Livres de la semaine – 8 juillet

8 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Librairie Lello et Irmão à Porto, Portugal (c) Unsplash
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Livres de la semaine – 8 juillet

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Stratégie, découverte de la Chine, guerre économique, peuples de la Baltique. Tour d’horizon des livres de la semaine.

Stratégie

Claude Franc, Pages de stratégie – Chroniques et articles destinés aux candidats à l’Ecole de guerre, Pierre de Taillac, 2022, 24.90€

Claude Franc est colonel, saint-cyrien de la promotion maréchal de Turenne, breveté de la 102e promotion de l’École de guerre, spécialiste des questions tactiques et stratégiques des conflits du XXe siècle. Il rassemble ici les notes rédigées à l’attention des candidats au difficile concours de l’École de guerre afin de leur fournir le bagage culturel et stratégique nécessaire.

En plus d’être destiné aux candidats à l’École de guerre, cet ouvrage est aussi dédié aux lecteurs de la Revue Défense Nationale, du Casoar mais aussi à tous ceux qui se passionnent pour l’histoire militaire et les relations internationales. Divisé en deux chapitres, « Stratégie générale » et « Stratégie opérationnelle », il couvre tout le XXe siècle de façon chronologique, de la Première Guerre mondiale aux guerres de la fin du XXe siècle. Il constitue un excellent rappel de l’histoire militaire, stratégique et tactique de la France.

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La grande stratégie de l’Angleterre

Voici l’or

Arnaud Manas, L’or de la Guerre froide, Le Cerf, 2022, 18€.

Voilà un ouvrage qui fait frissonner : il dévoile avec passion les secrets de la guerre de l’or pendant la Guerre froide. Un épisode totalement oublié lorsqu’on évoque ces années d’affrontement entre le Bloc de l’Est et le Bloc de l’Ouest, pourtant fondamental dans la lutte entre les communistes et l’Occident. Cette lutte entraîne une crise sourde au sein même des Alliés occidentaux : la France s’est opposée silencieusement aux États-Unis et au Royaume-Uni, sous l’égide du général de Gaulle. C’est une crise qui entraîne la défiance de de Gaulle envers le dollar et qui précipite la fin du système de Bretton Woods. Cette page occultée permet d’expliquer l’affirmation de l’indépendance économique de la France pendant les Trente Glorieuses.

L’auteur, Arnaud Manas, docteur en histoire et en économie, utilise des sources inédites et des archives déclassifiées pour apporter une vision totalement renouvelée du rôle de la France dans le cadre de l’affrontement entre les deux blocs. L’or constitue alors un baromètre de la puissance. Il montre les dessous économiques et culturels de l’affaire.

Tout commence le 4 février 1965, lorsque le général de Gaulle critique vertement l’hégémonie du dollar lors d’une conférence de presse, et appelle au retour de l’or comme étalon monétaire international. Une intervention vivement critiquée et moquée par la presse américaine, ce qui témoigne d’une tension interne parmi les Alliés. Depuis le début du système de Bretton Woods, en 1944, l’or est intimement lié au dollar, symbole de la puissance et du capitalisme américains, et constitue un enjeu fondamental de la Guerre froide. Il devient même un enjeu planétaire ; après la déclaration de de Gaulle, « la bataille de l’or » est engagée. Elle ne s’achèvera qu’avec la fin de la convertibilité du dollar en or décrétée unilatéralement par Nixon en 1971.

Arnaud Manas tente de répondre à deux questions : qui a réellement tué Bretton Woods et où est véritablement l’or de Fort Knox ? Il suit une évolution dans l’espace et dans le temps en développant les aspects politiques, économiques et symboliques de l’or.

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Baltique

Suzanne Pourchier-Plasseraud et Yves Plasseraud, Les Germano-Baltes, Armeline, 2022, 14€.

