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La plupart des pays qui pourraient un jour rejoindre l’Union européenne font l’objet de vives critiques.
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En cause : la manière dont leurs systèmes judiciaires peinent à atteindre les standards attendus, de la Turquie à l’Arménie.
Brexit, « Frexit », offensives de la Russie comme des États-Unis contre l’Europe : attaquée de toutes parts, y compris au sein de ses propres États membres, l’Union européenne (UE) n’en continue pas moins d’exercer un puissant attrait auprès d’un certain nombre de pays voisins. Si le processus d’élargissement de l’UE est presque au point mort, tandis que les opinions publiques européennes ne voient pas nécessairement d’un bon œil l’adhésion de futurs États membres au projet communautaire, plusieurs pays envisagent, à plus ou moins long terme, d’avoir un jour leur rond de serviette à Bruxelles.
Encore faut-il pour cela satisfaire aux exigences de l’UE. Les critères sont de trois ordres : économique, tout d’abord, en mettant en place une économie de marché viable, capable de résister à la concurrence au sein du marché européen ; juridique, en faisant la démonstration de sa capacité à appliquer l’ensemble du droit européen – l’« acquis communautaire » ; politique enfin, en justifiant d’institutions stables qui garantissent la démocratie, l’État de droit, les droits humains et le respect des minorités. C’est ce dernier critère qui, depuis la chute du bloc soviétique, retarde l’adhésion d’un certain nombre de pays d’Europe orientale ou d’Eurasie.
Turquie, Serbie, Moldavie : pays candidats ou moutons noirs ?
À commencer par la Turquie. À l’arrêt depuis 2018, les négociations d’adhésion à l’UE ont débuté en 2005, six ans après la candidature officielle d’Ankara en 1999. Au-delà des blocages politiques internes aux États membres eux-mêmes – on se souvient de la farouche opposition de Nicolas Sarkozy à cette perspective lorsqu’il était président –, le pays de Recep Tayyip Erdogan est pointé du doigt par l’ONG Human Rights Watch pour l’instrumentalisation politique de sa justice : poursuites contre des opposants, avocats et journalistes, détentions jugées arbitraires et non-exécution d’arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), notamment ceux exigeant la libération des opposants Osman Kavala et Selahattin Demirtaş.
Candidate depuis 2012, la Serbie ne fait pas beaucoup mieux. Les inquiétudes portent ici sur l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption : en février 2026, des réformes controversées ont renforcé le pouvoir des présidents de tribunaux, menaçant d’affaiblir l’autonomie des procureurs – et notamment ceux chargés d’instruire les affaires de corruption. En avril 2025 déjà, Bruxelles avait haussé le ton, estimant par la voix de la commissaire Marta Kos que les retards dans les réformes judiciaires, la liberté des médias et le droit électoral compromettaient le processus d’adhésion du pays à l’UE.
Officiellement candidate depuis 2022, la Moldavie a elle aussi un long chemin à parcourir avant d’égaler les standards européens en matière de respect des droits de l’homme. Si elle salue les efforts entrepris par le pays, la Commission européenne a jugé en 2025 que les droits des justiciables moldaves demeurent insuffisamment protégés : détentions provisoires abusives, condamnations peu ou pas motivées et réouverture de décisions définitives à la suite de recours tardifs du parquet. Bruxelles pointe également la lenteur des procédures, la surpopulation carcérale ou le manque de soins médicaux en prison, ainsi que des difficultés à faire respecter les arrêts de la CEDH.
Quand le Premier ministre arménien fait de la justice un instrument de vendetta personnelle
Pas encore officiellement candidate à l’adhésion, l’Arménie a fait savoir qu’elle souhaitait entamer ce long et incertain processus. Le pays « doit (…) déposer une demande officielle d’adhésion à l’UE », a déclaré en août le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, reconnaissant que le processus nécessiterait « un travail considérable ». L’homme fort d’Erevan sait de quoi il parle : en juin dernier, les observateurs du Conseil de l’Europe relevaient que les nombreuses procédures pénales engagées contre des candidats et militants de l’opposition pouvaient avoir dissuadé certains de leurs sympathisants de participer à la vie politique arménienne.
C’est en ces termes que s’est émue, à cette même occasion, Farah Karimi, la cheffe de la mission d’observation électorale de courte durée de l’OSCE dans le pays. Nikol Pashinyan est par ailleurs accusé d’instrumentaliser la justice arménienne à des fins personnelles : après l’arrestation en juin 2025 de l’homme d’affaires Samvel Karapetyan, pour avoir publiquement défendu l’Église apostolique arménienne contre les attaques de Nikol Pashinyan, celui-ci a été poursuivi pour appel à la prise du pouvoir, et le Premier ministre a menacé de nationaliser l’entreprise d’électricité appartenant à Karapetyan.
L’inquiétant virage pro-russe de la Géorgie
Le régime arménien se donnera-t-il seulement la peine de justifier les décisions de sa justice auprès de l’UE ? Erevan pourrait être tentée de se rassurer en regardant encore plus à l’Est, du côté de la Géorgie. Candidat depuis 2023, le pays s’enfonce depuis deux ans dans une spirale pro-russe, avec tout le « folklore » associé, au premier rang duquel l’instrumentalisation de la justice contre les opposants et les manifestants pro-européens. Ce qui a valu à la Géorgie les remontrances d’Amnesty International qui, en janvier 2025, dénonçait la prolongation à huis clos de la détention de Saba Skhvitaridze, un opposant privé d’avocat, soumis à la torture puis condamné à deux ans de prison.








