Cinéma – Alexandre Nevski, le film qui ne laisse pas de glace

18 septembre 2021

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Cinéma – Alexandre Nevski, le film qui ne laisse pas de glace

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Ce film de Sergueï Eisenstein, sorti en 1938, est un classique. Il relate l’un des mythes fondateurs de la nation russe : la bataille du lac Peïpous ou bataille des glaces, qui s’est déroulée en 1242. Celle-ci avait vu la victoire des Russes face aux Chevaliers teutoniques, et la fin de l’expansion territoriale de ces derniers.

Alexandre Nevski est un chef d’œuvre, même si la rusticité des moyens techniques de l’époque lui donne aujourd’hui des faux airs de Monty Python. La prouesse n’en est pas moindre, d’autant qu’il s’agit du premier film parlant réalisé en Union soviétique. Quant à la bande originale, elle l’œuvre de Sergueï Prokofiev, l’auteur de « Pierre et le loup » alors revenu au pays après quinze ans d’exil.

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Il s’agit bien sûr d’un film de propagande qui prend de nombreuses libertés avec la réalité historique, d’autant que Sergueï Eisenstein est un habitué de ce genre cinématographique, ayant également réalisé des films comme Le cuirassé Potemkine ou Ivan le Terrible. Par exemple, l’engagement des archers mongols est éclipsé, tandis que celui des Russes est largement mis en valeur.

Également mis en lumière, le prince Alexandre Nevski se voit érigé en figure patriotique russe. Il est interprété par Nikolaï Tcherkassov, l’un des acteurs préférés de Staline. Il apparaît comme un héros historique acceptable aux yeux du régime soviétique, car antérieur aux tsars en général et aux Romanov en particulier. En cela, il peut être comparé à Jeanne d’Arc, reprise comme emblème par la France républicaine pour des raisons analogues.

Une allégorie de la guerre à venir

Les Chevaliers teutoniques, qui symbolisent l’Allemagne avec laquelle la guerre est proche, sont représentés sans détour comme des barbares, allant jusqu’à jeter des enfants au feu. La ressemblance est poussée jusque dans certains détails visuels, comme les croix gammées sur la mitre de l’évêque, ou les casques de l’infanterie germano-estonienne, qui sont des répliques du M35 si caractéristique de l’armée allemande, auquel est ajouté une visière qui cache les yeux.

Les Japonais sont, quant à eux, symbolisés par les Mongols, selon le cliché de l’Asiatique fourbe. Quoique la menace fût lointaine pour l’Union soviétique, dont la population et l’économie étaient essentiellement centrées en Europe, elle était d’ores et déjà concrète puisqu’en 1938, le Japon avait commencé à envahir la Chine, alliée de Moscou.

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Victime de son héroïsme

La suite de l’histoire est dans la lignée de la bataille des glaces, même si l’URSS aura signé le pacte Germano-soviétique entre-deux. En effet, la victoire de 1945 marque, avec l’expulsion des Allemands résidant à l’est de la ligne Oder-Neisse, l’annulation de 1 000 ans de Drang nach Osten, que l’on peut voir comme la véritable fin de l’empire colonial allemand. Quant à la Russie soviétique, elle concrétise sa plus grande avancée à l’ouest, en disposant, en plus de ses gains territoriaux, d’un glacis s’étendant jusqu’à l’ancienne capitale du Reich.

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À propos de l’auteur
Jean-Yves Bouffet

Jean-Yves Bouffet

Officier de la marine marchande. Doctorant en criminologie.
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