<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Peter Magyar en Pologne et en Autriche pour rétablir les liens et voir plus loin

19 mai 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : HUNGARY, BUDAPEST - APRIL 12, 2026: Peter Magyar, leader of the opposition Tisza party, which won the 2026 Hungarian parliamentary elections, addresses a victory rally. Alexander Ryumin/TASS/Sipa USA/69313491/YD/2604130155

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Peter Magyar en Pologne et en Autriche pour rétablir les liens et voir plus loin

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  • En réservant sa première visite officielle à Varsovie, le Premier ministre hongrois Peter Magyar veut tourner la page Viktor Orban et réchauffer des relations mises à mal par la proximité de son prédécesseur avec Moscou.

  • Magyar propose de fusionner le groupe de Visegrad avec le format d’Austerlitz pour créer un bloc d’Europe centrale pesant davantage au sein de l’Union européenne — notamment sur la distribution des fonds de cohésion.

  • L’étape autrichienne, prévue mercredi, complète un voyage inaugural qui dessine une nouvelle géographie diplomatique pour Budapest : retour vers Bruxelles, rapprochement avec Varsovie, réactivation des liens hérités de l’empire austro-hongrois.

Par Geza Molnar (Budapest) avec Stanislaw Waszak (Varsovie) — AFP

Le Premier ministre hongrois Peter Magyar entame une visite de deux jours en Pologne, avec l’objectif de rétablir des relations mises à mal depuis l’invasion russe de l’Ukraine en raison de la proximité de son prédécesseur avec Moscou. En réservant sa première visite officielle à Varsovie, Magyar veut tourner la page Viktor Orban mais aussi tenter de créer un bloc de pays d’Europe centrale qui compte au sein de l’Union européenne, estiment les analystes.

Alors que la Pologne s’est, ces dernières années, réorientée vers une « coopération nordique et balte », le nouveau chef du gouvernement hongrois espère obtenir qu’elle se tourne à nouveau vers le centre du continent. Au début du mois, il a ainsi proposé de fusionner le groupe de Visegrad — alliance informelle réunissant la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie — avec le format d’Austerlitz, qui comprend la République tchèque, la Slovaquie et l’Autriche. « Je pense que cela sera dans l’intérêt de chaque pays », a-t-il déclaré, tablant sur le fait que cette alliance pourrait peser davantage sur la politique de distribution des fonds de cohésion par l’UE. « Les peuples d’Europe centrale sont plus forts ensemble que séparément », a-t-il encore affirmé la semaine dernière.

Varsovie : une « nouvelle ère » ?

La visite en Pologne de Peter Magyar est présentée comme le possible début d’une « nouvelle ère », le vice-ministre polonais des Affaires étrangères Ignacy Niemczycki disant espérer une coopération plus « loyale ». Magyar, qui sera accompagné de six ministres dont la ministre des Affaires étrangères Anita Orban, doit rencontrer le président Karol Nawrocki et le Premier ministre Donald Tusk.

Il entend s’inspirer de ce dernier pour la manière dont il « a renoué avec l’Union européenne et obtenu le déblocage progressif des fonds européens gelés », estime le politologue Peter Dobrovieszki, de l’Institut MCC. Une délégation de la Commission européenne est attendue à Budapest cette semaine, et Magyar espère conclure un accord avec sa présidente Ursula von der Leyen, à l’occasion d’un déplacement à Bruxelles dans la semaine du 25 mai, pour récupérer les milliards d’euros gelés en raison des atteintes à l’État de droit par le gouvernement Orban.

« Les peuples d’Europe centrale sont plus forts ensemble que séparément. » Peter Magyar, Premier ministre hongrois, mai 2026.

