Hong Kong peut-il encore jouer un rôle en Chine et dans le monde ? Le développement de Shenzhen, l’intégration à la Chine ont-ils supprimé les avantages particuliers de la cité ? Hong Kong joue toujours un rôle majeur, notamment économique et financier. Depuis 1997, la ville n’a cessé de se réinventer pour continuer à peser.
Située à la croisée de l’Asie et du monde occidental, Hong Kong occupe depuis plus d’un siècle une position stratégique unique. Ancienne colonie britannique jusqu’en 1997, elle est aujourd’hui une Région administrative spéciale de la République populaire de Chine, régie par le principe « un pays, deux systèmes ». Ce statut particulier lui a permis de conserver un système juridique distinct, une monnaie propre et une large autonomie économique.
Cependant, les transformations politiques récentes et l’évolution du contexte géopolitique mondial soulèvent une question essentielle : quel rôle Hong Kong peut-elle jouer actuellement et dans le futur ? Entre plateforme financière mondiale, pont entre la Chine continentale et l’international, centre d’innovation technologique et carrefour culturel et, peu connu de monde, le siège de l’ « Organisation internationale de médiation », Hong Kong demeure un acteur stratégique, mais son avenir dépendra de sa capacité d’adaptation.
Le rôle actuel de Hong Kong
Hong Kong reste l’un des principaux centres financiers du monde. Elle est régulièrement classée parmi les premières places financières mondiales, aux côtés de villes comme New York et Londres.
Sa bourse, la Hong Kong Stock Exchange (HKEX), constitue une plateforme clé pour les entreprises chinoises souhaitant accéder aux capitaux internationaux. De nombreuses grandes sociétés de Chine continentale y sont cotées. Grâce à son système juridique inspiré du droit britannique, sa fiscalité attractive et la libre circulation des capitaux, Hong Kong conserve un environnement favorable aux affaires.
Aujourd’hui encore, elle joue un rôle d’intermédiaire financier entre la Chine continentale et le reste du monde, notamment dans l’internationalisation du yuan (renminbi).
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Un pont stratégique entre la Chine continentale et le monde
Depuis la rétrocession en 1997, Hong Kong sert de passerelle entre la Chine et les marchés internationaux. Son modèle économique ouvert facilite les échanges commerciaux et les investissements étrangers en Chine.
Dans le cadre de l’initiative des « Nouvelles routes de la soie » (Belt and Road Initiative), lancée par Xi Jinping, Hong Kong peut jouer un rôle de centre de financement, d’arbitrage et de gestion des risques pour les projets d’infrastructures internationaux.
Sa proximité avec la région du delta de la rivière des Perles et son intégration dans le projet de la « Greater Bay Area » (incluant notamment Shenzhen et Guangzhou) renforcent son importance stratégique dans le développement économique du sud de la Chine.
Hong Kong joue un rôle clé dans la gestion de l’or à l’échelle asiatique et mondiale
Le rôle que Hong Kong joue dans la gestion de l’or est souvent moins médiatisé que celui de Londres ou de New York, mais il est pourtant stratégique, notamment en Asie. Grâce à sa position géographique, son système financier développé et son statut particulier au sein de la Chine, Hong Kong est devenue une plateforme majeure pour le commerce, le stockage et la redistribution de l’or en Asie.
Elle agit comme un centre de négoce, une plateforme logistique, un hub de stockage et un intermédiaire stratégique entre la Chine continentale et les marchés internationaux. De nombreuses banques internationales y possèdent des coffres et des installations sécurisées. La ville bénéficie d’un haut niveau de protection juridique des actifs, ce qui rassure les investisseurs internationaux.
Elle agit ainsi comme un hub régional reliant les producteurs (Australie, Afrique, Amérique latine), les consommateurs asiatiques (Chine, Inde, Asie du Sud-Est) et les investisseurs institutionnels.
En tant que grande place financière internationale, Hong Kong facilite les transactions sur produits dérivés liés à l’or, les fonds indiciels (ETF) adossés à l’or et les opérations de couverture contre les risques financiers.
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Son système financier ouvert permet aux investisseurs internationaux d’accéder au marché asiatique de l’or dans un cadre réglementaire familier, hérité du droit britannique.