Les auteurs traitent ici un sujet original, souvent délaissé par l’historiographie européenne. Il s’agit des Germano-Baltes, communauté hors d’Allemagne. Suzanne Pourchier-Plasseraud, docteur en histoire, et Yves Plasseraud, président du Groupement pour les droits des minorités, développent ce thème complexe et tentent d’éclairer les spécificités de cette communauté bien particulière, à l’origine de la minorité allemande.

Les Germano-Baltes sont un groupe culturel quasi absent de l’imaginaire européen, affublé de caricatures et de stéréotypes péjoratifs, voire négatifs. Il est considéré comme une « ethnie » allemande, séparée de l’Allemagne pendant près de sept siècles. Il est implanté au nord de la Baltique et devient, par un fort particularisme, une société distincte et originale.

L’histoire en est simple : au XIIIe siècle, les premiers ecclésiastiques et marchands venus d’Allemagne du Nord débarquent dans le golfe de Riga et entament une lente colonisation du territoire. Ainsi, ils donnent naissance à cette société germano-balte. Il n’y eut pas d’élimination des peuples autochtones par les colonisateurs, d’ailleurs très peu nombreux, mais la mise en place d’un groupe dominateur qui inspira les locaux. Il s’ensuivit un mélange de populations. Ce jusqu’au XXe siècle, au moment où les autochtones prennent leur revanche en créant leur propre État-nation. Les anciens maîtres quittent en masse le territoire en 1940, forcés par le régime nazi, d’où un grand vide biographique à cette époque.

Les auteurs de cet ouvrage retracent cette histoire, depuis le Moyen-Âge jusqu’au XXIe siècle. L’enjeu est de faire découvrir ou redécouvrir ce peuple singulier, et de montrer en quoi la domination germanique a laissé de nombreuses traces et des héritages insoupçonnés, tant dans les pierres que dans les mentalités des peuples. Un aperçu bienvenu de la minorité allemande et de son enracinement aux côtés des populations estoniennes, lettonnes, suédoises, russes ou même juives. Cette histoire commune des Baltes et des Allemands est réouverte à la fin du régime soviétique et permet de mieux saisir les sociétés contemporaines.

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Découverte de la Chine

Alain Labat, L’empire, la république et les barbares – L’Occident à l’assaut de la Chine, MA éditions, 2022, 24.90€.

Dès le milieu du XIXe siècle, les pays occidentaux renforcés par les progrès sans conteste de la Révolution industrielle deviennent des puissances économiques et militaires incontestables. Désormais, la Chine n’est plus considérée comme la puissance civilisationnelle par excellence, comme elle l’était au XVIIIe siècle. Elle a perdu de son ampleur et de sa puissance culturelle aux yeux des Européens qui ne sont plus aussi fascinés qu’avant. Pour les Chinois, leur pays est au centre du monde, entouré de peuples barbares qu’il convient d’éduquer et de dominer. Mais il en est de même pour les Occidentaux et leur nation… Par conséquent, le choc est brutal entre les deux parties de la planète toutes deux persuadées d’incarner à elles seules la civilisation.

Alain Labat, professeur agrégé de chinois, opère dans cet ouvrage le récit du « siècle d’humiliation » chinois, soit de 1839 à 1949. Un siècle marqué par l’affrontement entre deux peuples radicalement différents, voire opposés. Il entraîne des violences et des confiscations, mais aussi des partages et des métissages, donnant ainsi lieu à un mélange complexe et hétérogène. Depuis la guerre de l’opium, l’empire du Milieu connaît une succession de défaites militaires. Il se trouve dépassé par les progrès de l’Europe et menacé par de fortes insurrections sur son territoire. Cela a pour effet de remettre en cause son existence et sa place dans le monde. La souveraineté chinoise est remise en question, à tel point que l’empire n’y survit pas. En 1911 lui succède une chaotique république, transformée en champ de bataille entre les nationalistes et les communistes. Le siècle d’or chinois s’achève, jusqu’au réveil actuel.

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