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Lors du sommet de l’OTAN d’Ankara, les 7 et 8 juillet 2026, la diplomatie est redevenue le prolongement du champ de bataille, entre Trump, Zelensky et Poutine.
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Les Alliés ont approuvé environ 70 milliards d’euros d’aide militaire, mais ces mesures semblent faibles face aux bouleversements de la ligne de front depuis le début de 2026.
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Retour sur les grands mouvements tactiques du conflit : Zaporijjia, rupture Starlink, choc énergétique iranien, guerre du pétrole et percées russes.
Par Léo Marin et Basile Marin
Lors du sommet de l’OTAN d’Ankara, les 7 et 8 juillet 2026, la diplomatie est redevenue le prolongement du champ de bataille. Donald Trump y a rencontré Volodymyr Zelensky avant d’échanger avec Vladimir Poutine, chacun cherchant à négocier avec les cartes les plus fortes. Les Alliés ont réaffirmé leur engagement envers l’Ukraine en approuvant environ 70 milliards d’euros d’aide militaire et en autorisant de nouveaux programmes de coproduction d’armements, notamment dans le domaine des systèmes Patriot. Ils ont également renouvelé leur engagement envers la défense collective de l’Alliance et accéléré les efforts de réarmement européen.
Cependant, ces mesures semblent bien faibles face aux bouleversements qui ont agité la ligne de front depuis le début de l’année 2026. Dans cet article, nous revenons sur les grands mouvements tactiques qui ont marqué le conflit ces derniers mois : pression russe en janvier autour de Zaporijjia ; rupture Starlink en février, qui gèle le front ; choc énergétique après les frappes américaines contre l’Iran, qui refinance l’armée russe ; montée en puissance des attaques ukrainiennes contre le secteur pétrolier russe, qui annihilent ces gains ; réponse russe contre les infrastructures de carburant et de logistique ukrainiennes, et percées à Lyman, Kupiansk et Kostiantynivka ; enfin, le sommet de l’OTAN, dont les acteurs ont été plus préoccupés par l’évitement de « clashs » médiatiques que par la prise de mesures pour changer la situation au sol.
Janvier-février 2026 — Zaporijjia, le risque d’étranglement
En janvier, les forces russes avancent vers Zaporijjia. La chute de Huliaïpole et de la ligne de défense de la Haïtchour fait craindre une accélération de l’offensive : les Russes ne sont plus qu’à trente kilomètres de la ville.
Grand centre industriel et logistique d’environ 700 000 habitants, la ville est située à l’est du fleuve Dnipro. Elle dépend donc de ses ponts pour son ravitaillement. Si les Russes s’approchent suffisamment des périphéries, ils pourraient imposer un contrôle par drones sur ces axes et couper la logistique ukrainienne. La logique rappelle Kherson : les Ukrainiens avaient reconquis la ville sans combat frontal, en la rendant impossible à tenir. La perte de Zaporijjia serait une catastrophe pour les Ukrainiens, et la plus grande victoire russe depuis la prise de Marioupol en 2022.
Mais début février, un événement change le rythme du front : la coupure ou le filtrage des terminaux Starlink utilisés par les forces russes. Le 5 février, des sources russes signalent une panne importante de Starlink le long de la ligne de contact.
L’effet est immédiat. La Russie perd sa capacité de coordination. Or, la guerre moderne dépend de ces liaisons.
Les drones ont rendu les assauts groupés et les blindés beaucoup plus vulnérables ; les offensives russes reposent donc davantage sur de petites unités dispersées, capables d’infiltrer les arrières, de saboter les positions, de repousser les opérateurs de drones ukrainiens et d’ouvrir la voie à l’infanterie. Sans communications fiables, ces infiltrations perdent en efficacité.
L’offensive russe ne s’arrête pas totalement, mais son rythme ralentit nettement. En février, les gains russes tombent à environ 123-126 km², contre 245 km² en janvier, soit le plus faible rythme d’avancée depuis plusieurs mois. Les Ukrainiens contre-attaquent sur cette partie du front, tandis que les Russes cherchent à développer leurs propres moyens de télécommunication. Ce temps mort ouvre la possibilité à l’armée ukrainienne de tenir Zaporijjia, au moins jusqu’à l’hiver suivant.
