<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> À Tirana, entre cigales et mortiers, la vie au rythme de la contestation

30 octobre 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Drapeau de l'Albanie. Pixabay

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À Tirana, entre cigales et mortiers, la vie au rythme de la contestation

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  • Des retraités attendent leur car debout, l’abribus est calciné ; les uniformes rouges des policiers anti-émeute colorent les terrasses de cafés bondées.

  • À Tirana, les traces des manifestations antigouvernementales chroniques s’installent dans le décor d’une capitale qui continue de tourner.

Par Briseida Mema et Anne-Sophie Labadie, Tirana (Albanie)

Le bruissement du petit matin reste inchangé. Puis, comme chaque jour désormais, certains quartiers de la capitale se crispent face aux émeutes, parties en mai de la contestation, au départ pacifique, d’un projet d’hôtel de luxe lié à la famille de Donald Trump, dans une réserve naturelle de ce pays des Balkans de 2,3 millions d’habitants.

Ce mouvement sans leader s’est durci mi-octobre et exige maintenant la démission du Premier ministre socialiste Edi Rama, dénonçant aussi la corruption, les carences du système de santé et le manque de perspective pour la jeunesse.

Dans les rangs, on retrouve des jeunes, des actifs, des retraités. Certains jours, ils sont des centaines ; d’autres fois, des milliers.

« On baisse le rideau vers 14 h » (13 h GMT), explique à l’AFP Drita Lika, 40 ans, dont le magasin de vêtements est situé sur le parcours habituel du cortège.

« La situation peut changer rapidement », avec des jets de pavés, des cocktails Molotov et des ripostes de canon à eau ou de gaz lacrymogène, décrit-elle.

Elle vient de changer sa vitrine, brisée lors de débordements. Et depuis, elle espère que le petit mot de soutien au mouvement qu’elle a scotché dissuadera les casseurs.

« On est avec vous ! », dit en substance cette feuille A4, que l’on retrouve un peu partout dans le quartier situé à quelques centaines de mètres de la place principale.

Les appels à manifester sont lancés sans coordination par différents groupes. Certains fixent le début de la manifestation à 10 h, d’autres à 14 h, semant la confusion parmi les participants comme chez les habitants.

« Nous sommes des petits commerçants, pourquoi s’en prendre à nous ? On vit la même vie, on a les mêmes problèmes sociaux, on paie des impôts », relève la quinquagénaire Nirda Baka dans sa boutique de lingerie.

« Nous sommes des petits commerçants, pourquoi s’en prendre à nous ? On vit la même vie, on a les mêmes problèmes sociaux. »

« Des manifestations ici ? »

Les touristes n’ont pas déserté pour autant cette destination d’Europe, particulièrement prisée depuis quelques années pour son climat méditerranéen et ses prix encore doux.

Depuis que les manifestations ont pris des accents violents, ils évoluent à Tirana dans un environnement urbain dégradé.

Les feux tricolores du centre-ville sont arrachés, les fils pendants : certains manifestants s’en sont pris aux caméras de surveillance qu’ils portaient. C’est à renfort de grands gestes que les piétons doivent désormais traverser aux carrefours.

La façade du ministère de la Justice a été pulvérisée. Les trottoirs, pour certains dépouillés de leurs pavés, abritent des canons à eau. Des boutiques de téléphonie, pillées, n’ont pas été remises en état.

Pas de quoi mettre la puce à l’oreille de cette Paraguayenne, venue célébrer ses 25 ans en Albanie « parce que c’est pas cher et que ça semblait sympa ».

« Il y a des manifestations ici ? Je n’en savais rien ! », répond-elle quand on l’interroge sur les stigmates du climat social actuel.

D’autres visiteurs déambulent par groupes en direction du château ottoman Toptani, photographiant les forces de l’ordre qui se reposent sur les marches du ministère de l’Intérieur.

Certains n’apercevront même pas, placardés sur les murs, les autocollants insultants, écrits en rouge et noir, aux couleurs du pays, à l’effigie d’Edi Rama.

Selon de premières estimations officielles publiées vendredi, le montant des dégâts dépasse les 2 millions d’euros. 127 commerces ont été touchés. Les autorités évoquent un bilan de plus de 350 blessés.

Chaque jour, vers minuit, le calme revient à Tirana avec la fin des cortèges. Le bruit des tirs de mortiers ne couvre plus celui, familier, des grillons. La circulation reprend ses droits.

Tout de noir vêtus, des adolescents retirent leur masque à gaz et rentrent dormir. Jusqu’au lendemain, Tirana respire un peu. Au moins pour quelques heures.

Le bruit des tirs de mortiers ne couvre plus celui, familier, des grillons. Jusqu’au lendemain, Tirana respire un peu.

© Agence France-Presse

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Revue Conflits avec AFP

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