opposées qui, déjà dans le passé, couraient en parallèle, de Salvini et de Conte. Tous deux ont été les dirigeants les plus prudents parmi les partis majoritaires sur l’envoi d’armes à Kiev. Et le soupçon que les Cinque Stelle veulent faire sauter la banque gouvernementale de Draghi, chatouillant une crise gouvernementale, est répandu. Le Premier ministre, craignant une désintégration, a acculés ministres et dirigeants. Pour ramener à la maison les réformes pour obtenir des fonds du PNRR, Draghi tente comme il peut d’exploiter les divisions internes de la majorité qui le soutient. Et pour ne pas laisser l’Italie dans le « marais » du non, il a même menacé de démissionner, si le calendrier sur la fiscalité, la concurrence, la justice et les marchés publics n’était pas respecté « quoiqu’il en coûte ».

À lire également

L’Italie au-delà de la péninsule – Le Cheval rouge, Eugenio Corti

Mots-clefs : , ,

À propos de l’auteur
Revue Conflits

Revue Conflits

Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.
La Lettre Conflits
3 fois par semaine

La newsletter de Conflits

Voir aussi

Pin It on Pinterest