Sur le plan économique, Anna Wisniewski, directrice de la chambre de commerce polono-hongroise, s’attend à ce que « les relations économiques bilatérales se dynamisent », les échanges entre la Hongrie et la Pologne s’élevant actuellement à 15 milliards d’euros. « Je sens que les entreprises comme les particuliers attendaient depuis longtemps ce moment pour coopérer à nouveau », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Lire aussi : Le groupe de Visegrad, une autre Europe

De Cracovie à Gdansk : un voyage symbolique

Avant Varsovie, Peter Magyar prévoit une étape à Cracovie, dans le sud, où il doit rencontrer le nouvel archevêque Grzegorz Rys, puis à Gdansk, dans le nord, pour une visite symbolique à l’ancien président polonais Lech Wałesa, Prix Nobel de la Paix et figure historique de la lutte pour la liberté en Pologne. Le déplacement se fait en partie en train, pour mettre en avant des projets financés par l’UE, dont la ligne à grande vitesse entre Cracovie et Varsovie, et pour souligner l’une de ses priorités : la modernisation du réseau ferroviaire hongrois.

Ce choix du train n’est pas qu’un geste symbolique : il illustre la méthode Magyar, qui entend faire de la coopération régionale concrète — infrastructures, fonds européens, échanges commerciaux — le socle d’un rapprochement dont son prédécesseur avait fait une variable d’ajustement idéologique.

« La Pologne s’est ces dernières années réorientée vers une « coopération nordique et balte ». Le défi de Magyar est d’obtenir qu’elle se tourne à nouveau vers le centre du continent. » Piotr Buras, ECFR.

Lire aussi : Comprendre la Pologne contemporaine

L’étape autrichienne : histoire, économie, migration

Peter Magyar est attendu mercredi en fin de journée en Autriche, deuxième étape de ce premier voyage officiel où il sera notamment question de coopération économique et de politique migratoire. « J’aimerais renforcer les relations entre la Hongrie et l’Autriche pour des raisons historiques mais aussi culturelles et économiques », a-t-il déclaré, faisant allusion à l’histoire étroitement liée des deux pays au sein de l’Empire austro-hongrois et aux rapports économiques forts qu’ils entretiennent aujourd’hui.

L’Autriche est le deuxième investisseur en Hongrie après l’Allemagne, avec plus de 11 milliards d’euros. Ce pays alpin, qui souhaite depuis longtemps approfondir ses relations avec la Hongrie et les autres États de la région, pourrait enfin voir ses ambitions stratégiques s’aligner sur celles de son voisin. La fusion proposée entre Visegrad et le format d’Austerlitz créerait précisément le cadre institutionnel dans lequel Vienne cherche à s’insérer depuis plusieurs années.

Lire aussi : La Mitteleuropa et l’Autriche-Hongrie : précurseurs de l’Union européenne ?

Le pari de l’Europe centrale

Ce voyage inaugural dessine en creux la grande stratégie de Peter Magyar : réintégrer Budapest dans le jeu européen après des années d’isolement orbaniste, reconstruire le groupe de Visegrad fragilisé par les divergences sur l’Ukraine, et proposer à l’Europe centrale un nouveau format de coopération plus large et plus influent. Le tout en récupérant les fonds européens gelés — condition sine qua non d’un redressement économique crédible.

La tâche est considérable. Les cicatrices laissées par les années Orban dans les relations hungaro-polonaises ne s’effaceront pas en deux jours. La Pologne a ses propres ambitions régionales, son propre rapport à Bruxelles et à Washington, et ses propres priorités sécuritaires dictées par la guerre en Ukraine. Mais le signal envoyé par Magyar est clair : la Hongrie veut revenir dans le jeu. L’Europe centrale, elle, doit décider si elle veut jouer avec elle.

« Budapest et Bratislava formaient naguère un tandem face à Varsovie et Prague. Magyar parie que cette fracture peut être surmontée — et que l’Europe centrale parle d’une voix plus forte que ses membres séparément. »

Lire aussi : La Pologne veut jouer sa partition en Europe de l’Est

© AFP pour Conflits

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Revue Conflits avec AFP

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