<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Une unité d’élite : le 1er RPIMa

23 avril 2022

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Photo : c : Fantassin 72
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Une unité d’élite : le 1er RPIMa

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Camouflés, silencieux, déterminés : ils s’avancent dans la pénombre. Un seul objectif, une unique obsession : réussir la mission. Les SAS du French Squadron sont aujourd’hui les Forces spéciales du 1er RPIMa. Bref coup de projecteur sur des hommes de l’ombre.

Entre l’océan Atlantique, les montagnes des Pyrénées et les forêts landaises, se trouve le Pays basque. Outre ses particularités architecturales, culinaires ou linguistiques, il abrite, depuis plus d’un demi-siècle, l’un des plus prestigieux régiments de l’armée française. Sur les hauteurs de Bayonne, la citadelle Georges Bergé se dresse fièrement vers le ciel. Entre ses murs, les soldats du 1er RPIMa.

Un passé glorieux pour des hommes d’exception

Au sein du commandement des forces spéciales terre, le 1er RPIMa fait aujourd’hui figure d’unité spécialisée dans l’action aéroterrestre. Une compétence qu’elle entretient, perfectionne et chérit depuis près de 80 ans.

Héritier des SAS de la France Libre ayant combattu aux côtés des Britanniques, le 1er RPIMa est la seule unité française affiliée à l’appellation SAS ainsi qu’à sa devise : « Qui ose gagne » de l’anglais « Who dares wins ».

L’esprit du régiment puise en effet ses racines dans les commandos du Special Air Service de la Seconde Guerre mondiale.

Après la défaite cinglante de juin 1940, le capitaine Georges Bergé obtient de pouvoir créer la 1re compagnie d’infanterie de l’air au sein des Forces françaises libres à Ringway en Angleterre.

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Dans l’espoir de participer à la future libération de la France, les premiers volontaires affluent vers l’Angleterre. Le stage d’intégration est aussi rude que rigoureux. Audace, détermination et endurance permettent seules de le surmonter.

La première opération a lieu le 15 mars 1941 (opération Savanah) en Bretagne : parachutage en zone ennemie et exfiltration en sous-marin. Puis vient, quelques semaines après, la mission Joséphine B qui vise la destruction de la centrale électrique de Pessac.

En mai 1941, la compagnie compte près de 100 parachutistes.

Elle s’installe, en janvier 1942, à Kabret en Égypte. Elle est intégrée à la SAS Brigade britannique du major David Sterling.

Les 14 et 15 juin 1942, Bergé et les commandos français interviennent en Crète pour sauver Malte de l’invasion allemande. Suivront des opérations en Lybie contre des aérodromes, convois et dépôts allemands. La tactique est simple autant qu’elle se veut efficace : harceler l’ennemi, le pousser dans ses retranchements, le couper de ses points d’approvisionnement, le frapper où l’on ne l’attend pas.

De nombreux renforts arrivent pour constituer une deuxième compagnie SAS et pour relever la 1re compagnie qui rentre en Angleterre.

En 1943, la SAS Brigade compte désormais quatre compagnies toutes orientées vers le seul objectif commun : la libération de la France. L’entrainement se poursuit en Écosse : sabotage, parachutisme, guérilla, tir, marche, bivouacs …

Début juin 1944, la 4e compagnie du commandant Bourgoin est parachutée en Bretagne, suivie de la 3e compagnie du commandant Château-Jobert, pour empêcher la jonction des troupes allemandes de Bretagne et de Normandie et pour épauler l’avancée des soldats alliés sur la Loire. Lors d’un combat à Plumelec, dans la nuit du 5 au 6 juin, le caporal Émile Bouétard est tué. C’est sans doute le 1er mort du Débarquement.

La 4e compagnie, devenue 2e Régiment de Chasseurs parachutistes, défile sur les Champs-Élysées le 11 novembre 1944 en arborant, pour la première fois, le béret amarante. Il participera ensuite aux combats lors de l’offensive des Ardennes.

Le 1er août 1945, les SAS français passent sous le contrôle de l’Armée de Terre.

En 1946, la nouvelle 1re demi-brigade de parachutistes SAS est dépêchée en Indochine. Ces commandos seront les derniers renforts envoyés à Diên Biên Phu avant la fin de la résistance du camp le 7 mai 1954. Est ensuite créée à Vannes la 1re demi-brigade coloniale de commandos parachutistes du colonel Massu. Elle s’installe à Bayonne et Mont-de-Marsan en 1953.

