Chemins de France. Le vignoble de Gaillac

25 avril 2021

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Pigeonnier dans le vignoble (c) JBN
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Chemins de France. Le vignoble de Gaillac

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Le vignoble de Gaillac a beau être l’un des plus anciens de France, il a très longtemps vécu dans l’ombre des grands vignobles du sud. Produisant des vins modestes jusque dans les années 1990, il connait un renouveau depuis lors et un véritable essor. C’est aujourd’hui un vignoble de qualité, capable de produire des vins variés et multiples.

Le site archéologique de Montans a révélé la présence de nombreuses amphores d’époque romaine. Dès les débuts de l’Empire et l’installation des Romains dans la région, la vigne est importée pour être plantée et cultivée. La rivière Tarn offre une voie de communication commode pour transporter les fûts et les coteaux festonnés permettent d’orienter la vigne vers le soleil levant, la protégeant davantage des gelées printanières. Le site géographique et géologique de la vallée du Tarn autorise donc la culture de la vigne.

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C’est à l’époque médiévale que le vignoble connait un premier essor, grâce à l’évêque d’Albi. En 920, les chanoines de la cathédrale d’Albi reçoivent une donation de vignes situées sur l’actuelle commune de Gaillac. Puis en 972, l’évêque d’Albi Frotaire 1er confie un domaine aux bénédictins pour y fonder une abbaye. Ces terres sont situées sur l’actuel site de Gaillac, sur les bords du Tarn. L’abbaye Saint-Michel est fondée et développe dès son origine la culture de la vigne. Le vignoble de Gaillac est un cas typique de vignoble dû aux moines et aux évêques, comme Roger Dion les a analysés dans son Histoire du vin et de la vigne. Outre les évêques d’Albi, les comtes de Toulouse se fournissent en vin de Gaillac, ainsi que les Anglais à l’époque où ils occupaient la Guyenne. Le rayonnement du vignoble est grand, avant que Bordeaux ne prenne le dessus. Le vin est alors destiné à une consommation locale, paysanne puis ouvrière (verrerie de Carmaux et d’Albi, mines de charbon de Carmaux). Le gaillac devient alors un vin de table, rustique, dru, peu qualitatif. Bien qu’il obtienne une AOC en 1938, son renouveau devait passer par une amélioration de la qualité, ce qui fut fait à partir des années 1990.

Le vignoble de Gaillac (c) Cyril5555 — Travail personnel Wikipédia

Des cépages locaux

Gaillac a la particularité d’avoir une véritable histoire locale. Les formes de bouteille, bien que réinventées et réintroduites à partir des années 2000, sont typiques de la région : plus charnues, plus lourdes et trapues que la bordelaise. Le vignoble dispose également de cépages qui lui sont propres : mauzac, l’en-de-l’el (loin de l’œil), fer servandou, mais aussi syrah, duras et sauvignon. Les cépages autochtones, retravaillés et améliorés grâce à la recherche agronomique, sont aujourd’hui qualitatifs. Ils permettent de fournir des vins au goût typique qui ainsi se démarquent des autres vins du sud-ouest.

Vignes de Gaillac (c) JBN

Gaillac a aussi pour lui la beauté et la diversité de ses paysages. Coteaux mamelonnés des bords du Tarn, influences italiennes et toscanes, les évêques d’Albi du XVIe siècle ayant été très marqués par la renaissance italienne, produits locaux de qualité, notamment la charcuterie et la volaille, beauté des constructions. Le Tarn est l’ancien pays de cocagne, le lieu où était cultivé le pastel, cette fleur jaune qui donne la couleur bleu très en vogue jusqu’au XVIe siècle, avant d’être détrônée par l’indigo. Nombreux sont les villages à avoir tiré profit de cette richesse, tels Labastide-de-Lévis, Cordes-sur-Ciel, Castelnau-de-Montmiral. Des villages fortifiés, situés en haut de butte défensive, dont la vue touristique est aujourd’hui très appréciée.

Les paysages du Tarn sont aussi marqués par la présence de nombreux pigeonniers, de styles variés. Outre l’élevage des palombes pour leur consommation, les pigeonniers servent à recueillir la colombine, fiente de pigeon utilisée dans la fumure des champs de pastel. Ce sont aujourd’hui de charmants bâtiments qui se détachent de la campagne tarnaise, contribuant à donner de l’éclat à cette région, reflétant la lumière éparse du soleil sur leurs pierres blanches ou leurs briques rouges.

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L’Albigeois est l’une des hautes régions gastronomiques françaises. Canards, cassoulet, foie gras, cochonnailles des campagnes, jambon des monts de Lacaune, boulangerie et pâtisserie de l’Aveyron, notamment fouaces et brioches, poissons de rivière, gibiers, etc. la région offre en plus les vins qui permettent d’accompagner l’ensemble des plats.

Des vins multiples

Les blancs sont les vins qui distinguent le mieux le Gaillac. Le blanc perlé, finement pétillant, avec ses petites bulles délicates qui se détachent le long de la paroi est un cran en dessous d’un frizzante en termes de pétillement, mais pas complètement tranquille. Le perlé est l’un des premiers vins avec lesquels Gaillac s’est fait connaitre du public amateur, vin qui lui a permis de sortir de la médiocrité de ses vins de table.

La cave de Labastide-de-Lévis présente des perlés intéressants

Le vignoble dispose aussi de crémants très qualitatifs, réalisés selon la méthode traditionnelle (méthode champenoise). La plupart des régions viticoles font désormais des crémants, qui deviennent de bonnes alternatives aux champagnes, chers et parfois décevants. Les caves Alain Gayrel proposent un crémant brut de mauzac vieilli 36 mois en bouteille sur lies. À ne pas réserver qu’à l’apéritif et au dessert, ce type de vin peut être consommé tout au long d’un repas.

Les rouges de Gaillac sont aujourd’hui en pleine progression et les gammes offrent autant des vins jeunes que des vins de garde. Grâce aux cépages locaux, boire ces vins permet de s’immerger dans un terroir propre. On y trouve essentiellement des cépages du sud : syrah, duras, braucol et parfois cabernet sauvignon. Des vins d’apéritifs, de randonnées et de repas de dimanche, selon les bouteilles et selon les occasions.

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Non loin de Puycelsi, le château de Terride propose un vin très particulier nommé « festin des anges ». Réalisé selon la même méthode que les vins jaunes du Jura, élevé 7 ans en barrique sans ouillage, le volume diminue de près de 30%, favorisant l’oxydation du vin, néanmoins protégé par un voile de levures qui contribue à lui donner des arômes très particuliers. Mais alors que le vin jaune jurassien développe des arômes de noix et de fruits anciens, ce vin là, du fait de l’usage du cépage mauzac, tire davantage vers le fruit, la pomme et les confitures. Un blanc sec, légèrement salé, qui convient très bien à l’accompagnement des jambons et des charcuteries. Avec ce type de vin, qui fera peut-être d’autres émules ailleurs dans le vignoble, Gaillac élargit et étoffe sa gamme.

Le vin ouillé du château de Terride (c) JBN

Entre ses paysages, ses terroirs et son histoire, Gaillac a désormais tous les atouts en main pour devenir un vignoble enfin et justement réputé.

Pigeonnier sur la route du pastel (c) JBN

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et à l'Institut Albert le Grand (Lyon). Rédacteur en chef de Conflits.
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