Bénin : la coopération comme boussole diplomatique

22 octobre 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : May 24, 2026, Cotonou, Cotonou, Benin: ROMUALD WADAGNI, president of Benin during (Credit Image: © Leopold Soglo/ZUMA Press Wire)/20260524_zsp_s385_014/ZEUS/2605270215

Abonnement Conflits

Bénin : la coopération comme boussole diplomatique

par

  • Face aux fractures politiques qui traversent l’Afrique de l’Ouest, le Bénin fait le pari du dialogue pour défendre ses intérêts.

  • Du rapprochement avec ses voisins sahéliens à la diversification de ses partenariats, les premières initiatives de Romuald Wadagni dessinent une diplomatie de la convergence — sans ignorer les rapports de force.

Par Gabriel Poda, consultant en relations internationales et analyste géopolitique

En Afrique de l’Ouest, les fractures politiques compliquent une coopération régionale pourtant essentielle à la stabilité et aux échanges économiques. Le retrait du Niger, du Burkina Faso et du Mali de la CEDEAO, en janvier 2025, a accentué ces divisions, sans pour autant faire disparaître les intérêts économiques et sécuritaires entre les États. Dans ce contexte, défendre ses intérêts nationaux ne suppose pas nécessairement de durcir les rapports de force. Au contraire, le maintien du dialogue peut devenir un instrument d’influence.

Défendre ses intérêts nationaux ne suppose pas nécessairement de durcir les rapports de force.

Les premières initiatives diplomatiques du président Romuald Wadagni s’inscrivent dans cette logique. Dès son arrivée au pouvoir en mai 2026, il a effectué une tournée dans huit pays ouest-africains en moins de deux semaines, notamment au Niger, au Burkina Faso et au Mali. En renouant le dialogue avec ces États, Cotonou fait ainsi le choix de ne pas laisser les divergences politiques dicter l’ensemble de ses relations régionales.

Une diplomatie de voisinage au-delà des fractures politiques

À la jonction du golfe de Guinée et des marchés sahéliens, et situé aux portes du Nigeria, le Bénin occupe une position stratégique dans les échanges ouest-africains. Mais cet avantage géographique ne suffit pas à garantir son influence. La circulation des marchandises, l’accès aux marchés et la sécurité des corridors commerciaux reposent autant sur les capacités logistiques et sécuritaires des pays que sur leur aptitude à maintenir des relations de coopération avec leurs voisins. Or, les tensions avec les États sahéliens ont révélé la fragilité de ces interdépendances. Pour Cotonou, préserver des canaux de dialogue répond donc à un double impératif : soutenir sa compétitivité économique et contribuer à la stabilité de son environnement régional.

Le rapprochement engagé avec le Niger en offre une illustration. Lors de leur rencontre à Niamey, Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani ont réaffirmé leur volonté de renforcer la lutte contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier, tout en relançant leur coopération politique et économique. Les discussions ont également porté sur la levée des obstacles aux relations bilatérales, notamment la réouverture de leur frontière commune. Une volonté de rapprochement qui témoigne de la persistance d’intérêts partagés malgré les différends politiques, et dont la portée dépendra de sa traduction en actes.

Diversifier les partenaires pour préserver ses marges de manœuvre

Au-delà de son voisinage régional, le Bénin poursuit une politique de diversification de ses partenariats internationaux pour répondre à ses priorités de financement, notamment dans les infrastructures et les secteurs productifs.

En octobre 2026, le Bénin a signé à Bangkok avec la Banque islamique de développement (BID) des accords de financement totalisant plus de 326 millions d’euros, notamment pour la modernisation de l’axe Godomey–Ouidah–Hillacondji et le développement agricole. Quelques jours auparavant, la visite de Romuald Wadagni à Paris avait donné lieu à de nouveaux engagements de près de 100 millions d’euros avec l’Agence française de développement (AFD) et Bpifrance, principalement en faveur de l’électricité et de l’agriculture. Plus tôt dans l’année, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque internationale pour l’industrie et le commerce (BIIC) avaient annoncé un partenariat de 100 millions d’euros destiné à soutenir les entreprises béninoises, notamment dans l’agro-industrie.

Pour Cotonou, l’intérêt de cette diversification dépasse les montants mobilisés. En entretenant des relations avec des partenaires aux priorités différentes, le Bénin élargit ses possibilités de coopération et de financement. L’enjeu est désormais de faire de cette pluralité de partenariats un levier pour défendre ses propres priorités, plutôt que de simplement répondre à celles de ses bailleurs.

Le multilatéralisme au-delà de la représentation

Le Bénin cherche également à faire entendre ses priorités — notamment sécuritaires — au sein des instances africaines. Sa présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine lui a ainsi permis d’organiser, le 23 septembre dernier, une réunion ministérielle consacrée au bon voisinage et aux réponses régionales face au terrorisme et aux défis sécuritaires.

Pour Cotonou, porter ces questions à l’échelle continentale présente un intérêt stratégique : les menaces qui pèsent sur ses frontières ne peuvent être traitées indépendamment de la situation de ses voisins. La réunion témoigne ainsi d’une volonté de faire de la coopération sécuritaire une priorité collective, malgré les divergences politiques entre États. Reste toutefois à transformer cette initiative diplomatique en coopération effective. La capacité à inscrire un sujet à l’agenda continental ne garantit ni l’adhésion des partenaires ni la mise en œuvre de réponses communes. C’est sur ce terrain que pourra être appréciée la portée de l’action béninoise.

Le pari diplomatique de Romuald Wadagni repose sur un constat : malgré les fractures politiques, les interdépendances économiques et sécuritaires continuent de lier les États ouest-africains. En misant sur le dialogue régional, la diversification de ses partenaires internationaux et l’initiative multilatérale, Cotonou cherche à faire de la coopération un instrument d’influence au service de ses intérêts nationaux. Cette stratégie traduit une certaine lecture des rapports de force : pour un État comme le Bénin, peser sur son environnement suppose aussi de savoir composer avec les priorités de ses voisins et partenaires. La coopération apparaît comme un choix de réalisme stratégique.

La coopération apparaît comme un choix de réalisme stratégique.

Mots-clefs :

Vous venez de lire un article en accès libre

La Revue Conflits ne vit que par ses lecteurs. Pour nous soutenir, achetez la Revue Conflits en kiosque ou abonnez-vous !

Voir aussi

La ligne Dakar-Natal, quand la route quitte le sol

Le 12 mai 1930, un hydravion décolle de Saint-Louis du Sénégal avec cent trente kilos de courrier et se pose à Natal, au Brésil, vingt et une heures plus tard. Ce vol supprime d'un coup une semaine sur la liaison Europe-Amérique du Sud. C'est le dernier maillon d'une route aérienne...

À propos de l’auteur
Revue Conflits

Revue Conflits

Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.