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Définies par leur milieu d’engagement plus que par leur arme, les troupes de montagne françaises ont façonné depuis la fin du XIXe siècle une culture opérationnelle centrée sur l’adaptation aux environnements extrêmes.
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Elles ont structuré un modèle d’innovation original, fondé sur l’expérience du terrain et une interaction étroite entre unités engagées, structures de formation et organismes centraux.
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Leur histoire souligne la primauté du facteur humain sur les moyens matériels — et les risques que ferait courir la remise en cause de ces unités spécialisées.
Par Bruno de Franqueville, officier de l’Armée de Terre
Définies prioritairement par leur milieu d’engagement plutôt que par leur spécialité d’arme, les troupes de montagne françaises se singularisent au sein de l’Armée de Terre depuis leur création à la fin du XIXe siècle. Cette particularité a façonné une culture opérationnelle centrée sur l’adaptation aux environnements extrêmes, notamment la haute montagne et le grand froid. Au fil du temps, ces unités ont développé des compétences techniques, tactiques et physiologiques spécifiques, directement issues des contraintes imposées par ces milieux.
Les troupes de montagne ont progressivement structuré un modèle d’innovation original, fondé sur l’expérience opérationnelle. Cette « innovation par et pour l’opérationnel »1 repose sur une interaction étroite entre les unités engagées, les structures de formation et les organismes centraux. Les retours d’expérience alimentent en continu l’évolution des équipements, des tactiques et des modes d’action, permettant une adaptation rapide aux réalités du terrain.
Confrontée à des contraintes multiples — mobilité réduite, conditions climatiques extrêmes, limitations matérielles et exigences physiologiques — la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (27e BIM) a élaboré une doctrine adaptée, combinant innovations technologiques, formations spécifiques et organisation humaine ajustée. Au-delà des aspects opérationnels, la forte identité collective constitue un facteur clé de l’efficacité de ces unités. Cette cohésion favorise la transmission des savoir-faire et le maintien d’un lien étroit entre l’armée et la société civile. Les troupes de montagne s’inscrivent ainsi dans un écosystème d’innovation duale, associant partenaires industriels, centres de recherche et universités, ce qui renforce leur intégration dans leur environnement local.
Pour comprendre l’émergence de cette culture opérationnelle de milieu, il est intéressant de relire l’histoire de cette entité militaire au prisme de son processus d’innovation.
des troupes pour la montagne
La création des chasseurs alpins en 1888 répond à la nécessité de défendre les frontières montagneuses de la France. Les Alpes sont désormais considérées comme le lieu favorable pour interdire la pénétration du territoire national2. La première période de spécialisation des chasseurs à pied et de leurs appuis au milieu montagneux est guidée par les impératifs d’ordre tactique. Les techniques développées par ces unités militaires devancent les besoins civils.
Pionnier de l’alpinisme militaire, […] le général Paul Arvers est directement à l’origine de la création des troupes alpines françaises. Il a imposé un entraînement moderne et interarmes qui fasse preuve de nouveauté tactique et d’adaptation aux terrains montagneux, éléments cruciaux pour la défense nationale de l’époque.3
Ces unités exploitent leur connaissance du terrain pour y mener des opérations adaptées. Leur expertise en escalade, ski et survie en haute altitude les distingue rapidement des autres formations militaires. Cette spécialisation géographique forge leur identité unique, renforcée par un esprit de corps solide et une adaptation continue aux défis du milieu montagnard. « Leur organisation est […] très moderne et en avance de plus d’un demi-siècle. […] À chaque bataillon de chasseurs sont rattachés une batterie d’artillerie de montagne à quatre pièces, un détachement du génie et une « escouade franche » de montagnards de haut niveau, spécialistes des déplacements en altitude et des coups de main […], pour former un groupement interarmes appelé groupe alpin »4. Cette organisation préfigure la constante nécessité d’innover dans leur milieu.
