Little Big Horn (25 juin 1876).  Un bon jour pour mourir

22 juin 2026

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Photo : Little Big Horn (c) Wikipédia

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Little Big Horn (25 juin 1876). Un bon jour pour mourir

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  • 25 juin 1876. Le 7e régiment de cavalerie du lieutenant-colonel George A. Custer attaque un camp lakota et cheyenne dans la vallée de la Little Big Horn (Montana actuel), sans attendre le reste de la colonne Terry, et sans connaître la force réelle qu’il a devant lui : 6 à 7 000 Indiens, dont 1 500 à 2 000 guerriers.

  • Sur les 600 hommes que comptait le 7e de cavalerie, 268 furent tués, dont les 216 de la colonne Custer elle-même, soit un taux de pertes exceptionnellement élevé de près de 45 %. Les pertes indiennes sont estimées entre 60 et 100 tués. Les victimes les plus prestigieuses : Custer lui-même et le chef cheyenne Lame White Man.

  • Une victoire à la Pyrrhus, totalement contre-productive pour les Amérindiens : ils perdront les Black Hills, devront retourner dans des réserves réduites et morcelées, et vivre à la merci du Bureau des Affaires indiennes. La culture des Plaines ne résistera pas à la sédentarisation et à la quasi-disparition des bisons sauvages.

En 2026, les États-Unis célèbrent en grande pompe les 250 ans de leur déclaration d’indépendance. Ils mettront sûrement moins de faste dans la commémoration de Little Big Horn[1], une des rares batailles rangées entre l’armée des États-Unis et les Amérindiens. Avant un combat, ces derniers avaient coutume de dire : « C’est un bon jour pour mourir ».

Cent cinquante ans après l’évènement, cette bataille a suscité plus de littérature que n’importe quelle autre dans l’histoire des États-Unis, à part Gettysburg (1863). Pourtant, c’est un engagement médiocre, avec 2 000 à 2 500 combattants en tout et pour tout et moins de 500 tués, totalement atypique dans son déroulement comme dans son issue, et donc en aucune façon « décisif ». C’est sans doute ce caractère paradoxal qui explique la fascination qu’elle suscite. Parce qu’elle entretient l’illusion d’une histoire alternative, où la valeur individuelle des guerriers aurait pris le pas sur la démographie et la technologie, ouvrant sur une autre issue des guerres indiennes.

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La conquête de l’Ouest

Parmi les causes ayant poussé à la rupture entre les « 13 colonies » et le royaume d’Angleterre, celle qui est souvent omise est l’interdiction imposée par la Couronne d’étendre les colonies au-delà des Appalaches, en vertu d’accords conclus avec les principales Nations Indiennes qui avaient aidé les Anglais dans la guerre de Sept Ans (1756-1763). La victoire des « Insurgents » marquait donc aussi les débuts de la « conquête de l’Ouest », soit la prise de contrôle de l’État-continent par la toute nouvelle république des États-Unis d’Amérique.

Toutefois, le rythme de cette conquête fut dans un premier temps contrarié par les limites physiques : ampleur des distances (plus de 3 400 km de Chicago à San Francisco, quelque 1 200 de plus depuis l’Atlantique), lenteur des transports, itinéraires incertains, faiblesse démographique avant les arrivées massives de migrants qui commencent au milieu du XIXe siècle. L’achèvement du canal Érié, reliant New York aux Grands Lacs (1825), marque une première accélération en facilitant l’accès aux Plaines centrales. En 1840, il y a déjà 7 millions d’Américains qui vivent à l’Ouest des Appalaches, sur un total d’environ 20 millions (dont 2,5 millions d’esclaves). La décennie suivante voit l’extension du territoire étatsunien vers le Sud-Ouest (rattachement du Texas en 1845, conquête de la Californie, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique en 1848) et l’apparition, sous la plume du journaliste progressiste John O’Sullivan, de l’expression et de la doctrine de manifest destiny : la « destinée manifeste » des États-Unis, nation éclairée, est de coloniser et de civiliser l’ensemble du continent nord-américain, à mesure que les immigrants peupleront ses immensités quasi désertes. Le mouvement migratoire d’est en ouest ne cessera de s’intensifier, notamment au gré des découvertes d’or, comme en Californie en 1848.

