C’est l’une des batailles mythiques des États-Unis. Fort Alamo est désormais raconté dans une bande dessinée qui met la guerre en mouvement.
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État du Sud des États-Unis, largement associé à l’histoire des pionniers, mais aussi des magnats du pétrole, le Texas a été une terre de conquête pour les deux ensembles rivaux qui entendaient dominer l’Amérique du Nord. Avec une certaine ironie, les Texans de souche européenne, électeurs de Donald Trump, qui souhaitent renvoyer les Latinos de l’autre côté de la frontière, sont pour une bonne partie d’entre les descendants de migrants que le Mexique avait souhaité accueillir pour peupler l’État du Texas, alors territoire mexicain.
À partir de 1835, forts de leur supériorité numérique, les anglos font valoir leurs droits à l’autodétermination, ce qui suscite une intervention militaire sous la conduite du général Santa Anna. Cet épisode a déjà fait l’objet d’un film dans lequel on retrouve John Wayne, et cette bande dessinée retrace également cette histoire. On appréciera dans cet album, à la fin des planches, la présentation synthétique de l’histoire de cette période par Farid Ameur, spécialiste de l’histoire des États-Unis. On rappelle à cet égard que les Anglos ont très largement développé, à partir de 1830, des revendications séparatistes à l’égard du Mexique, allant jusqu’à importer le système esclavagiste des états du Sud du Mississippi.
La volonté du général Antonio Lopez de Santa-Anna de soumettre cette rébellion entraîne un déploiement de forces, tandis que les insurgés décident de défendre la ville de San Antonio, dont le verrou est constitué par la mission franciscaine de l’Alamo, que l’on présente comme la clé du Texas.
Pendant 13 jours les insurgés résistent, et face à des forces très largement supérieures en nombre et face aux 150 indépendantistes texans, qui seront tous tués, l’armée mexicaine perd plus de 500 hommes.
Cette bataille de Fort Alamo a permis au général Houston de l’emporter sur les Mexicains dans la bataille de San Jacinto le 21 avril 1836, avant que le Texas ne proclame son indépendance et finalement ne rejoigne l’union américaine en 1845.
Le scénario de la bande dessinée présente la trajectoire de ces tejanos, comme on désigne alors les colons américains au Texas, dont la volonté est très clairement de se débarrasser de la domination mexicaine sur le territoire. La présentation qui est faite du personnel nord-américain est d’ailleurs loin d’être flatteuse, avec le général Houston, présenté comme un ivrogne et le colonel Bowie comme un coureur.
Évidemment, on voit arriver Davy Crocket, incarné à l’écran dans le film de John Ford de 1960 par John Wayne, ce qui renforce la détermination des insurgés, prêts à résister jusqu’au bout aux forces mexicaines.
On appréciera dans cet album la présentation de certaines planches, tout particulièrement dans les scènes de combat qui sont décalées sur une double page. Le dessin est particulièrement soigné, de même que la mise en couleur très élaborée pour retracer la fureur des combats.
Le scénario de Mathieu Gabella repose d’ailleurs sur un flash-back très critique sur la formation du Texas lui-même, dans lequel ce sont les valeurs de la libre entreprise qui prennent très largement le pas sur le patriotisme. Et au final, on se demande si le narrateur qui apparaît en 1861, un politicien ambitieux et calculateur, n’est pas une réincarnation de JR, dans la série Dallas.









