Depuis deux siècles, les Caraïbes constituent le glacis stratégique des États-Unis, une mer intérieure qu’ils entendent contrôler à tout prix.
Trafic de drogue, exportations pétrolières, canal de Panama, alliance bolivarienne : la région concentre des tensions permanentes aux portes du territoire américain.
Deux siècles après la doctrine Monroe, Washington affronte de nouveaux rivaux dans son arrière-cour : la Chine et la Russie.
Un article à retrouver dans le N°65. Rome : la permanence de l’Empire
Caraïbes : l’arrière-cour américaine
L’expression est ancienne, mais elle n’a jamais aussi bien correspondu à la réalité : les Caraïbes sont l’arrière-cour des États-Unis. Pas un jardin d’agrément mais une zone tampon, un verrou stratégique, un espace que Washington surveille, contrôle et, quand il le faut, frappe pour le protéger. La carte est éloquente. Elle montre un Mississippi descendant vers le Golfe du Mexique comme l’artère centrale d’un empire continental, des flèches de transit de drogue remontant de Colombie vers le nord, des exportations pétrolières vénézuéliennes filant vers l’est, et l’US Navy intervenant contre les trafics. Ce n’est pas une région du monde parmi d’autres : c’est l’environnement immédiat de la première puissance mondiale.
Deux siècles de doctrine Monroe
En 1823, le président James Monroe pose le principe fondateur : l’hémisphère occidental est la chasse gardée des États-Unis, et toute ingérence étrangère y sera considérée comme une menace. Deux siècles plus tard, la formule n’a pas vieilli. Elle a simplement changé d’adversaires. Hier les puissances européennes, puis l’URSS, Cuba et la crise des missiles de 1962 en sont le symbole le plus aigu, aujourd’hui la Chine et la Russie. En juin 2024, Moscou a déployé dans les Caraïbes un groupe de combat comprenant un sous-marin nucléaire d’attaque, une frégate et deux navires de soutien, avec une escale à La Havane marquant son soutien à Cuba. Pékin, de son côté, a investi dans les ports stratégiques de la zone : Kingston en Jamaïque, Mariel à Cuba, et surtout les deux extrémités du canal de Panama via l’opérateur Hutchison Ports.
C’est précisément ce dernier point qui a déclenché la première décision de politique étrangère de la seconde administration Trump : l’éviction des intérêts chinois autour du canal de Panama fut l’une des premières actions du retour de Trump à la Maison-Blanche. Le secrétaire d’État Marco Rubio l’a formulé sans ambages : « Nous sommes dans l’hémisphère occidental. Nous ne permettrons pas qu’il serve de base opérationnelle à des adversaires des États-Unis. »
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Drogue, pétrole, alliance bolivarienne
La carte révèle trois lignes de tension superposées. La première est celle du narcotrafic. La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, envoie ses flux vers le nord à travers l’isthme centraméricain et la mer des Caraïbes, vers les marchés américains. L’US Navy a coulé 14 bateaux et un sous-marin, présumés appartenir à des narcotrafiquants. Les frappes navales américaines dans la région, inédites depuis l’invasion du Panama en 1989, sont redevenues une réalité opérationnelle.
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La deuxième ligne est énergétique. Le Venezuela, assis sur les premières réserves pétrolières mondiales, exporte vers l’est, vers la Chine et l’Iran, contournant les sanctions américaines. Ce pétrole finance le régime Maduro et alimente l’axe bolivarien : Cuba, Venezuela, Nicaragua forment un bloc anti-américain que Washington tolère de moins en moins.
La troisième ligne est géopolitique : le canal de Panama. Voie de transit entre Atlantique et Pacifique, il concentre le commerce mondial et les ambitions de toutes les grandes puissances. Trump a explicitement considéré le canal comme un espace « vital » pour les États-Unis et a conclu en avril 2025 un accord avec Panama autorisant le déploiement de forces américaines autour du canal.
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La leçon de la carte est simple et implacable : les Caraïbes ne sont pas une périphérie. Elles sont le cœur de la sécurité continentale américaine. Tant que Washington percevra une menace dans cet espace il interviendra. L’histoire, depuis Monroe, n’a jamais démenti cette règle.
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