Durant la Grande Guerre, les diables bleus sont employés principalement dans les Vosges et pour combler les interstices du front. Ils y gagnent leurs lettres de noblesse tout en poursuivant leur culture de l’innovation. Par exemple, après avoir rapporté le ski des pays scandinaves avant-guerre, ils inventent le transport logistique militaire par traîneau à chiens en s’appuyant sur un lieutenant ancien chercheur d’or en Alaska et l’audace du général de Maud’Huy, commandant la VIIe armée dans le secteur de l’Alsace. À partir de 1916, « Les missions des deux Sections d’Équipage de Chiens d’Alaska vont s’intensifier progressivement. […] Grâce à la rapidité et au déplacement silencieux des chiens et des traîneaux sur la neige, les SECA et les troupes alpines vont permettre de tenir ou reprendre tous les sommets des Vosges durant la Première Guerre mondiale. »5
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L’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale représentent une période d’évolution matérielle et doctrinale fondatrice pour les chasseurs alpins. Ces montagnards ont prouvé leur valeur au combat de plaine ou de moyenne altitude. Influencées par des figures clés qui ont façonné les troupes alpines durablement, ces dernières vont devenir un corps de troupe inexpugnable en haute montagne. Cette période est de nouveau celle des initiatives individuelles, sur le plan technique et matériel tout autant que sur le plan tactique en termes de procédés novateurs et de programmes d’instruction spécifiques normés.
Après Paul Arvers, Edmond Dosse6, comme capitaine d’abord, puis comme général, est reconnu pour ses contributions théoriques à la guerre en montagne. Ses écrits ont jeté les bases doctrinales des opérations alpines post-Grande Guerre, en insistant sur l’importance de la mobilité, de la surprise et de l’adaptation aux conditions difficiles. En formalisant les procédés tactiques des chasseurs alpins, il influence leur processus de formation et leur emploi sur le terrain. Devenu général commandant du Centre d’études de montagne au début des années 1930, Dosse n’aura de cesse de promouvoir les unités de montagne au niveau central. Appuyé par le jeune chef de bataillon Béthouart7, il développe les formations à l’alpinisme, au ski et au stationnement en montagne. Ce dernier a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre des programmes de formation visant à améliorer les compétences techniques et tactiques des soldats. Le Centre d’études de montagne qu’il crée en 1931, puis l’École Militaire de Haute Montagne, l’année suivante à Chamonix, ont permis de standardiser les pratiques et d’assurer un haut niveau de préparation, consolidant ainsi l’efficacité opérationnelle des chasseurs alpins. « L’instruction provisoire sur les opérations des grandes unités en montagne de 1932 constitue véritablement la première instruction spécialisée »8.
Le capitaine Pourchier, premier chef de l’École de Haute Montagne de Chamonix, est précurseur du lien civilo-militaire dans le domaine de la montagne. Il innove à des fins militaires en s’appuyant sur l’expérience acquise en montagne dans le cadre d’expéditions civiles ; inversement, il publie ses découvertes, réalisées dans le cadre militaire, dans les revues du Club alpin français9. Dans son sillage, la section topographique du 1er Groupement de montagne, sous timbre du secrétariat à la guerre de l’État français, publie le 25 septembre 1941 une instruction sur l’emploi du ski10. Ce document, qui vient remplacer celui de 1922, sera complété après-guerre par une succession de notices sur la vie et le combat d’infanterie en montagne ordonnées par le colonel Vallette d’Osia11.
Dans les unités combattantes, les capitaines Molle et Le Ray12 se distinguent par leur expertise technique. Leurs innovations ont permis d’adapter les équipements aux contraintes des combats en haute altitude. Leur travail a conduit en particulier à une meilleure intégration des soutiens d’artillerie dans les opérations alpines, augmentant ainsi la puissance de feu et la précision des chasseurs alpins. Le chef de bataillon Vallette d’Osia13, pour sa part, est reconnu pour ses compétences tactiques exceptionnelles, aidées par une puissance physique et morale à toute épreuve. Ayant commencé sa carrière comme chef de corps franc durant la Grande Guerre et passé par la Légion étrangère durant la guerre du Rif, il a développé des approches novatrices pour les combats de montagne. Il insiste sur la flexibilité, l’initiative individuelle et l’utilisation optimale du terrain. Pour lui, le milieu impose que chaque chasseur soit capable de servir au poste immédiatement supérieur au sien, car les contraintes tactiques que font peser l’élongation et le climat en montagne nécessitent une capacité de décision particulière, sans quoi les procédés tactiques perdent leur efficacité.