Même si son rôle évolue face à la montée de Shanghai et aux changements politiques, Hong Kong demeure aujourd’hui un maillon essentiel du commerce mondial de l’or, notamment en tant que passerelle entre la Chine et le reste du monde.
Un centre logistique et commercial
Grâce à son port en eau profonde et à son aéroport international, Hong Kong demeure une plateforme logistique majeure en Asie. Son efficacité administrative, sa connectivité mondiale et ses infrastructures modernes facilitent le commerce régional et international.
Même si la concurrence d’autres villes chinoises s’intensifie, Hong Kong conserve une réputation de fiabilité et de transparence qui attire encore de nombreuses multinationales.
Le rôle futur de Hong Kong
Grâce à son intégration dans la « Greater Bay Area », Hong Kong peut s’appuyer sur la puissance technologique de Shenzhen, siège de grandes entreprises innovantes. La complémentarité entre la recherche universitaire hongkongaise et la capacité industrielle chinoise pourrait renforcer son rôle dans les secteurs de la fintech, de la biotechnologie et de l’intelligence artificielle.
Son système éducatif reconnu internationalement et ses universités bien classées peuvent soutenir cette transition vers une économie plus axée sur l’innovation.
Un carrefour culturel et diplomatique
Hong Kong conserve une identité hybride, mêlant influences chinoises et occidentales. Cette singularité culturelle peut constituer un atout dans un monde marqué par les tensions géopolitiques. Elle pourrait continuer à jouer un rôle de médiateur économique et culturel entre la Chine et l’Occident.
Son dynamisme artistique, son industrie cinématographique et son ouverture internationale contribuent à son rayonnement mondial.
Hongkong, le siège de l’OIMed[1]
L’Organisation internationale de médiation (OIMed), inaugurée le 30 mai 2025 à Hong Kong avec plus de 30 pays signataires (dont la Chine, le Pakistan, l’Indonésie, la Biélorussie, la Serbie, Cuba, le Bénin et le Congo), constitue une initiative stratégique majeure de la Chine pour remodeler la résolution des différends internationaux.
Elle vise à créer une institution multilatérale non occidentale privilégiant la médiation plutôt que le contentieux judiciaire, en contraste avec les approches dominantes incarnées par des institutions comme la Cour internationale de justice, la Cour internationale d’arbitrage de la CCI ou le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements. L’OIMed ne rend pas de décisions contraignantes, mais propose un cadre alternatif centré sur le dialogue et le compromis.
Destinée en priorité aux pays du Sud global (Asie, Afrique, Moyen-Orient, Amérique latine), l’OIMed permet à la Chine de se positionner comme médiateur international et fournisseur de biens publics juridiques, contribuant à façonner de nouvelles normes diplomatiques et juridiques moins dominées par l’Occident.
Le choix de Hong Kong comme siège — dans l’ancien poste de police de Wan Chai — est stratégique : la ville combine common law et droit chinois, bénéficie d’une solide réputation en arbitrage international et occupe une position géographique clé en Asie.
À terme, l’OIMed pourrait renforcer le soft power chinois et devenir un pilier d’un ordre juridique international plus multipolaire, à condition d’assurer transparence, crédibilité et efficacité dans le traitement des différends sensibles.
Conclusion
Hong Kong traverse une période de transition majeure. Si son rôle traditionnel de centre financier international reste central, son environnement politique et géopolitique évolue rapidement. Actuellement, elle demeure un pont essentiel entre la Chine et le reste du monde, un hub financier stratégique et un carrefour commercial.
Dans le futur, son rôle dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité politique, la confiance des investisseurs internationaux, son intégration dans la stratégie chinoise et sa capacité à innover.
Ainsi, Hong Kong pourrait devenir moins un espace distinct qu’un outil stratégique pleinement intégré à la puissance chinoise, tout en conservant une dimension internationale. Son avenir ne sera pas celui d’un déclin inévitable, mais celui d’une transformation profonde, dont l’issue dépendra de l’équilibre entre autonomie locale et intégration nationale.
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[1] Cf. Alex Wang, Organisation internationale de médiation (OIMed) : vers un ordre juridique multipolaire ? Revue Conflits, le 7 juin 2025.










