Coupe du monde 2026 : un Mondial sous le signe de l’énergie

17 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : Le football, la religion de l'Argentine. (AP Photo/Marta Lavandier)/FLML103/23227827141670//2308160934

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Coupe du monde 2026 : un Mondial sous le signe de l’énergie

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  • Depuis 2010 et l’Afrique du Sud, le Mondial n’a plus quitté les grands producteurs d’hydrocarbures : Brésil et son pétrole offshore en 2014, Russie en 2018, Qatar en 2022, et désormais le trio nord-américain mené par le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. Le ballon est devenu une affaire d’énergie.

  • Trois usages possibles de la rente : l’énergie-arme (Russie, exclue du tournoi depuis l’agression contre l’Ukraine), l’énergie-charme (Qatar et Arabie saoudite, qui transforment la rente en clubs européens, sponsoring FIFA et naturalisations), et l’énergie-loi (États-Unis, dont les sanctions et visas décident qui peut entrer).

  • Le paradoxe français : une équipe multiénergie de rang mondial (EDF, Engie, TotalEnergies) née dans un pays sans pétrole, électricité parmi les moins carbonées des grandes économies, favorite du tournoi par les pieds de ses joueurs et non par la rente de son sous-sol. Ni l’arme, ni le charme, ni la loi : l’ingénieur.

Pour trouver une Coupe du monde organisée par un pays qui ne soit pas une puissance des hydrocarbures, il faut remonter à 2010 et à l’Afrique du Sud. Depuis, le tournoi n’a plus quitté les grands producteurs : le Brésil et son pétrole offshore en 2014, la Russie en 2018, le Qatar en 2022. Et en 2026, le trio nord-américain, mené par le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. Le ballon est devenu une affaire d’énergie. Mais le sous-sol n’explique rien à lui seul. Une seule question compte : que fait-on de sa rente ?

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Couper, ou acheter

« Avoir du pétrole ne suffit pas : il faut le changer en pouvoir. »

Deux usages principaux s’offrent à qui détient une rente, mais on verra, il y en a d’autres.

Le premier mise sur le rapport de force. On tient ses clients par le robinet, on laisse les prix grimper pour punir. C’est l’énergie-arme.

Le second mise sur l’argent. On dépense la rente, on s’achète une image, des alliés, un fauteuil dans les grandes institutions. C’est l’énergie-charme.

Deux pays gaziers résument ces deux premiers usages : la Russie et le Qatar.

Moscou : le gaz comme arme

Il y a deux éditions, la Russie recevait le monde. Été 2018, stades neufs, Poutine en tribune, le logo Gazprom partout. Le champion gazier russe était alors sponsor de la FIFA, exclusif sur le pétrole et le gaz ; Poutine avait signé le contrat en personne, à Sotchi.

Et sur le terrain, ça marchait. Les Russes de Denis Cheryshev ont sorti l’Espagne aux tirs au but, avant de tomber face à la Croatie en quart, aux tirs au but encore. Leur meilleur Mondial. La rente payait les stades, le gaz achetait le prestige : à l’époque, la Russie aussi jouait le charme.

Puis elle a changé d’arme. Pendant vingt ans, sa puissance tenait à un fil : la dépendance de l’Europe à son gaz. En 2022, la menace est devenue agression contre l’Ukraine. La FIFA et l’UEFA ont suspendu la fédération russe dès février, et la mesure tient toujours.

« L’arme s’est retournée. L’Europe s’est sevrée du gaz russe en un temps record ; Moscou a perdu son marché, son levier, sa place. Quatre ans après avoir reçu la planète, elle regarde le Mondial à la télévision, privée de terrain. »

Doha : le même gaz, l’autre choix

Le Qatar a fait l’inverse, depuis le début. Lui aussi est une grande puissance du gaz. Et il l’a utilisé.

D’abord pour accueillir. Un émirat de trois millions d’habitants n’organise pas un Mondial sans rente : huit stades climatisés, des lignes de métro, une ville sortie du sable. Sans le gaz, pas de Coupe du monde au Qatar en 2022.

Ensuite, pour exister sur le terrain. L’académie Aspire forme des joueurs depuis vingt ans. Le pays a remporté deux Coupes d’Asie, en 2019 et en 2024, portées par de nombreuses naturalisations et son meneur Akram Afif. Son fonds a racheté le Paris-Saint-Germain dès 2011 ; sa chaîne, beIN, diffuse le football sur toute la planète.