La guerre de Sécession (American Civil War en version originale) ralentit à peine la conquête, d’autant qu’elle n’empêcha pas le lancement du chantier de la première liaison ferrée transcontinentale, commencée en 1863 et terminée en 1869, entre Sacramento et Omaha (2 826 km). La construction de cette ligne occasionna les premières tensions avec ceux qu’il est convenu d’appeler « Indiens des Plaines » : les tribus semi-nomades vivant dans les Grandes Plaines au centre du continent — installés plus à l’est, les Creeks et les Séminoles avaient déjà été refoulés vers l’Oklahoma dans la première moitié du XIXe siècle. Le premier massacre d’un campement cheyenne à Sand Creek (Colorado) par des irréguliers locaux, en rupture du premier traité de Fort Laramie conclu en 1851, a d’ailleurs lieu alors que la guerre fait toujours rage à l’Est (1864).

Ayant adopté le cheval et s’appuyant sur les abondants troupeaux de bisons qui leur fournissent viande, cuir et tendons, les multiples peuples des Plaines (Sioux, Cheyennes, Shoshones, Crows, etc.) percevaient la menace mortelle représentée par le « cheval de fer » : afflux de chasseurs de bisons pour les besoins des ouvriers du chantier, puis pour les marchés de l’Est, appropriation des terres le long de la ligne par les compagnies ferroviaires, facilitation de l’arrivée de pionniers attirés par l’attribution de lots fonciers en vertu du Homestead Act (1862) ou par les rumeurs de découvertes d’or.

La légende de la cavalerie U.S.

C’est d’ailleurs au moment de la construction du chemin de fer qu’éclate la première des « grandes » guerres indiennes, dite « de Red Cloud », du nom d’un chef de guerre des Sioux[2] Oglala (1867-1868). C’est aussi la première qui voit plusieurs nations indiennes (Lakotas, Cheyennes du Nord, Arapahos) coalisées contre la pénétration des Blancs, matérialisée par l’aménagement de la « piste Bozeman », un nouvel itinéraire à travers le Wyoming vers les gisements d’or de l’Oregon, qui devait être sécurisé par la construction de trois forts. Faite d’escarmouches et de harcèlement, cette campagne culmine avec l’anéantissement d’une colonne de 81 soldats piégée par 2 000 Indiens — ce que les Blancs baptisent « massacre de Fetterman » (21 décembre 1866). À la suite de leurs succès, et malgré le déploiement, pour finir, de près de 26 000 hommes sur la « frontière », les « Natives » obtiennent l’abandon de la piste Bozeman et la sanctuarisation de leurs terres sacrées des Black Hills par le second traité de Fort Laramie (1868).

Mais le projet d’une nouvelle ligne ferroviaire, le Northern Pacific Railroad, et la confirmation de gisements aurifères dans les Black Hills en 1874, alors que le contexte économique est des plus déprimés[3], pousse pionniers et aventuriers à braver la colère des Indiens, et à réclamer la protection de l’armée, car la coalition amérindienne s’est reformée et attaque systématiquement les groupes de prospecteurs, y compris en dehors de leur réserve. N’ayant pu convaincre les Sioux de vendre les Black Hills, le général Terry leur enjoint de les quitter au plus tard pour le 31 décembre 1875. N’obtenant pas satisfaction, l’armée reçoit l’ordre de l’administration du président (et ancien général) Ulysses Grant, de rassembler les tribus pour les expulser, inaugurant la « Grande Guerre des Sioux ».

L’imaginaire lié aux westerns a mis en avant le rôle de la cavalerie de l’armée fédérale dans les opérations de contrôle du territoire et dans les engagements des guerres indiennes. En effet, ce sont surtout les régiments de cavalerie qui étaient dispersés dans les forts jalonnant les pistes et les lignes de chemin de fer, à raison de 200 hommes environ par poste, pour assurer une garde statique et des patrouilles de protection. De fait, les troupes chargées de conduire les tribus dans les réserves assignées en 1876 comprennent principalement les 1er, 2e, 3e et 5e régiments de cavalerie, sans oublier celui qui allait entrer dans la légende : le 7e, régiment de formation récente, puisqu’il n’a été levé qu’en 1866, et confié au lieutenant-colonel[4] George A. Custer.

