<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Ceuta : une crise migratoire annoncée, et un gouvernement pris de court

1 août 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : Ceuta (c) AFP

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Ceuta : une crise migratoire annoncée, et un gouvernement pris de court

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  • En moins de vingt-quatre heures, quelque 60 000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta : la plus grave crise migratoire de l’histoire de l’enclave espagnole.

  • Selon The Objective, les services de renseignement avaient prévenu Madrid d’un afflux massif coïncidant avec la fête du Trône. En vain.

  • Inaction marocaine à la frontière, gouvernement sur la défensive, retours en masse et tensions à Bruxelles autour de Schengen : anatomie d’un fiasco annoncé.

En moins de vingt-quatre heures, quelque 60 000 personnes ont franchi la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta, à pied et à la nage. La plus grave crise migratoire de l’histoire de la ville autonome, qui coïncide avec la fête du Trône marocaine, avait pourtant été annoncée. Selon le quotidien espagnol The Objective, les services de renseignement en avaient averti le gouvernement — en vain.

Des avertissements ignorés

D’après les sources des renseignements militaires et civils citées par The Objective, plusieurs rapports avaient alerté l’exécutif d’un possible afflux massif vers Ceuta et Melilla à l’approche de la fête du Trône, en signalant la « probabilité » d’un « geste de magnanimité » du roi Mohammed VI. Le gouvernement, écrit le journal, aurait « systématiquement ignoré » ces mises en garde. Les signes s’étaient pourtant accumulés : arrivée inhabituelle de nombreux autocars à Castillejos, la localité marocaine la plus proche de Ceuta, rassemblement de milliers de personnes, et, sur dix jours, environ un millier de migrants parvenus dans l’enclave par la mer. Autant de « tentatives » que le renseignement attribuait au Maroc.

Ceuta (c) AFP

La vague a submergé en quelques secondes les forces déployées à la frontière du Tarajal, ce poste que l’infographie satellite de l’AFP situe à la pointe sud de l’enclave, là où une jetée frontalière s’avance dans la mer et que les nageurs contournent. Garde civile et Police nationale n’ont rien pu faire, sinon prendre en charge les blessés. Les mêmes sources regrettent, auprès de The Objective, que l’armée n’ait pas été mobilisée d’emblée, alors que des garnisons étaient prêtes à Ceuta comme à Melilla : elle « aurait pu être mobilisée sans réunions préalables, simplement à la suite d’une décision politique ».

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Le précédent de 2021 et le rôle du Maroc

Le quotidien souligne les similitudes avec la crise de mai 2021, lorsque 8 000 personnes avaient traversé après un relâchement de la surveillance marocaine, en représailles à l’accueil par Madrid du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital de Logroño. « Une telle opération ne se prépare pas en quatre jours », préviennent ces sources. Pour la Garde civile, la situation est même pire qu’il y a cinq ans : en 2021, la crise fut soudaine et ponctuelle ; celle-ci est l’aboutissement d’un phénomène installé, l’afflux constant de « nageurs », qui a récemment culminé après un arrêt de la Cour suprême interdisant les refoulements immédiats des migrants arrivant à la nage.

« Une telle opération ne se prépare pas en quatre jours. »

Surtout, The Objective met en cause l’« inaction totale » du Maroc à la frontière terrestre. Selon les agents déployés sur la digue du Tarajal, la gendarmerie marocaine « restait les bras croisés » tandis que des centaines de personnes traversaient ; des vidéos, dont le journal confirme la teneur, montrent la police marocaine régulant la circulation et laissant des jeunes descendre de camions pour se diriger vers la frontière.

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Un gouvernement sur la défensive

Face à ces images de gardes civils débordés, le ministère de l’Intérieur a affirmé quelques heures plus tard que la collaboration avec Rabat « était exemplaire, loyale et permanente ». Le vendredi, le chef du gouvernement Pedro Sánchez a abondé dans ce sens : il a qualifié l’afflux d’« atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne », salué son contact « rapide et constant » avec les autorités marocaines, et imputé la responsabilité aux « mafias » de la traite qui, selon lui, ont poussé des milliers de jeunes à la mer en exploitant l’arrêt de la Cour suprême.

« Une atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne. »

Cette version tranche avec ce que rapporte The Objective. Le renforcement dont se prévaut l’exécutif — décidé, selon Sánchez, par le ministre Fernando Grande-Marlaska face à la hausse des arrivées maritimes — se serait résumé à une trentaine d’agents et à un bateau tombé en panne quelques jours plus tard. Malgré les rapports du renseignement, les vrais renforts (armée, Garde civile, Police nationale) ne sont arrivés qu’en fin de journée jeudi, et le périmètre frontalier n’a été sécurisé que le vendredi en fin d’après-midi, avec les forces anti-émeutes et l’armée.

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Retours, barrières et tensions européennes

Le reflux a été aussi rapide que la vague : plus de 53 000 des migrants entrés jeudi sont, selon l’Intérieur, retournés volontairement au Maroc, les deux pays s’étant entendus pour accélérer les retours ordinaires — un processus qui s’étalera néanmoins sur des mois. Restent quelque 7 000 mineurs, dont la prise en charge incombe à Ceuta et aux communautés autonomes ; beaucoup, faute de nourriture, sont repartis d’eux-mêmes.

Pour l’avenir, Sánchez a annoncé l’installation de bouées en mer, destinées à prolonger la frontière terrestre afin de permettre des refoulements immédiats. La Cour suprême avait en effet jugé, le 8 juillet, que le refoulement ne pouvait s’appliquer aux migrants arrivant à la nage, faute de franchissement d’un « élément de confinement frontalier » comme une barrière, tout en laissant la porte ouverte si une barrière maritime venait à être posée. La Garde civile juge le dispositif insuffisant et réclame une réforme de la loi sur l’immigration, à laquelle le chef de l’exécutif s’est engagé sans plus de précisions.

La crise déborde enfin les frontières espagnoles. L’Union européenne presse Madrid de reprendre le contrôle et prévient que tout transfert de ressortissants maghrébins vers la péninsule pourrait justifier une suspension de la libre circulation. L’Italie a même annoncé suspendre l’accord Schengen avec l’Espagne, avant de nuancer — la mesure devant être validée à Bruxelles — en la limitant au contrôle des voyageurs non européens en provenance d’Espagne.

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Source : d’après The Objective, « Informes de inteligencia alertaron al Gobierno de la oleada en Ceuta… », 1er août 2026. Infographie : AFP.

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