Algérie, écologie, Tanger, guerre au Maroc, Eisenhower. Aperçu des livres de la semaine.
Omar Slaoui, Algérie et BRICS, le destin brisé, L’Harmattan, 2026, 15 euros
Voici une courte analyse critique de l’échec de la candidature algérienne au groupe des BRICS et, plus largement, des fragilités structurelles qui entravent l’émergence économique du pays. L’ouvrage, que l’on devine issu d’un mémoire de Master, dépasse le seul épisode diplomatique pour interroger les fondements du modèle économique algérien. L’auteur met d’abord en lumière la dépendance persistante aux hydrocarbures, colonne vertébrale des recettes publiques, qui rend l’économie vulnérable aux chocs externes. À cette fragilité s’ajoute une dépendance massive aux importations de produits alimentaires, symptôme d’un appareil productif insuffisamment diversifié et d’un secteur agricole sous-exploité. Selon l’auteur, cette situation traduit moins un manque de ressources qu’un déficit de stratégie cohérente et de gouvernance efficace.
Car l’Algérie dispose d’atouts considérables : position géostratégique centrale en Méditerranée et au Sahel, réserves énergétiques importantes, potentiel agricole et minier, capital humain significatif. Pourtant, ces ressources demeurent en grande partie inexploitées ou mal valorisées. L’auteur insiste sur la mauvaise gouvernance, la bureaucratie paralysante et l’insuffisance des réformes structurelles comme facteurs explicatifs d’un « destin contrarié ». Sur le plan diplomatique, l’analyse se fait plus sévère. Slaoui décrit une politique étrangère jugée erratique, notamment dans les relations avec le Maroc et le Mali, qui fragilise l’ancrage régional de l’Algérie. Or, l’intégration régionale et la stabilité de l’environnement stratégique constituent des leviers essentiels pour toute ambition de puissance émergente.
Le fait que l’auteur soit marocain peut susciter des interrogations quant à la distance critique adoptée, notamment dans l’évaluation des tensions bilatérales. Cette dimension n’invalide pas l’analyse économique, souvent étayée, mais invite le lecteur à conserver un regard attentif sur certains jugements géopolitiques.
Moins une charge qu’un diagnostic, son analyse démontre que l’Algérie, riche de potentialités, reste prisonnière de vulnérabilités structurelles qu’aucune diplomatie d’affichage ne saurait masquer. Une contribution stimulante au débat sur les illusions et les réalités des puissances dites « émergentes ».
Tigrane Yégavian
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Joseph Kessel, Au Grand Socco, L’Imaginaire Gallimard, (1952) 11,50 €

Au cœur de la ville, une foule bigarrée. Des personnes devenues personnages, des ânes et des chats, des musiques et des senteurs. Un croisement entre l’Orient et l’Europe, entre l’ici et le là-bas.
Attablé dans ce café légendaire, Joseph Kessel voit et raconte. Et avec lui, sa plume nous amène vers un ailleurs qui est à la fois passé et éternel.
Réédité dans la collection L’Imaginaire, Au Grand Socco fixe une œuvre magistrale de Kessel, même si ce n’est pas la plus connue. Le format du livre, le papier, la couverture, invite au voyage et, véritablement, à l’imaginaire. C’est un ailleurs raconté et c’est toute la puissance de la littérature.
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Bertrand Alliot, Comprendre l’incroyable écologie, Salvator, 2026, 20 €

Aborder l’écologie, c’est d’abord distinguer la nature et l’environnement. Ensuite, comprendre la place de l’homme, qui n’est ni un parasite ni un ennemi. Enfin, abandonner les discours catastrophistes, qui ne mènent à rien et surtout pas à prendre les bonnes décisions pour lutter contre la pollution ou préserver les environnements. C’est une écologie positive et scientifique que propose ici Bertrand Alliot, seule voie pour une véritable politique écologique.
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Rémy Porte, La pacification française du Maroc, 1904-1934, Lemme, 2026, 21 €