Toutefois, la guerre civile avait largement transformé cette « cavalerie » en infanterie montée, combattant à pied avec des armes à feu plutôt que chargeant à cheval, sabre au clair. Et il ne faut pas oublier que les forts et les colonnes en expédition comportaient aussi de nombreux civils : familles des militaires, personnels des services, commerçants divers et prestataires logistiques, tels que les conducteurs de chariots ou de mules — la colonne conduite par le général Crook en 1876, forte d’un millier de soldats, comprend aussi 200 convoyeurs civils, dont une certaine Martha Jane Canary, connue plus tard sous le sobriquet de « Calamity Jane », qui s’est déguisée en homme pour se faire embaucher. Pour les expéditions d’envergure, l’armée mobilise aussi des fantassins et des artilleurs — en 1876, ce sont les 4e et 5e régiments d’infanterie et le 4e d’artillerie.

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Fiascos en série

Crook fut le premier en action. Pour surprendre les Indiens dans leurs campements d’hiver, il brave le froid glacial et la neige (les Black Hills culminent à plus de 2 000 m) et entre en campagne au mois de mars. Il part du Fort Fetterman[5] vers le Nord et atteint en moins d’une semaine Fort Reno, non loin de la Powder River, qu’il aménage en solide base arrière. Le 16 mars, des éclaireurs sioux sont repérés et suivis jusqu’à leur campement, sur les bords de la rivière. Crook dépêche le colonel Reynolds à la tête de 380 hommes pour une marche de nuit jusqu’au village, qui comprend une centaine d’abris (tipis et huttes diverses). Au petit matin, Reynolds organise une attaque par plusieurs côtés à la fois ; mais, mal coordonnée, elle n’inflige que peu de pertes à l’ennemi, à part des destructions matérielles[6] (provisions, munitions, abris…) ; pire, la colonne, en se retirant, perd 500 des 700 poneys qu’elle avait pris à l’ennemi. Le fiasco de la Powder River coûtera sa carrière à Reynolds.

L’armée attend donc la belle saison pour reprendre sa campagne. En juin, ce sont trois colonnes qui doivent converger vers le rassemblement principal des tribus, localisé dans la vallée de la Bighorn River[7], un affluent de la Yellowstone. Crook doit reprendre sa marche vers le Nord, Gibbons, parti de Fort Ellis, longera la Yellowstone vers l’Est, tandis que la colonne de Terry, dont fait partie le 7e de cavalerie, viendra de Bismarck en marchant vers l’Ouest. Le 17 juin, alors qu’il progresse le long de la vallée du Rosebud, Crook est pris de flanc par l’attaque de plusieurs centaines de guerriers sioux et cheyennes. La bataille dure environ six heures et fait peu de victimes (moins de 40 morts et de 50 à 100 blessés de chaque côté, un peu plus côté Natives), mais Crook décide de revenir à son camp de base, ce dont les autres colonnes ne sont pas informées.

Le 7e de cavalerie progresse en avant-garde de la colonne Terry ; Custer est donc averti en premier, le 25 juin, de la localisation d’un grand camp indien sur la rive ouest de la Little Big Horn, un affluent de rive droite de la Big Horn, coulant sensiblement du sud vers le Nord, mais en décrivant de nombreux méandres. Il décide d’attaquer sans attendre le reste de la colonne, bien qu’il ignore la force exacte qu’il a devant lui : 6 à 7 000 Indiens, dont 1 500 à 2 000 guerriers de plusieurs clans lakotas et cheyennes. En aveugle, il divise ses forces en trois colonnes pour prendre le camp en tenaille : tandis que le major Reno, avec 170 hommes (3 compagnies), franchira la rivière pour aborder le camp par le Sud et attirer les guerriers, Custer, avec 216 hommes (5 compagnies), contournera les collines sur la rive est en utilisant des thalwegs légèrement encaissés — Cedar Coulee et Medicine Tail Coulee — et se rabattra vers le camp par le nord-est ; les 125 hommes du capitaine Benteen (3 compagnies) resteront au Sud, prêts à appuyer l’une ou l’autre des colonnes mobiles, et une dernière force d’une centaine d’hommes (1 compagnie) assurera l’escorte du train de bagages et de munitions.