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Février-juin 2026 — Le choc iranien et la guerre du pétrole
Un nouveau basculement intervient le 28 février, lorsque les États-Unis et Israël frappent l’Iran. La crise touche immédiatement les marchés énergétiques : le détroit d’Ormuz concentre environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de GNL, et la perte d’offre atteint jusqu’à 14 millions de barils par jour. En avril, le Brent monte autour de 126 dollars le baril.
Pour la Russie, exportatrice massive d’hydrocarbures, ce choc devient une opportunité. Même sous sanctions, la hausse des prix améliore ses recettes et soutient l’effort de guerre. Le prix fiscal de l’Urals passe de 44,59 dollars en février à 77 dollars en mars ; la principale taxe pétrolière russe double ensuite, de 327 à 700 milliards de roubles, soit environ 9 milliards de dollars.
La dynamique se voit aussi dans les exportations. En mars, les revenus russes issus des énergies fossiles augmentent de 52 % en un mois, à 713 millions d’euros par jour, tandis que les volumes progressent de 16 %. L’Urals, auparavant décoté, se vend même avec une prime en Inde. Les sanctions occidentales ne suffisent donc plus à contenir l’effet budgétaire des exportations russes.
L’Occident change alors de stratégie : plutôt que de sanctionner les acheteurs de pétrole russe, il laisse l’Ukraine frapper directement les infrastructures pétrolières. À partir du printemps, les attaques ukrainiennes montent en puissance, d’abord par drones en Crimée, à Belgorod et dans les régions frontalières, puis plus profondément dans le territoire russe, et même avec l’emploi de missiles. Les cibles sont les raffineries, les dépôts, les ports, les sites militaires et les infrastructures liées au carburant. L’objectif est clair : transformer l’avantage naturel russe, l’abondance énergétique, en vulnérabilité.
En juin, l’effet devient visible. Des pénuries de carburant apparaissent dans plusieurs régions russes, avec files d’attente, rationnements et forte hausse des prix. Fait inhabituel pour un grand exportateur d’hydrocarbures, la Russie doit organiser des importations maritimes d’essence depuis l’Inde : au moins 60 000 tonnes sont mentionnées, avec des plans pouvant aller jusqu’à 400 000 tonnes par mois depuis plusieurs fournisseurs. Vladimir Poutine reconnaît lui-même que les frappes ukrainiennes contre les raffineries ont contribué aux pénuries.
La séquence de Saint-Pétersbourg ajoute une dimension politique. Pendant le Forum économique international, des drones ukrainiens frappent des sites énergétiques et militaires autour de la ville. La guerre atteint désormais les vitrines économiques et symboliques du pouvoir russe.
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Début juillet 2026 — La réponse russe : carburant, parkings et logistique ukrainienne
La réponse russe intervient fin juin. Après les frappes ukrainiennes contre le pétrole russe, Moscou vise l’un des points faibles de Kiev : la logistique terrestre. Le 25 juin, des attaques touchent trois locomotives, deux stations-service, puis, à Zaporijjia, une station-essence, des locomotives d’Ukrzaliznytsia et un parking rempli de camions. Le 1er juillet, cinq stations-service sont frappées dans la région de Dnipropetrovsk ; d’autres attaques suivent à Soumy, Tchernihiv, Kharkiv et Zaporijjia. Reuters décrit alors des frappes quotidiennes contre les stations des régions proches du front.
La logique est directe : casser la mobilité ukrainienne. Les stations-service, parkings et voies ferrées sont les nœuds qui permettent de déplacer les équipes de lancement, les drones, les pièces, les générateurs et le carburant. À l’inverse de la Russie, dont la profondeur de tir repose sur des missiles lancés depuis avions, les frappes ukrainiennes en profondeur dépendent largement d’une logistique dispersée au sol.
