-
Cinq points de passage concentrent l’essentiel du commerce maritime mondial : Ormuz, Bab el-Mandeb, Suez, Malacca et le Cap. Le conflit iranien en menace simultanément trois.
-
La fermeture d’Ormuz bloquerait 20% du pétrole mondial ; celle de Bab el-Mandeb couperait la route Asie-Europe la plus rapide, allongeant les trajets de plusieurs semaines.
-
L’Iran, mis en lumière sur la carte, contrôle ou peut perturber plusieurs de ces goulets d’étranglement, lui conférant une arme économique redoutable contre l’Occident.
Une carte, publiée par l’AFP à partir des données Natural Earth, suffit à mesurer l’enjeu stratégique du conflit en cours. En mettant en regard la position de l’Iran et les cinq grands points de passage du commerce maritime mondial, elle dit ce que les communiqués militaires taisent : derrière la guerre se joue le contrôle des artères économiques de la planète.
Ormuz : le verrou énergétique de la planète
Situé à la sortie du Golfe persique, entre les côtes iraniennes et le sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz est sans doute le point de passage le plus stratégique de la planète. Long d’environ 50 kilomètres et large de 33 kilomètres dans sa partie navigable, il concentre un flux énergétique sans équivalent : près de 20% du pétrole mondial transporté par voie maritime y transite chaque jour, soit entre 15 et 17 millions de barils.
Sa fermeture — menacée par les Gardiens de la Révolution depuis le début du conflit — provoquerait une hausse immédiate et brutale des prix du pétrole, affectant l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales.
20% du pétrole mondial, 33% du gaz naturel liquéfié : fermer le détroit d’Ormuz, c’est couper l’oxygène énergétique de la planète entière.
Lire aussi : Détroit d’Ormuz : une zone de passage essentielle
Bab el-Mandeb : la porte de la mer Rouge déjà sous pression
Plus à l’ouest, le détroit de Bab el-Mandeb est le seul passage entre l’océan Indien et la mer Rouge, et donc entre l’Asie et l’Europe via le canal de Suez. Quelque 25 000 navires l’empruntent chaque année. Si ce verrou venait à se fermer, un porte-conteneurs reliant Singapour à la Slovénie, qui met ordinairement douze jours via Suez, devrait contourner l’Afrique — soit un mois de navigation supplémentaire. Pour Tokyo-Rotterdam, c’est 6 100 kilomètres de plus et deux à trois semaines de délai.
Ce détroit est déjà sous pression depuis les attaques des Houthis yéménites, soutenus par Téhéran, qui ont considérablement perturbé le trafic en mer Rouge depuis fin 2023. Le transport maritime de conteneurs par cette voie a chuté de 30% sur un an selon le FMI, et les primes d’assurance ont été multipliées par cinq à dix.
Lire aussi : Le commerce maritime mondial entravé par les guerres
Bab el-Mandeb est déjà sous les feux des Houthis depuis 2023 : le conflit iranien aggrave une perturbation qui coûte déjà des milliards à l’économie mondiale.
Suez et Malacca : deux piliers de la mondialisation
Le canal de Suez, inauguré en 1869 et agrandi en 2015, est l’épine dorsale de la route Europe-Asie. Sa position en fait un point de vulnérabilité extrême : en 2021, le blocage de l’Ever Given pendant six jours avait suffi à paralyser une part significative du commerce mondial et à faire flamber les prix des matières premières.
À l’autre extrémité de la carte, le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l’Indonésie, est le passage obligé entre l’océan Indien et le Pacifique. C’est par là que transite l’essentiel des approvisionnements énergétiques de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud. Sa fermeture serait un cataclysme économique pour l’ensemble de l’Asie orientale.
Lire aussi : 2001-2021 : quel bilan pour le transport maritime ?
Le Cap de Bonne-Espérance : la route de secours devenue indispensable
La carte signale enfin le cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud de l’Afrique. Longtemps relégué au rang de route secondaire depuis l’ouverture du canal de Suez, il est redevenu un axe majeur depuis les perturbations en mer Rouge. De nombreux armateurs ont déjà redirigé leurs navires vers cette route plus longue mais plus sûre — au prix d’une forte hausse des coûts de transport.
Cette carte nous rappelle une vérité géopolitique fondamentale : 90% du commerce mondial voyage par mer. Cinq points de passage suffisent à en contrôler l’essentiel. Et l’Iran se trouve au cœur de trois d’entre eux — Ormuz directement, Bab el-Mandeb via les Houthis, Suez indirectement par la déstabilisation de la région. La guerre au Moyen-Orient n’est pas seulement un conflit militaire : c’est une bataille pour le contrôle des veines du monde.
Cinq détroits, 90% du commerce mondial : l’Iran tient entre ses mains une arme économique potentiellement aussi dévastatrice que ses missiles.