En 2026, le Qatar s’est qualifié seul, par les éliminatoires, et non plus comme hôte. Une première. L’équipe est confiée à Julen Lopetegui, passé par le Real Madrid. D’entrée, tenue en échec par la Suisse, elle a arraché le premier point de son histoire en Coupe du monde, sur une égalisation de son capitaine Boualem Khoukhi dans le temps additionnel.

Deux nations et un même gaz. L’une en a fait une menace, transformée en agression, et ne joue plus. L’autre en a fait une équipe, un club européen majeur, une vitrine.

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Téhéran : sur le terrain, pas autour

L’Iran est un cas à part. Son pétrole est sous sanctions : pas de mécénat, pas de clubs à racheter. Le charme lui est fermé. Sa capacité de nuisance, elle, n’a pas disparu — sur les routes et les prix de l’énergie — mais ce levier ne se joue pas dans un stade.

Sa sélection a fait sa part : quatrième qualification d’affilée, portée par son buteur Mehdi Taremi. Le reste lui échappe. Supporters visés par le décret migratoire américain, quota de billets annulé, camp de base déplacé au Mexique. Présente sur la pelouse, tenue à l’écart de tout le reste.

Riyad : le charme qui paie

La chaise « énergie » de la FIFA était russe en 2018. Elle est saoudienne aujourd’hui.

En 2024, sa compagnie Aramco — premier producteur mondial de brut — est devenue partenaire majeur de la FIFA, exclusif sur la catégorie énergie, jusqu’à fin 2027.

Depuis 2023, le fonds souverain, le PIF (Public Investment Fund — صندوق الاستثمارات العامة), possède les quatre plus grands clubs du pays. Il a puisé dans les vestiaires européens : Cristiano Ronaldo, le premier, à Al-Nassr, en janvier 2023, puis Benzema, Ballon d’Or en titre à son arrivée, Mané, Kanté, Mahrez. De quoi évoquer un début de NBA version football.

Le même fonds possède Newcastle, en Premier League. Il sponsorise la Coupe du monde 2026. Et le royaume accueillera celle de 2034.

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L’après-pétrole

Reste l’hôte. En 2026, le Mondial se joue d’abord aux États-Unis : première puissance énergétique du monde, premier producteur de pétrole et de gaz. À côté, le Mexique — et le Canada, puissance pétrolière méconnue, quatrième producteur mondial, devant le Koweït et l’Irak.

Mais Washington ne courtise personne, car sa puissance ne se résume pas à l’énergie et que son soft power est sans égal. La Russie et le Qatar payaient pour être vus ; l’hégémon américain, lui, tient déjà bien d’autres choses. Ce sont ses sanctions, sa puissance et ses visas qui décident qui peut entrer. C’est le troisième usage de l’énergie. Ni l’arme ni le charme. La loi.

Le monde quitte lentement les fossiles, pas assez vite, mais de façon inexorable, même si la gouvernance américaine actuelle peut en faire douter. Quand les barils compteront moins, l’influence ira à un camp : celui qui aura changé sa rente en sièges, en images, en clubs. Aramco au cœur du Mondial, le Qatar propriétaire du PSG : autant d’assurances sur l’après-pétrole.

Et la France, favorite du Mondial ?

La France est le pays des géants de l’énergie sans la rente. EDF, Engie, TotalEnergies : une équipe multiénergie de rang mondial, née dans un pays sans pétrole, favorite pour remporter le tournoi.

Son électricité est l’une des moins carbonées des grandes économies mondiales : nucléaire comme renouvelables. La patrie de Marie et Irène Curie n’a pas hérité d’un sous-sol. Elle a bâti une filière.

« Ni l’arme, ni le charme, ni la loi : l’ingénieur. »

Sur la pelouse, même histoire. La France n’a pas acheté sa place. Championne du monde en 1998 et en 2018, finaliste en 2022, elle est une grande puissance du ballon rond. Elle va croiser l’Irak, pays pétrolier, dès le premier tour. Reste à voir si, en 2026, le pays de l’atome et du bas carbone tirera son épingle du jeu. Pour une fois, la réponse ne se lira pas dans un baril, mais dans les pieds des joueurs français.

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À propos de l’auteur
Romain Blachier

Romain Blachier

Romain Blachier travaille dans l’énergie renouvelable, enseigne et publie sur les questions géopolitiques et énergétiques.