Cette tactique, courante dans les opérations de la cavalerie contre les Natives, avait déjà été utilisée avec succès par le 7e de cavalerie lors du combat de la Washita, en novembre 1868. Mais elle va ici se révéler désastreuse, face au nombre de guerriers qui lui sont opposés, d’autant que Custer continuera à fragmenter sa propre force pour essayer de contrer les tentatives de débordement de ses ennemis, extrêmement mobiles. De plus, les différentes colonnes n’auront aucune visibilité sur l’avancement des autres pendant la marche d’approche, limitant l’appréciation de l’évolution du combat à leur environnement immédiat.

Reno est le premier au contact, une vingtaine de minutes après avoir franchi la rivière vers 15 h ; il réalise tout de suite que les Indiens sont plus nombreux qu’attendu et que, loin de s’enfuir, ils foncent sur sa troupe en s’efforçant de l’encercler. Il arrête donc sa progression et improvise une ligne de défense en s’aidant du terrain. Finalement, sans doute choqué par la mort d’un éclaireur frappé d’une balle en pleine tête à ses côtés, il donne des ordres contradictoires et déclenche une retraite désordonnée qui coûte la vie à une trentaine de soldats, submergés par les Indiens. Heureusement pour lui, vers 16 h, le chef Crazy Horse aperçoit les hommes de Custer approchant le village sur l’autre rive, et conduit ses guerriers face à cette nouvelle menace. L’arrivée en renfort de Benteen, puis des bagages, porte à quelque 350 le nombre de défenseurs d’un périmètre hâtivement établi sur une éminence désormais connue sous le nom de « Reno Hill », sur la rive droite.

Victoire… à la Pyrrhus !

La reconstitution des opérations conduites par Custer est hypothétique, puisqu’aucun des hommes de sa colonne n’a survécu — sauf le trompette John Martin, porteur du message pour Benteen ; tout repose donc sur les témoignages des autres Blancs, très loin du combat, ou des Amérindiens, parfois contradictoires, mais qui ont été largement corroborés par une analyse minutieuse des vestiges archéologiques, réalisée au début des années 1980. Custer est arrivé en surplomb du village vers 16 h 10 ; il se rend alors compte de son importance, puisqu’il demande alors à Benteen de le rejoindre, avec des munitions — mais Benteen, on l’a vu, est bloqué avec Reno près de 5 km plus au Sud. Découvrant le site, il cherche un gué pour franchir la rivière, mais doit laisser une compagnie couvrir son flanc sud, menacé par les Hunkpapas.

Continuant à explorer le cours de la rivière, Custer est pris à partie par des tirs venus du village, tandis qu’une partie des Indiens traversent la Big Horn plus au Nord et commencent à le déborder. Custer regroupe ses forces sur une colline, tout en laissant la compagnie du lieutenant Calhoun face à la rivière pour bloquer les Indiens ; son dispositif dessine alors une sorte de V très ouvert, pointant vers le Nord et longeant le cours d’eau sur un côté.

Contrairement aux images d’Épinal de guerriers tournoyant en hurlant sur leurs chevaux, les Indiens qui abordent Calhoun à partir de 17 h sont à pied et équipés de fusils à répétition Henry ou Winchester ; près de 200 guerriers disposent de ces armes récentes, à la cadence de tir bien supérieure à la carabine Sharps à un coup, ou même au Spencer à répétition, qui équipent la majorité des soldats bleus. Ils éliminent ainsi un à un les hommes de Calhoun, ouvrant une brèche dans la pointe du « V » qui permet ensuite de prendre les deux branches, celle de Keogh et celle de Custer, entre deux feux. Moins nombreux, les hommes de Keogh sont anéantis vers 17 h 30 tandis que Custer et le reste de son détachement résistent jusque vers 18 h 15.

