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Plus d’une trentaine de nations disposent aujourd’hui d’installations en Antarctique, du Chili à la Bulgarie, du Pérou à la Turquie. La carte de leur répartition dit davantage sur la géopolitique que sur la science.
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Le Chili (14 stations), l’Argentine (13) et la Russie (11) dominent le classement, tandis que la Chine a inauguré en 2024 sa cinquième station dans une zone stratégique pour l’accès aux ressources.
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Le traité de 1959, qui dédie le continent à la paix et à la science, est sous pression croissante. La science est le prétexte légal de la présence. La géopolitique en est, de plus en plus, la motivation réelle.
Une carte, publiée par l’AFP à partir des données du Conseil des responsables des programmes nationaux sur l’Antarctique (COMNAP), dit l’essentiel sur ce que le continent blanc est devenu : un espace de compétition scientifique et stratégique où se bousculent plus d’une trentaine de nations.
On y dénombre plusieurs dizaines de stations et d’installations réparties sur l’ensemble du périmètre continental. Leur localisation n’est pas le fruit du hasard. La grande majorité se concentre sur la frange côtière, là où l’accès depuis les ports australs est le moins difficile. La péninsule antarctique, ce bras de terre qui s’étire vers l’Amérique du Sud, constitue la zone la plus dense : la carte y dénombre une telle concentration d’installations que l’AFP a dû produire un encart agrandi pour les rendre lisibles.
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Le Chili et l’Argentine en tête
Ce sont les deux pays qui disposent du plus grand nombre d’installations : 14 pour le Chili, 13 pour l’Argentine. Leur avantage est géographique autant que politique : proches du continent blanc, ils revendiquent des secteurs de souveraineté qui se chevauchent avec ceux du Royaume-Uni sur la péninsule. Leurs stations sont en partie des instruments de cette revendication territoriale, même si le traité sur l’Antarctique de 1959 a gelé toutes les prétentions souveraines.
La Russie, héritière de l’Union soviétique qui avait massivement investi dans l’exploration polaire, arrive en troisième position avec 11 installations. Ses stations sont plus dispersées sur l’ensemble du continent, y compris dans les zones intérieures, ce qui dit quelque chose de ses ambitions stratégiques au-delà de la seule recherche scientifique.
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Le club des moyennes puissances
Dix pays disposent de 3 à 7 infrastructures : États-Unis, Australie, Chine, Royaume-Uni, Japon, Italie, Brésil, Allemagne, Espagne et France. Cette liste mérite attention. On y trouve les grandes puissances scientifiques traditionnelles, mais aussi des nations dont la présence en Antarctique traduit une ambition géopolitique montante. La Chine en premier lieu, qui a multiplié ses stations ces vingt dernières années et a inauguré en 2024 sa cinquième station, Qinling, implantée dans une zone stratégique pour l’accès aux ressources.
La France y figure avec ses installations en Terre Adélie, dont la station Dumont d’Urville, ouverte en permanence depuis 1956 et qui sert de base à des recherches sur le climat, le magnétisme terrestre et la faune polaire.
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La longue queue de nations
Ce qui est peut-être le plus frappant sur cette carte, c’est la liste des pays qui disposent d’une ou deux infrastructures seulement. On y trouve l’Uruguay et la Suède, mais aussi l’Inde, la Corée du Sud, la Turquie, l’Ukraine, la Bulgarie, la Belgique, les Pays-Bas, la Finlande, l’Équateur ou encore le Pérou. Des nations qui n’ont, pour la plupart, aucune tradition polaire et dont la présence en Antarctique est récente. Elle signale que le continent n’est plus seulement l’affaire des grandes puissances : il est devenu un enjeu d’appartenance au club des nations qui comptent.
Le traité de 1959 sous pression
La carte illustre aussi une tension que les diplomates peinent à résoudre. Le traité sur l’Antarctique, signé en 1959 par douze nations et désormais ratifié par cinquante-six, dédie le continent à la paix et à la science, interdit toute activité militaire et gèle les revendications souveraines. Il est présenté comme l’un des grands succès de la diplomatie multilatérale du XXe siècle.
Mais la multiplication des stations, dont certaines ont des capacités qui dépassent largement le strict usage scientifique, notamment les installations chinoises et russes, pose la question de la pérennité de ce cadre. Les ressources minières et halieutiques de la région, le recul des glaces qui ouvre de nouvelles routes maritimes, la valeur stratégique des observations polaires pour les systèmes de navigation et de renseignement : autant de facteurs qui font de l’Antarctique un espace de plus en plus convoité.
La science est le prétexte légal de la présence. La géopolitique en est, de plus en plus, la motivation réelle.