En une semaine, Moscou frappe donc la chaîne qui permet à Kiev de transformer ses drones en pression stratégique. Cette pression rend aussi la défense antiaérienne russe plus efficace : si les drones ukrainiens doivent être lancés depuis le centre du territoire ukrainien, leurs trajectoires deviennent plus longues, plus prévisibles et plus faciles à intercepter.
La stratégie russe semble produire un effet partiel : les frappes ukrainiennes atteignent moins souvent Moscou et les grandes villes du nord, ce qui conduit Kiev à concentrer davantage ses attaques sur la Crimée et la mer d’Azov. Dans cette zone plus accessible, les frappes répétées contre les navires et les infrastructures logistiques russes perturbent les liaisons vers la Crimée et créent une forme de blocus de fait.
D’autre part, la Russie corrige en parallèle ses propres faiblesses. Après les problèmes de communication liés à Starlink en février, Moscou développe d’autres relais. Les stations de transmission installées côté biélorusse, notamment dans les régions de Gomel et Brest, renforcent le signal des drones russes et permettent de modifier certaines trajectoires en vol. Selon RFE/RL, ces relais peuvent assurer une communication fiable jusqu’à 150 kilomètres.
Sur le front, cette séquence coïncide avec une reprise de l’initiative russe. Moscou annonce la chute de Kostiantynivka et publie des vidéos sur toute l’étendue de la ville, malgré des poches de résistance ukrainienne et les dénégations de l’armée ukrainienne. Guerassimov affirme aussi que les forces russes progressent vers Lyman. Autour de Kupiansk, la pression revient sur l’Oskil, tandis que Moscou cherche à élargir ses zones de sécurité dans les régions de Kharkiv et de Soumy.
Cette dynamique se lit aussi dans les évacuations. Le 3 juillet, les autorités de Kharkiv élargissent la zone d’évacuation à 60 localités des districts de Kupiansk, Bohodoukhiv et Kharkiv, soit près de 12 000 personnes concernées.
Ankara 2026 — Le grand pas sur place
Le sommet de l’OTAN à Ankara apparaissait comme un tournant potentiel de la guerre : les Alliés allaient-ils décider un soutien inédit pour l’Ukraine ? Allaient-ils au contraire se fracturer sur la question même du soutien à Kiev et de la répartition des dépenses de défense entre les pays de l’OTAN ?
Finalement, les fins politiques du sommet ont préféré mettre la poussière sous le tapis : pas de soutien accru à l’Ukraine, mais pas non plus de fracture visible au sein de l’alliance. Les mesures annoncées relèvent plus de la continuation du statu quo : le plan de soutien de 70 milliards d’euros par l’Union européenne permettra de stabiliser le niveau d’aides militaires européennes autour de ceux de 2023 et de 2024. La licence américaine accordée à l’Ukraine pour la production d’intercepteurs PAC-3, des armes défensives, relève plus d’une stratégie de maintien de la défense antiaérienne ukrainienne (en forte difficulté depuis le 2 juillet dernier) que d’une mesure visant à changer l’équilibre des forces.
Alors que le front devient de plus en plus volatile, la diplomatie, elle, s’enlise. C’est tout l’opposé de 2025, quand le front s’était stabilisé et la diplomatie devenait imprévisible.
En 2026, les Ukrainiens devront éviter un effondrement de leur front d’abord par leurs propres moyens.
Léo Marin est directeur des investissements et cofondateur d’Expansion Partners, un fonds spécialisé dans les énergies renouvelables. Il dirige également Biomass Centrale, une entreprise d’IA spécialisée dans les processus industriels de l’énergie. En 2022, il a publié L’Enfant du volcan aux éditions Albin Michel, une fiction consacrée à l’arrivée en métropole des enfants réunionnais déracinés, dits de la Creuse, dont sa mère fait partie. Il écrit également sur l’économie et la géopolitique pour L’Agefi et Conflits.
Basile Marin est PDG et cofondateur d’Expansion Partners. Depuis 2021, il contribue régulièrement à Forbes France, à la Revue politique et parlementaire, à L’Agefi et à Conflits.










