Un ambassadeur russe à Paris. Alexandre Orlov

21 décembre 2020

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Un ambassadeur russe à Paris. Alexandre Orlov

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« La préparation au poste d’ambassadeur à Paris ne m’a pas pris beaucoup de temps. En fait, toute ma vie, sans le savoir, je me suis préparé à exercer cette fonction. » À travers ses souvenirs, Alexandre Orlov nous entraîne le long de sa brillante carrière de diplomate, dans laquelle la place de la France n’est pas anecdotique.

 

Né en 1948, Alexandre Orlov passe les trois premières années de sa vie à Paris, où son père représente les Soviétiques à la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique. Cette prime enfance, qui a peut-être déterminé le cap de sa vie, a été le départ d’une profonde amitié envers notre pays. Du Festival de la Paix en 1957 à Moscou, qui rassemble une multitude de pays, naît une passion pour la géographie, conditionnant plus tard une réelle ouverture d’esprit. De 1954 à 1958, la nomination de son père comme conseiller culturel à l’ambassade d’URSS à Rome participera au développement du sens artistique du jeune Alexandre. De son père, il hérite d’une remarquable érudition ; de sa mère, d’une grande finesse.

Étudiant au MGIMO, le prestigieux Institut des Relations internationales de Moscou, Alexandre Orlov se lance à son tour sur la voie diplomatique. À cette époque en Union soviétique, les élèves se voyaient attribuer d’office la langue étrangère qu’ils devaient apprendre afin d’assurer une répartition homogène entre tous les étudiants. À Orlov échut le français.

1971, au moment précis où le monde découvre la mort de Nikita Khrouchtchev (lui-même apprend la nouvelle sur une affiche de Berlin-Ouest, aperçue à travers la vitre de son train), Alexandre Orlov rejoint sa première affectation, à l’ambassade soviétique en France. C’est la France des années 1970, joyeuse et optimiste, que les chocs pétroliers ébranlent, mais ne démoralisent pas encore. Il y reste toute la décennie, apprenant le métier de diplomate dans un cadre qui lui rappelle chaque jour, jusque dans la topographie parisienne, l’intensité des liens qui unissent nos deux pays : rue de Moscou, pont de l’Alma, place Stalingrad, boulevard Sébastopol, etc., et, dans toute sa majesté, le pont Alexandre III.

Alexandre Orlov est un patriote. Même s’il reconnaît sincèrement l’erreur de l’idéologie communiste, qui ruine la collectivité, et malgré les errements dans lesquels la révolution bolchevique a entrainé son pays, son patriotisme n’est pas feint.

De retour à Moscou en 1979, successivement au service des administrations Brejnev, Andropov, Tchernenko, puis Gorbatchev, Alexandre Orlov a le privilège rare de côtoyer et de travailler avec les hommes les plus influents de nos deux pays. Les années 1990 sont celles de l’effondrement du système soviétique, de la dislocation de l’URSS et de la descente aux enfers de son économie livrée en pâture aux oligarques. Orlov rejoint de nouveau l’ambassade de Russie à Paris, comme numéro deux, jusqu’en 1998. À l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, il est nommé au Conseil de l’Europe à Strasbourg, comme représentant permanent de la Fédération de Russie, occasion d’un nouveau séjour en France.

Enfin, la consécration de sa carrière s’accomplit en 2008, lors de sa nomination au poste d’ambassadeur en France. Dimitri Medvedev présidait alors aux destinées de la Russie, Nicolas Sarkozy à celles de la France. Alexandre Orlov nous entraîne dans le récit passionnant de ses neuf années passées comme ambassadeur. On se rappelle l’affaire des Mistral, de l’année France-Russie et de ses expositions exceptionnelles (2010). Son jugement envers les présidents français n’est pas complaisant. Nicolas Sarkozy, très présent sur la scène internationale, est « direct » et « pragmatique » et doté de réelles qualités professionnelles et humaines. Il est le seul d’ailleurs à parler de religion dans les liens qui unissent la France à la Russie. François Hollande est « décevant », et responsable à ses yeux d’une dégradation certaine des relations bilatérales. Ce jusqu’à Emmanuel Macron, le dernier de nos présidents qu’il connaîtra dans l’exercice de ses fonctions. Cette même année 2017, le tricentenaire de la visite de Pierre Le Grand en France et de l’instauration des relations diplomatiques franco-russes fournit à l’ambassadeur le prétexte idéal pour sortir, avec succès, nos deux pays de l’impasse diplomatique dans laquelle l’administration Hollande les avait entrainées.

Enfin, œuvre majeure de son mandat, Alexandre Orlov, autant patriote que francophile, est l’artisan de la nouvelle cathédrale de la Sainte Trinité à Paris, et du centre spirituel russe Quai Branly. L’auteur nous fait découvrir la genèse de ce projet, les tentatives de déstabilisation de la part de la mairie de Paris, puis finalement l’acceptation générale de l’Élysée, de la municipalité et des Parisiens.

Après son mandat d’ambassadeur, Alexandre Orlov est, logiquement dirions-nous, nommé secrétaire général du Dialogue de Trianon, forum ayant pour objet le renforcement des échanges entre les sociétés civiles françaises et russes.

Terminons sur les qualités du diplomate telles que les énumère l’auteur : « Il va sans dire que la profession de diplomate ne s’apprend pas dans un institut, fût-il le meilleur. Il faut apprendre ce métier toute sa vie, puisqu’un bon diplomate doit avoir beaucoup de qualités fort différentes, parfois contradictoires : il doit être journaliste et acteur, communicateur et DRH, analyste et psychanalyste, chauffeur, et même, hélas, parfois porteur, et mille choses encore. »

 

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Stéphane de Lestrade

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