1945 : s’adapter à une nouvelle époque
Après la Seconde Guerre mondiale, les troupes alpines ont dû s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques. Elles sont maintenues du fait de leur implication dans la Résistance et dans la Libération, puis de l’occupation pacifique du Tyrol. En outre, les Alpes sont considérées comme un territoire clé pour la défense nationale. Pour autant, elles perdent leur réputation de troupe d’élite. Les efforts se concentrent sur les unités blindées face au bloc de l’Est et dans les conflits de décolonisation. Comme les autres unités métropolitaines, les alpins sont déployés en Algérie et délaissent leurs entraînements en haute montagne14.
La survie de la division alpine (DA), et surtout de la spécialité montagne, revient principalement au travail commandé avec ardeur par le colonel, puis général, Vallette d’Osia, qui recrée la 27e DA en 1945. Il impose rapidement la mise en place d’une cellule de suivi des innovations pour enrichir la doctrine datant d’avant la guerre avec les nouvelles compétences acquises dans les combats de montagne, dans les Alpes, mais aussi dans le grand froid scandinave et dans la chaleur des Apennins. Ces travaux aboutissent entre 1949 et 1952 aux instructions sur la vie en montagne15, sur la pratique du ski et de l’alpinisme, TTA 11416 et à la notice sur le combat de l’infanterie en montagne17. Rédigées par son état-major, elles ont toutes été annotées par lui-même et corrigées selon ses commentaires avant publication.
Dès 1962, concomitamment au retour d’Algérie et avec la doctrine de dissuasion, l’existence d’unités de montagne est considérée par les états-majors centraux comme désuète. La 27e division alpine est supprimée au profit des 17e et 27e brigades alpines, « cette avanie est transformée en opportunité pour retrouver les compétences montagne de haut niveau »18. À Paris, ceci n’est pas considéré comme une mission d’avenir valable. Les règlements sur le combat en montagne rédigés en 1965 tardent à être publiés. La spécificité perdure une fois de plus grâce à des individualités, en particulier le général Idier, commandant la 17e brigade alpine, qui n’hésite pas à écrire, en 1970 dans son rapport sur le moral, l’humiliation ressentie par ses hommes et ses cadres. La reconnaissance de la spécificité alpine n’est en réalité pas assumée par l’état-major de l’Armée de Terre (EMAT). Elle ne subsiste que pour la défense opérationnelle du territoire dont dépendent les deux brigades depuis 1963, avec pour mission de tenir les frontières difficiles.
1976 marque une rupture pour toute l’Armée de Terre, et les troupes alpines en sont bénéficiaires. Le ministre de la Défense demande à l’inspecteur de l’Armée de Terre, le général Thénoz, ancien commandant de la 27e brigade alpine, de renforcer les forces terrestres. Des divisions légères sont générées à partir des brigades existantes : opportunité de recréer la 27e division alpine19. Cette restructuration a été anticipée par de jeunes officiers qui ont profité des années de disette pour réécrire la charte de la division alpine (tactique, technique, symbolique militaire), qui est une véritable matrice de troupe de montagne. Le commandement de la division est confié au général Laurens. Alpin devenu parachutiste, il est très au fait des procédés en cours dans les unités de pointe de cette époque et s’appuie sur cette expérience pour relancer la dynamique de sa nouvelle division. Il obtient que soient mis à jour les règlements de combat en montagne et qu’ils soient actés par le bureau conduite de l’état-major de l’Armée de Terre en 1979. Cependant, il échoue à obtenir la prime montagne, pourtant comparable à la prime parachutiste, ce qui montre que les états-majors centraux n’accordent pas encore de reconnaissance morale à la spécificité montagne.
