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Pour qui observe les vêtements des dirigeants, la photo de la conférence de presse de Sébastien Lecornu, flanqué d’une ministre déguisée en palmier, est un choc.
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Un jour de France brûlée, le vêtement dit tout : l’absence d’autorité, de jugement et de prestance du pouvoir.
Pour qui observe les vêtements portés par les dirigeants et, à travers eux, les symboles et les discours qu’ils véhiculent, impossible de ne pas être ému par la photo de la conférence de presse de Sébastien Lecornu avec, à ses côtés, une dame déguisée en palmier.
Nous sommes ici sur un registre totalement différent des autres dirigeants étudiés : ni Xi Jinping, ni Felipe VI, ni Kim n’auraient pratiqué un tel contraste.
L’heure est grave. La France a connu des razzias sans commune mesure. La mairie de Limoges a été incendiée « avec préméditation », nous dit le maire de la ville. À Marseille, ce sont 30 000 pilleurs qui ont parcouru la ville. Un chiffre tellement énorme que BFM a demandé à plusieurs reprises la confirmation au préfet. À Paris et à Lyon, ce sont des centaines de magasins qui ont été pillés, et autant de vies de commerçants brisées, qui ont perdu leur local et leur stock. L’émotion est immense dans tout le pays ; à juste titre. La parole politique, si elle a encore un peu de poids, s’exprime d’abord dans la tenue, l’être, la stature. Avant les mots prononcés, ce sont les mots visibles du vêtement qui parlent, qui donnent une stature, qui réconfortent et rassurent.
Après une réunion de crise au ministère de l’Intérieur, Sébastien Lecornu fait une brève intervention devant la presse, accompagné de quelques ministres et fonctionnaires. Qui se souvient de ce qu’il a dit, de la teneur de ses mots et de son discours ? Personne. Ce qui compte ici, c’est l’image, qui est discours à elle seule. Et que dit l’image ? Que le Premier ministre ne contrôle rien, qu’il n’a aucune autorité et que, pour une partie du gouvernement, ces jours de feux et de cendres sont des jours de fête. En somme, que la déconnexion entre les ministres et la population est totale.
Une dame déguisée en palmier
On le voit sur la photo, les mines sont graves et posées. À juste titre. Et il y a cette dame, ministre de l’Aménagement du territoire, prise dans un demi-sourire. Avec ses lunettes bleues clownesques et surtout ce vêtement, absolument pas adapté à la situation. Un vêtement qui oscille entre le déguisement de palmier et les piques à cocktails posées sur les olives. Que dit ce vêtement ? Que la dame en question n’a pas compris la gravité du moment, qu’elle est incapable d’ajuster sa tenue aux situations. En clair, qu’elle est incapable de jugement et donc d’intelligence. Ce vêtement est adapté à un anniversaire festif, à un bal costumé, à une soirée du jour de l’An. Pas à un discours politique un jour de France brûlée.

Paris, France, Monday Oct. 19, 2026. (Julien de Rosa/Pool Photo via AP)/DSOB107/26292395163011/POOL PHOTO/2610191304
Mais ce vêtement dit aussi autre chose. Comment un chef de gouvernement peut-il manquer à ce point de jugeote pour laisser une telle dame à ses côtés ? Il est bardé de conseillers en communication, et personne ne s’est dit qu’il ne fallait pas que cette personne apparaisse en public avant de s’être changée ? Lui-même n’a pas saisi la situation et n’a pas eu la présence d’esprit de lui intimer l’ordre de rester à l’intérieur du bâtiment ? Ce déguisement nuit à la personne qui le porte, mais il nuit encore plus au chef de gouvernement qui le tolère. Il dit en substance deux choses : il n’a pas un jugement sûr pour estimer ce qui est bon et ce qui est mauvais dans les circonstances actuelles ; il n’a pas l’autorité pour recadrer ses ministres. En un vêtement, cette dame met le Premier ministre à nu. Cette photo dit une chose : celui qui parle, incapable de créer un ordre au sein de son gouvernement, ne pourra pas rétablir l’ordre, des finances et de la sécurité, à l’intérieur du pays.
Cette photo est une ruine, une destruction du pouvoir politique actuel. Elle s’est diffusée partout et, partout, c’est ainsi qu’elle fut perçue et analysée.
Pas de pull, mais une cape
Un commentaire plus personnel, parce que je suis Vénitien. Sébastien Lecornu porte un pull sous sa veste, parce que nous sommes en octobre et qu’il fait frais. Visiblement, certains Français aiment ce style notaire de province. Pour ma part, je ne confie pas le pouvoir à un notaire provincial ; mais il est vrai qu’à Venise, nous avons un doge, qui a beaucoup plus d’allure.
Plutôt que ce petit pull étriqué, si le Premier ministre a frais, il peut porter un pardessus en laine. C’est sa fonction première, et Paris compte de très bons tailleurs capables de lui en couper. Un peu de dignité, de hauteur et de prestance ne feraient pas de mal dans cette période d’effondrement.
Et s’il veut vraiment de la prestance, alors qu’il porte une cape. C’est le rôle de ce vêtement, ample, facile à mettre, à porter et à retirer, que de couvrir les épaules et de protéger du froid. À Venise, nous avons la tradition du tabarro. Il pourra trouver ici de quoi le satisfaire. En qui avez-vous le plus confiance : en un chef de gouvernement muni d’une cape qui vient parler ordre, sécurité et cohésion sociale, ou dans une ministre déguisée en palmier ? Plus que jamais, le vêtement est un discours.
Cesare Vecellio
De Venise








