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Du 17 février au 2 mars 2026, une centaine d’aviateurs britanniques s’entraînent en Corse avec l’armée française, dans le cadre des accords de Lancaster House.
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Les frappes américano-israéliennes en Iran ont alimenté des rumeurs sur les réseaux sociaux, semant la panique parmi certains habitants de l’île.
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Cet exercice s’inscrit dans la nouvelle doctrine de « dissuasion avancée » d’Emmanuel Macron et renforce l’interopérabilité franco-britannique face aux tensions mondiales.
Du 17 février au 2 mars 2026, la base aérienne 126 Ventiseri-Solenzara en Corse a accueilli un détachement de la Royal Air Force (RAF) dans le cadre d’exercices d’entraînement conjoints. Cette opération, mobilisant près d’une centaine d’aviateurs britanniques, dont 32 pilotes, a suscité des inquiétudes au sein de la population en raison du contexte actuel au Moyen-Orient.
À Bastia, sur l’un des terrains de tennis, alors que leur match est des plus acharnés, Nicolas et son camarade de jeu s’arrêtent brusquement pour contempler le ciel. En cette après-midi du 27 février, ils aperçoivent huit Hawk T2 de la Royal Air Force escortant un A400M de l’armée française. Le phénomène est à signaler, car des manœuvres d’une telle ampleur restent inédites en Corse malgré la présence de la base aérienne 126 de Ventiseri-Solenzara. Les exercices concernent généralement quelques sorties de Rafales aux beaux jours ou quelques sauts en parachutage effectués à partir du A400M.
Huit Hawk T2 de la RAF escortant un A400M français au-dessus de Bastia : des manœuvres inédites qui sèment l’inquiétude dans l’île.
Dès l’annonce par les médias des frappes américaines et israéliennes en Iran, les réseaux sociaux ont fait fleurir des commentaires farfelus et aberrants, symboles d’une profonde méconnaissance des opérations militaires et des relations diplomatiques. Certains ont paniqué, d’autres ont vu la guerre aux portes de leurs maisons, comme Sabine, effrayée en regardant la cartographie précise des tirs en Iran, en Arabie Saoudite, aux Émirats ou au Qatar : « Là, ça craint ! » pouvait-on lire sur sa page Facebook. Nicolas fait directement le lien entre la scène observée depuis le terrain de tennis et les opérations « Epic Fury » et « Lion’s Roar » : « Je comprends mieux ». D’autres ont même confondu les Hawk T2 avec des F35 et l’A400M avec un B52.
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En début de semaine, le ministère des Armées s’est donc fendu d’un communiqué pour expliquer les buts et les objectifs des exercices franco-britanniques dans le ciel insulaire : « Pour la deuxième année consécutive, la base aérienne 126 Ventiseri-Solenzara accueille un détachement de la Royal Air Force dans le cadre d’un exercice d’entraînement conjoint du 17 février au 2 mars 2026. Ce déploiement mobilise près d’une centaine d’aviateurs britanniques, parmi lesquels 32 pilotes, présents sur le sol insulaire pendant deux semaines. »
Les avions de chasse britanniques Hawk T2 ont effectué une quarantaine de sorties aériennes au-dessus de l’île. Le déploiement vise à renforcer l’interopérabilité entre les forces armées françaises et britanniques, un objectif qui s’inscrit également dans les grandes lignes du discours d’Emmanuel Macron, le 2 mars, depuis la base militaire de l’île Longue dans le Finistère, plaidant pour une nouvelle doctrine dite de la « dissuasion avancée ».
L’exercice s’inscrit dans la nouvelle doctrine de « dissuasion avancée » de Macron et dans le cadre des accords de Lancaster House — pilier de la coopération franco-britannique depuis 2010.
Ces exercices s’inscrivent également dans le cadre du partenariat franco-britannique des accords de Lancaster House, signés en novembre 2010, qui visent à renforcer la coopération militaire et de défense entre les deux pays. Ils prévoient notamment le partage de capacités militaires, le développement conjoint d’armements et une collaboration accrue en matière de dissuasion nucléaire.
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L’un des piliers de ces accords est la création de la Force expéditionnaire conjointe franco-britannique (Combined Joint Expeditionary Force – CJEF), une force binationale conçue pour mener des opérations militaires conjointes de haute intensité. « Opérationnelle depuis 2020, la CJEF incarne l’engagement franco-britannique en faveur d’une défense européenne renforcée et d’une capacité d’intervention autonome sur la scène internationale », précise le ministère des Armées.
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La CJEF, opérationnelle depuis 2020, incarne l’engagement franco-britannique pour une défense européenne autonome — loin des fantasmes des réseaux sociaux.
Quant aux inquiétudes, elles pourront être difficilement ignorées au regard de l’histoire de l’île, de la mentalité de ses habitants forgée au fil des siècles par de multiples invasions et razzias barbaresques. Une mémoire longue qui explique que, même aujourd’hui, le bruit des avions de chasse au-dessus de l’île puisse réveiller des angoisses bien plus anciennes que les crises géopolitiques du moment.
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