1983 : de la Force d’Action Rapide à l’armée professionnelle
En 1983, la Force d’Action Rapide (FAR) est créée pour venir en appui de la dissuasion nucléaire sur les théâtres d’opérations secondaires. La machine qui avait été mise au premier plan dans le cadre de la doctrine nucléaire rend sa place au soldat, au centre du dispositif militaire conventionnel. La 27 y est intégrée au titre de ses capacités de montagne, qui ont été âprement défendues par les généraux Thénoz et Laurens20. Si ce choix est critiqué au niveau central, la division fait ses preuves immédiatement par un déploiement au Liban, hors de son domaine de prédilection. Les compétences tactiques de ces unités de conscription, loin d’être remises en cause, sont particulièrement observées : la 27 est la seule division de la FAR constituée d’unités non professionnelles. Ceci permettra la création d’un maillage d’anciens de la division retournés à la vie civile, mais qui auront connu les exigences opérationnelles. Ce réseau, assis sur une structure de proximité, se révèle encore aujourd’hui particulièrement utile et fiable pour participer au développement de moyens nouveaux directement opérationnels.
À partir de 1992, le déploiement français en ex-Yougoslavie est l’occasion pour la 27e Division d’Infanterie de Montagne (27e DIM) d’être déployée dans son milieu de prédilection : le terrain hostile de la montagne hivernale. Durant l’hiver 1995, la présence des chasseurs alpins au mont Igman permet le désencerclement de Sarajevo et met fin au siège de la ville, participant ainsi directement au tournant de la situation opérative. Par la réussite de ces mandats, les troupes de montagne sont reconnues pour leurs aptitudes particulières dans les milieux extrêmes. Au-delà des innovations capacitaires, c’est bien le style de commandement très moderne de ces unités, adapté au caractère contemporain de leurs soldats, et les innovations tactiques qui font la force des troupes de montagne. Elles seront de toutes les opérations extérieures dès la professionnalisation, remettant systématiquement en cause leur organisation et leurs procédés, au gré des expériences opérationnelles dans les différents milieux : froid, chaud, humide ou désertique.
Au même moment, la commission consultative permanente Armée de Terre 1997 débute. Une instance de pilotage pour la spécialité montagne y est constituée, comme pour chaque fonction opérationnelle. Elle a pour objet de penser les différents domaines que sont la doctrine, l’organisation, la gestion des personnels, l’instruction-entraînement et l’équipement. Une sous-commission par arme est adossée à chaque domaine. Simultanément, un conseiller montagne est désigné auprès du chef d’état-major de l’Armée de Terre (CEMAT). Dès lors, les troupes alpines disparaissent officiellement pour faire place aux Troupes de montagne21.
Le Groupe Militaire de Haute Montagne (GMHM) reçoit une lettre de mission reformulée et il devient la Patrouille de France de l’Armée de Terre. Il est reconduit dans son rôle d’ambassadeur français, chargé en plus d’expertise à des fins tactiques. Si ses exploits sont médiatisés, c’est surtout le développement de matériels et d’équipements tactiques et les expérimentations médicales en liaison avec le Centre de Recherche du Service de Santé des Armées (CRSSA) qui justifient l’existence du GMHM au sein de l’armée devenue professionnelle.
Cette période est également celle de la redécouverte de la spécificité montagne par les autres unités des armées qui sont accueillies au Centre National d’Aguerrissement en Montagne de Briançon (CNAM) et au Centre d’Instruction et d’Entraînement au Combat en Montagne (CIECM) de Barcelonnette. L’accueil d’unités extérieures à la brigade permet un partage d’expertises interarmes, interarmées et interalliées. Le CIECM et le CNAM sont responsables avec l’École Militaire de Haute Montagne (EMHM) de Chamonix de réactualiser les documents doctrinaux de déploiement, stationnement, déplacement et combat en montagne, au gré des évolutions des matériels et des exigences tactiques.
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Depuis 2008, la 27e BIM est projetée sur tous les théâtres d’opérations de l’Armée de Terre : opérations extérieures, missions de courte durée dans les territoires ultramarins et partenariats militaires opérationnels ou techniques. Elle développe en outre des échanges avec les armées de pays aux climats montagneux qu’on ne retrouve pas en France. Ainsi, la brigade échange notamment avec le Liban, la Jordanie, le Royaume-Uni, l’Ouganda, l’Arabie saoudite ou le Kazakhstan. D’autre part, elle participe à plusieurs reprises aux exercices Cold Response et Nordic Response en Norvège, qui regroupent entre 16 000 et 20 000 soldats de l’OTAN22.