Aux environs de 17 h, le capitaine Weir, commandant la compagnie D du régiment, affectée au groupe de Benteen, avait tenté, en dépit des ordres de Reno, de porter secours à Custer, mais il fut arrêté à mi-chemin de la position de Keogh et revint vers Reno Hill, où les combats durèrent jusqu’au crépuscule. Le lendemain, avertis de l’arrivée de Terry, les Indiens se retirèrent plus au Nord, mais ne furent pas poursuivis dans l’immédiat. Sur les 600 hommes que comptait le 7e de cavalerie (plus une trentaine d’éclaireurs indiens, en général des Crows), 268 furent tués, dont les 216 de la colonne Custer, soit un taux de pertes exceptionnellement élevé de près de 45 %, et même au-delà de la moitié en comptant les blessés. Les pertes indiennes sont estimées entre 60 et 100 tués, y compris les blessés qui ne se rétablirent pas. Les victimes les plus prestigieuses furent Custer lui-même et le chef cheyenne Lame White Man.

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Le triomphe des Amérindiens est cependant de courte durée. L’armée américaine poursuit la campagne, y compris pendant l’hiver, et les engagements ultérieurs tournent à son avantage. Femmes, enfants, vieillards sont en grande vulnérabilité et dépendants des rations que le bureau des Affaires indiennes menace de suspendre pour faire plier les guerriers. Au cours de l’année 1877, les principaux chefs de guerre cessent le combat : Crazy Horse se rend à Fort Robinson le 6 mai 1877 et sera assassiné, dans des circonstances troubles, en septembre de la même année, alors qu’il se préparait à aider l’armée à traquer les Nez Percés ; Sitting Bull, l’homme-médecine des Hunkpapas, passe quant à lui au Canada en 1877 ; il se rendra finalement en 1881, poussé par la faim et la misère, avec quelque 200 de ses proches.

« Little Big Horn ne fut donc pas une victoire décisive ; elle fut même largement contre-productive, puisque les Indiens perdirent les Black Hills et durent retourner dans des réserves réduites, morcelées, et vivre à la merci du gouvernement américain et de son Bureau des Affaires indiennes, dont tous les représentants n’étaient pas dévoués ou consciencieux. »

Elle impressionna suffisamment l’opinion publique pour que la soumission des Indiens soit désormais regardée comme la seule solution viable, même s’ils devaient être « zigouillés », comme le dira le général de Gaulle. C’est l’ultime paradoxe de cette « victoire » : elle servit d’argument pour justifier, sinon un génocide, au moins un « ethnocide », car la culture des Plaines ne résista pas à la sédentarisation et à la quasi-disparition des bisons sauvages.


Notes

[1] Les Américains ne connaissent d’ailleurs pas la bataille sous son nom géographique mais sous celui de Custer’s last stand, la dernière résistance de Custer.

[2] Le terme « Sioux » est une appellation simplifiée, utilisée par les Blancs sur la base de la proximité linguistique entre plusieurs groupes d’Amérindiens. Les « Sioux » des Plaines regroupent trois groupes principaux : les Lakotas, Nakotas et Dakotas. Les Sioux vivant dans les Black Hills sont les Lakotas, eux-mêmes subdivisés en 7 tribus, dont les Hunkpapas de Gall et Sitting Bull, les Oglalas de Red Cloud ou Crazy Horse, les Brûlés de Spotted Tail ou les Minneconjous de White Bull, tous présents à Little Big Horn.

[3] Nous sommes en pleine dépression mondiale à la suite du krach de 1873.

[4] L’habitude de parler du « général » Custer vient de ce qu’il avait reçu un brevet de général à la fin de la guerre civile, notamment dans des unités de « volontaires », des auxiliaires de l’armée régulière. Avec le retour à une structure et des effectifs de temps de paix à partir de 1866, Custer retrouve son grade régulier et le commandement d’un régiment, correspondant à ce grade.

[5] Aujourd’hui en ruine, le fort a été construit en 1867 et se trouvait à une vingtaine de km de la ville de Douglas, dans l’est du Wyoming.

[6] La faim et le froid occasionneront des pertes supplémentaires chez les Indiens pendant leur retraite vers les camps voisins.

[7] La rivière du mouflon.

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À propos de l’auteur
Pierre Royer

Pierre Royer

Agrégé d’histoire et diplômé de Sciences-Po Paris, Pierre Royer, 53 ans, enseigne au lycée Claude Monet et en classes préparatoires privées dans le groupe Ipesup-Prepasup à Paris. Ses centres d’intérêt sont l’histoire des conflits, en particulier au xxe siècle, et la géopolitique des océans. Dernier ouvrage paru : Dicoatlas de la Grande Guerre, Belin, 2013.