<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La Russie et les Balkans : du panslavisme à la diplomatie énergétique ?

15 août 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : La ville de Mostar en Bosnie-Herzégovine (c) Pixabay
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La Russie et les Balkans : du panslavisme à la diplomatie énergétique ?

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Les relations de la Russie avec les Balkans datent de la période ottomane. Aujourd’hui, dans un contexte de guerre économique entre la Russie et les « Occidentaux », l’enjeu est avant tout énergétique.

Comme autrefois, la Russie possède une grande proximité avec les peuples des Balkans : la plupart sont slaves et/ou orthodoxes. Ces éléments jouent toujours. Le 28 mai 2016, la visite du Président russe au Mont-Athos en Grèce — haut lieu de l’orthodoxie — témoigne en ce sens. Même si on ne peut parler de diplomatie orthodoxe dans les Balkans, on peut voir que les pays où la Russie investit — ou les pays dans lesquels transitent ses gazoducs — sont majoritairement slaves et orthodoxes : la Macédoine, la Serbie, le Monténégro, la République serbe de Bosnie, mais également la Grèce (non slave).

 

En revanche, le passé communiste est plus ambigu. Dans certains pays comme la Serbie, l’époque de Tito et de la « grande Yougoslavie » peut susciter une certaine nostalgie. Dans d’autres, cette époque s’identifie à celle d’une dictature inefficace et d’une soumission à Moscou.

La Serbie, principal partenaire

C’est en 2008, au moment de la déclaration unilatérale d’indépendance de la province serbe du Kosovo et Métochie, que la Serbie a bénéficié du soutien de la Russie. Cette dernière refuse d’admettre l’indépendance du Kosovo.

Aussi la Serbie n’applique pas les sanctions contre la Russie après la crise ukrainienne. Mieux, depuis 2013, la Russie et la Serbie ont noué un partenariat stratégique incluant une coopération militaire des services de renseignement. La même année, la Serbie a obtenu le statut d’observateur au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OSTC) qui rassemble des pays proches de Moscou en matière de sécurité collective. Par ailleurs, un centre humanitaire russo-serbe a été ouvert dans la ville de Nis au sud du pays.

 

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En octobre 2014, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a été accueilli à Belgrade en recevant tous les honneurs militaires. Il a été décoré du grand ordre de Serbie et déclaré à cette occasion au président serbe Tomislav Nikolic que « la Russie, comme dans le passé, verra dans la Serbie son plus proche allié » (1).

 

La Serbie restera-t-elle le point d’appui russe dans la région ? La volonté actuelle de Belgrade d’entrer dans l’Union européenne amène à poser la question.

 

Serbes de Bosnie, Macédoniens, Monténégrins

La Bosnie-Herzégovine est une fédération, composée de deux États disposant d’une très forte autonomie : la Fédération croato-musulmane et la Republika Srpska, bastion des Serbes de Bosnie. Le président de cette dernière, Milorad Dodik, entretient de bonnes relations avec la Russie. Or la République Serbe de Bosnie peut entraver le fonctionnement de l’État central de Bosnie. Ainsi la Srpska bloque le processus d’adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne (UE).

 

La Macédoine (ex-République yougoslave de Macédoine), pays non-membre de l’Union européenne, n’a pas appliqué les sanctions européennes contre la Russie à l’instar de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine. Le Premier ministre conservateur Nicolas Gruevski est vu comme trop proche de la Russie par l’opposition sociale-démocrate et la minorité albanaise, qui souhaitent le renverser en une réédition des « révolutions de couleur » qui ont déjà réduit l’influence russe dans la région.

Le Monténégro, au contraire, a appliqué les sanctions économiques contre Moscou. Paradoxalement, ce pays est tourné depuis plus d’une décennie vers l’Union européenne et l’OTAN auquel il a adhéré en mai dernier, mais il a accueilli des financements russes importants, notamment à cause de son accès à l’Adriatique. Selon le jeune assistant du maire de la ville de Budva, Lazar Rađenović, la Russie aurait investi plus de 10 milliards de dollars depuis les années 1990 dans ce petit pays, en particulier dans l’immobilier qui s’effondre depuis un an.

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La diplomatie énergétique russe

La Russie perd ainsi une partie de ses positions politiques, mais conserve un rôle énergétique considérable. Ses projets de gazoduc sont actuellement gelés (voir page 66), mais pourraient reprendre si les relations avec la Turquie s’améliorent.

 

Moscou ne se contente pas de faire passer des gazoducs, elle investit directement dans les entreprises énergétiques de la région, notamment en Serbie et Srpska. En Republika Srpska se trouvent les seules raffineries de Bosnie : celles-ci sont possédées par les Russes.

Par ailleurs, la quasi-totalité du secteur énergétique de la Serbie est contrôlée par des entreprises serbes. En 2008, le russe Gazprom Neft acquiert dans des conditions floues la société serbe Naftna Industrija Srbije (NIS) pour un prix cinq fois inférieur à la cotation d’un cabinet de consulting. Ce rachat se déroule quelques semaines seulement après l’indépendance du Kosovo… Le président serbe Tomislav Nikolic a précisé en 2013 que NIS contribue au budget serbe à hauteur de 10 % (2).

Enfin beaucoup de pays de la région dépendent du gaz russe (voir carte).

La carte grecque

Parmi les pays des Balkans membres de l’Union européenne, le point d’entrée de la Russie dans la région peut être la Grèce. Il y a une longue tradition d’amitié entre ces deux États. L’un des premiers partis politiques du pays se nommait le « parti russe », au lendemain de la guerre d’indépendance (1821-1830). Cette relation s’est accélérée depuis l’arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale Syriza. Le parti d’Alexis Tsipras, héritier des communistes grecs très puissants au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est issu de cette tradition pro-russe.

 

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Concernant les sanctions vis-à-vis de la Russie, Alexis Tsipras précise qu’« il faut abandonner le cercle vicieux des sanctions, qui ne contribuent pas à la défense du droit international » (3), même s’il les a appliquées. Sur le dossier ukrainien, le leader de Syriza a précisé qu’il regrettait « que des fascistes et des néo-nazis entrent dans un gouvernement soutenu par l’Union européenne » (4). Mais c’est sur le plan énergétique que la Grèce intéresse surtout la Russie. Turkstream – si le projet reprend – devrait transiter par la Grèce. En attendant, en février dernier un mémorandum a été signé par ces deux pays, concernant le transport de gaz russe dans le Sud-Est européen.

 

De nombreux pays de la région ont rejoint l’Union européenne et/ou l’OTAN ou comptent le faire. Ainsi, la marge de manœuvre de la Russie dans la région s’amoindrit, mais cette dernière compte jouer sur sa diplomatie économique et tirer profit des faiblesses de l’Union européenne.

 

 

  1. lefigaro.fr, Poutine en Serbie « l’allié le plus proche », 16/10/2014 http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/10/16/97001-20141016FILWWW00310-poutine-en-serbie-l-allie-le-plus-proche.php
  2. Entretien Poutine-Nikolic sur la dette serbe pour le gaz, 30 octobre 2013, ITAR-TASS.
  3. Pascal Lima, Grèce-Russie : un rapprochement facilité par des liens historiques et culturels, 09/06/2005, huffingtonpost.fr
  4. Sébastien Seibt, La Grèce, cheval de Troie de la Russie au sein de l’UE ?, 29/01/2015, France24.com

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Alexandre Moustafa

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