Les opérations en Afghanistan signent l’apogée récent de la spécificité montagne dans l’armée professionnelle. La 27e BIM y est engagée à de nombreuses reprises. Les unités de recherche humaine devenues groupement commando montagne sont engagées sur des missions précédemment réservées aux forces spéciales. Il leur revient de conduire des opérations de mentorat de l’armée nationale afghane dès 2007. L’embuscade d’Ouzbin en 2008 marque le renforcement des combats en montagne, là où il faut reconquérir de l’espace de bataille. Chaque hiver, les groupements tactiques interarmes (GTIA) de la 27e BIM sont déployés dans les vallées de Kapisa et de Surobi. Sous commandement d’un des bataillons de chasseurs alpins, ils sont composés de 3 compagnies d’infanterie (de chasseurs alpins), d’un escadron du 4e Régiment de Chasseurs (cavalerie blindée), d’une compagnie de sapeurs du 2e Régiment Étranger du Génie, d’une compagnie du 93e Régiment d’Artillerie de Montagne et des unités d’appuis de la brigade. Ces engagements montrent toute l’actualité de la formation montagne. Il apparaît évident à tous que ce milieu nécessite des compétences individuelles propres, malgré les innovations techniques qui auraient théoriquement pu permettre de s’en départir. La reconquête de la vallée de Kapisa par le GTIA Tiger, sous commandement du 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA), a été extrêmement médiatisée23 et l’une des marques de la 27e BIM devient sa capacité à communiquer sur ses déploiements et ses capacités collectives, comme ce qu’avaient su faire les unités parachutistes du général Bigeard.
L’engagement en Afghanistan est immédiatement suivi de celui du Mali, où l’expérience acquise est transposée dans le désert par le GCM dès Serval. En 2016, la 27e BIM intègre la 1re Division Scorpion tout juste recréée24. Elle y reçoit pour mission de concevoir et conduire des opérations interarmes dans le cadre interarmées. Elle s’y attelle d’emblée en développant un partenariat privilégié avec la 4e Brigade d’Aérocombat (4e BAC), créée la même année. Il s’agit de développer de nouveaux procédés de combat en montagne par un couplage avec les capacités des hélicoptères de combat. Les mandats Spartan des GCM au Mali marquent le développement le plus abouti de ces partenariats. Simultanément, la 27 est déployée dans le cadre de l’engagement national d’urgence (ENU) en Centrafrique, où les GTIA des 7e et 13e BCA mènent de rudes combats avec réussite. En 2022, lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, la France intervient pour l’OTAN au titre de la solidarité stratégique comme Nato Response Force (NRF) face à la Russie. La 27e BIM, brigade d’urgence la plus à même de se déployer en février dans le milieu froid et humide de la Roumanie, projette un GTIA, en quelques heures, sous commandement du 27e BCA.
Durant cette décennie, le GMHM, sous couvert de l’EMHM, s’entraîne de plus en plus fréquemment avec les commandos ou instructeurs des corps de la brigade. L’innovation technico-opérationnelle est directement accolée au développement de nouveaux stages de combat en montagne et en milieu grand froid. Un travail important en doctrine est réalisé avec les autres armées à partir de 2020 pour définir ce milieu grand froid25, qui se rapproche de la haute montagne pour le climat et l’enneigement des sols. La 27e BIM est désignée par l’EMAT comme fer de lance de ces travaux pour l’Armée de Terre, preuve de l’envergure interarmées désormais reconnue aux troupes de montagne26.
L’histoire des troupes de montagne souligne la primauté du facteur humain sur les moyens matériels et confirme le rôle structurant des unités spécialisées au sein de l’Armée de Terre. L’efficacité opérationnelle repose moins sur la technologie que sur des savoir-faire, une organisation adaptée et l’expérience du terrain. Le soldat constitue le principal moteur de transformation, grâce à ses capacités d’adaptation en environnement contraint.
