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« 24 heures chrono » : la crise du modèle WASP ?

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« 24 heures chrono » : la crise du modèle WASP ?

« 24 heures chrono » : la crise du modèle WASP ?

Cette critique a été publiée dans le numéro 3 de Conflits. Si vous souhaitez acheter ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique de Conflits en cliquant ici.

Gros succès de la dernière décennie, la série « 24 » est revenue cette année simultanément sur les écrans français et américains pour une neuvième saison, « Live another day ».

Une saison de trop, selon bon nombre de critiques. L’innovation initiale – le choix narratif de l’unité de temps – semble désormais émoussée. Mais également les ressorts et principes de cette série, sans doute trop caractéristique de la Global War on Terror des années Bush. Plus grave : c’est le héros, Jack Bauer (Kiefer Sutherland), qui semble fatigué. Les téléspectateurs l’ont connu en sauveur des institutions américaines – autant dire de l’humanité. Patron d’une cellule antiterroriste, il a déjoué moult complots d’autant plus menaçants qu’ils restent encore imminents, bénéficiant de complicités actives au sein des services spéciaux ou de l’administration. « État profond » et méchants de tous horizons, de la Serbie à l’Afrique noire en passant bien sûr par le Moyen-Orient, voire la Chine, se liguent en effet régulièrement pour abattre la démocratie (américaine) et provoquer un chaos mondial. Totalement irréaliste mais très bien réalisée, reflétant les obsessions géopolitiques mais également politiques américaines, cette série repose entièrement sur les épaules de son personnage principal. C’est sans doute sa faiblesse.

Jack Bauer n’a pas seulement perdu dans son combat titanesque, sans cesse renouvelé, sa femme et de nombreux camarades. Mais aussi pour partie son âme, n’hésitant pas à sacrifier les siens et à recourir à la torture pour progresser dans ses enquêtes. Agissant sans scrupules mais pas sans regrets, avec une violence outrancière mais sans cruauté inutile, n’infligeant pas à ses ennemis beaucoup plus que ce qu’il supporte lui-même, Bauer est l’archétype du « héros sacrificiel ». S’il franchit la ligne jaune, c’est pour le bien commun et il en accepte, seul, toutes les conséquences. Christique, il semble également s’inspirer de Machiavel : « Je crois en effet que le vrai moyen d’apprendre le chemin du paradis est de connaître celui de l’enfer, pour l’éviter. »

Est-ce parce qu’il incarne, quoique au service d’un président noir, la vieille Amérique WASP que Jack Bauer ne fait plus aujourd’hui recette ? Samuel Huntington s’inquiétait déjà, dans son dernier ouvrage, du risque de délitement de l’America’s national identity. Blanc, hétérosexuel, individualiste capable d’altruisme, que pèse en réalité Bauer face à la reconfiguration des identités selon une logique communautaire – latino sur le sol américain ou djihadiste à ses frontières ? Plus grand-chose, sans doute.

G.G.

Crédit photo : DR

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