Le 1er novembre 1960, enfin, est créé le 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine à Bayonne. La citadelle dessinée par Vauban cinq siècles plus tôt redevient ainsi un point névralgique des unités d’élite de l’armée française.

Une dague pointée vers le sol : la foudre qui vient du ciel

Fiers de leur passé, les hommes du « 1er » arborent des insignes chargés d’histoire.  En 1981, le régiment reçoit son drapeau, héritier de celui des SAS de la France libre et de la 1re demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. Y figurent les noms des campagnes passées du régiment.

Autre souvenir de leurs prestigieux anciens, et ce depuis avril 2017, le 1er RPIMa a retrouvé le béret amarante accordé « à titre de récompense et par faveur exceptionnelle du Roi d’Angleterre » avec l’insigne orné de deux flammes armées d’un poignard dont la devise est « Who dares wins ».

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Ils portent également le brevet SAS qui s’inspire de l’insigne adopté en 1941 en Égypte par David Stirling : les ailes égyptiennes, les lettres SAS, le poignard, la chimère et la flèche : un ensemble qui rappelle le passé glorieux du régiment. Détail qui a son importance : le poignard est dirigé vers le sol comme pour rappeler que les parachutistes du 1er RPIMa apportent, du ciel, la foudre sur la terre. Sur l’épaule gauche, la Chimère, en souvenir du dragon indochinois et des campagnes en ces contrées lointaines.

Ultime signe de l’illustre épopée dont ils sont descendants, et couronnement d’une histoire aux accents mythiques, les commandos portent 4 fourragères aux couleurs de la Légion d’honneur, de la croix de guerre Théâtre des Opérations extérieures, de la valeur militaire (dû à son engagement au Sahel et en Afghanistan) et de l’ordre de la libération.

 

Professionnels de l’action aéroterrestre

Depuis 1992, date à laquelle le régiment fait son entrée dans le Commandement des Opérations spéciales, les soldats de Bayonne participent aux opérations les plus délicates, les plus dangereuses, les plus audacieuses. En 1997, il quittera la 11e division parachutiste pour intégrer le Groupement spécial autonome, qui est devenu le commandement des forces spéciales terre (COM FST). Depuis ces dates, le 1er RPIMa a pu intervenir principalement durant la guerre du Golfe en 1991, dans les Balkans en 1995 et 1999 pour capturer des criminels de guerre, en Afghanistan, au Sahel ou en Irak-Syrie.

La difficulté de ces opérations leur donne un caractère spécial et discret. Seul un entrainement intensif, qui suit une sélection sans pitié, peut permettre à ces hommes de devenir des professionnels, des combattants, des guerriers.

Libération d’otages, extraction de ressortissants, capture ou neutralisation de cibles privilégiées, formation d’armées étrangères, destruction d’objectifs stratégiques, renseignement : les commandos du 1er RPIMa sont spécialisés dans la guerre non conventionnelle. Habitués à travailler en totale autonomie, les groupes d’assaut se forment sans relâche pour conserver leur notoriété et améliorer leur savoir-faire.

Dans les pas des SAS de la France libre, ils entretiennent jalousement cette envie de se porter volontaire pour les missions à haut risque. D’où ce besoin constant de se moderniser pour s’adapter à la réalité de la guerre contemporaine. Fort de sa capacité à se renouveler rapidement et avant-gardiste en matière logistique et technique, le régiment se positionne ainsi naturellement au cœur des combats modernes.

Finalement, et comme les SAS le disent eux-mêmes, « pour comprendre la guerre, il faut la faire ». On ne pourra donc jamais assez expliquer le 1er RPIMa. Discrets, car habitués au silence, les hommes de Bayonne préférèrent l’action à la parole. Ils recherchent l’aventure humaine la plus forte qui soit : combattre ensemble pour servir, parfois jusqu’au sacrifice ultime. On n’entre pas à la citadelle pour briller ou faire parler. On y entre pour perpétuer une histoire, celle des SAS.

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À propos de l’auteur
Etienne de Floirac

Etienne de Floirac

Étienne de Floirac est grand reporter.
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