Ce processus d’innovation continue souligne en outre les risques liés à la remise en cause des unités spécialisées. Dans un contexte stratégique incertain, la préservation de leurs compétences particulières est essentielle. Leur capacité d’adaptation et d’innovation constitue un atout décisif pour anticiper les évolutions futures de l’engagement militaire.
1. Jean Frances et Violette Larrieu, « Des militaires face à l’innovation », La Nouvelle Revue du Travail, avril 2023, n° 22, p. 55-74. DOI 10.4000/nrt.13591.
2. Florent Mézin, Des troupes alpines aux troupes de montagne : enjeux identitaires et évolutions opérationnelles liés à la spécificité du combat en montagne.
3. Cyrille Becker, Le général Paul Arvers (1837-1910) et la naissance de l’alpinisme militaire français, Université de Lorraine — École doctorale Fernand Braudel, 2015.
4. Kévin Seivert, « Le colonel Gustave Bernard, spécialiste de la guerre de montagne moderne », Revue Historique des Armées, n° 305-2, 2 septembre 2022, p. 100.
5. Daniel Duhand, « Les poilus d’Alaska », poilusdalaska.com [en ligne, consulté le 21 janvier 2025].
6. Raoul Blanchard, « Dosse (général) — École de Montagne, Traité sur la Guerre de Montagne », Revue de géographie alpine, 1929, tome 17, p. 183-184.
7. Antoine Béthouart, Le livre de l’Alpin, Paris, Charles-Lavauzelle & Cie, 1933.
8. Philippe Boulanger, « Montagnes et guerres dans la doctrine de l’armée de terre française depuis le début du XXe siècle », Revue de géographie historique, 10-11, 20 mai 2017, p. 3.
9. Benoît Deleuze, « Les Alpins de 1918 à 1940 », Cahier des Troupes de montagne, décembre 1999, n° 19.
10. Section topographique du 1er GM, Instruction sur l’emploi du ski, secrétariat d’État à la guerre — État français, 25 septembre 1941.
11. État-major — 3e bureau, Instruction sur la vie en montagne, ministère de la Défense nationale — secrétariat d’État à la guerre, 9 mars 1949.
12. Jean-Pierre Martin, Alain Le Ray, le devoir de fidélité : un officier alpin au service de la France (1939-1945), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2000.
13. Jean Vallette d’Osia, Quarante-deux ans de vie militaire : 1916-1958, Lyon, Éd. lyonnaises d’art et d’histoire, 1994, p. 92.
14. Alain Le Ray, « Corps alpin 1943-1962 », Cahier des Troupes de montagne, décembre 1999, n° 19.
15. État-major — 3e bureau, Instruction sur la vie en montagne, op. cit.
16. État-major — 3e bureau, Instruction sur la pratique de l’alpinisme et du ski, Berger-Levrault, ministère de la Défense nationale — secrétariat d’État à la guerre, 16 juillet 1952.
17. État-major — 3e bureau, Notice sur le combat de l’infanterie en montagne, ministère de la Défense nationale — secrétariat d’État à la guerre, 10 mai 1951.
18. Mézin, op. cit., p. 29.
19. Michel Thénoz et Pierre Laurens, « Renaissance des troupes de montagne », Cahier des Troupes de montagne, décembre 1999, n° 19.
20. Mézin, op. cit.
21. Jean-René Bachelet, « Des chasseurs alpins aux troupes de montagne », Cahier des Troupes de montagne, décembre 1999, n° 19.
22. Bruno de Franqueville, Les chasseurs alpins du 27e BCA : 1871-2015, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2016.
23. Géraud Burin des Roziers, « Papa part à la guerre », Enquête exclusive, M6, 2008.
24. Marie-Hélène Léon, Les chasseurs alpins : mythe et réalités des troupes de montagne, nouvelle éd., Paris, L’Harmattan, 2022.
25. Pierre Sancier et Jean-Gaël Le Flem, Les opérations en milieu grand froid : quels enjeux pour les armées ?, CDEC — École de Guerre-Terre, 11 juin 2021.
26. EMHM, Tot Dret — 2018-2020 Innovations, décembre 2020, n° 34 [en ligne, consulté le 24 février 2025].












