<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> À Hébron, la gestion du Caveau des Patriarches attise les tensions

2 juillet 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : Israeli settlers walk through the Old City of Hebron in the occupied West Bank under the protection of the Israeli army on June 27, 2026. Wazwaz//APAIMAGES_28061496/Credit:Mamoun Wazwaz/SIPA/2606281048

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À Hébron, la gestion du Caveau des Patriarches attise les tensions

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  • À Hébron, plus grande ville de Cisjordanie occupée, le Caveau des Patriarches — la mosquée d’Ibrahim pour les musulmans —, vénéré comme le tombeau d’Abraham par les juifs, les chrétiens et les musulmans, cristallise depuis des décennies les tensions.

  • Mi-juin, le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a annoncé vouloir transférer à Israël l’administration du sanctuaire ; côté palestinien, on redoute une « judaïsation » du lieu et une mainmise accrue.

  • Dans la zone H2, où quelque 200 familles de colons vivent parmi environ 40 000 Palestiniens sous deux régimes distincts, colons et habitants livrent à l’AFP deux récits inconciliables de la ville.

Yaelle Ifrah et Louis-Baudouin Laarman, à Hébron

Pour l’Israélien Nitzan, habitant d’une colonie voisine, le Caveau des Patriarches à Hébron est un passage obligé pour toute l’humanité, mais pour le Palestinien Issa Amro, il est devenu le symbole de la mainmise grandissante d’Israël sur la ville, la plus grande de Cisjordanie occupée.

Vénéré comme lieu de sépulture d’Abraham et d’autres figures bibliques à la fois par les juifs, les musulmans et les chrétiens, le sanctuaire, dans la vieille ville, est depuis longtemps au centre des tensions à Hébron.

À lire aussi : La vieille ville de Jérusalem : un carrefour d’histoire et de spiritualité

Connu des musulmans sous le nom de mosquée d’Ibrahim (Abraham en arabe, NDLR), il est situé dans une zone fortement contrôlée par Israël, où quelque 200 familles de colons israéliens vivent aux côtés d’environ 40 000 Palestiniens, deux communautés régies par des règles différentes en matière de sécurité et de circulation.

Invoquant la nécessité d’assurer la sécurité des colons, les autorités israéliennes y ont installé des barrières et des barrages, et des forces y patrouillent dans les rues, où les Palestiniens non résidents ne peuvent pas circuler librement.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a franchi un nouveau pas en annonçant mi-juin vouloir retirer l’administration du sanctuaire, y compris en matière de construction, aux Palestiniens et la transférer à Israël.

« C’est un peu comme rendre visite à nos parents ici », déclare à l’AFP Nitzan, un employé de 36 ans des parcs nationaux israéliens, qui refuse de donner son nom complet, habitant de la colonie voisine de Kiryat Arba.

C’est un lieu que toute l’humanité devrait visiter pour dire merci à Dieu.

Le militant palestinien de défense des droits humains Issa Amro, riverain des quartiers des colons, décrit une tout autre réalité.

Nous avons l’impression de vivre dans une prison géante : les checkpoints restreignent les déplacements, personne de l’extérieur ne peut venir chez nous.

Au fil des années, de nombreux commerces palestiniens ont fermé. Les ruelles de la vieille ville, jadis animées, sont désormais quasi désertes.

M. Amro montre à l’AFP une vidéo d’hommes jetant des pierres sur ses fenêtres, des Israéliens souhaitant le chasser de chez lui, dit-il. Il raconte être souvent harcelé tant par des colons que par des soldats israéliens.

Voisins « difficiles »

Mentionnée dès les années 1990 dans les accords d’Oslo signés entre Israël et l’Autorité palestinienne, Hébron est devenue en 1997 la seule ville de Cisjordanie incluant une zone sous contrôle militaire israélien, dite H2, celle du Caveau des Patriarches.

Le site, l’un des plus révérés du judaïsme, est également divisé en deux parties, avec des entrées séparées.

« Avant, le moindre petit chantier ici nécessitait l’approbation du Premier ministre, mais petit à petit, la procédure est devenue plus simple », se réjouit auprès de l’AFP Aaron Maruani.

Cet adjoint au maire de la colonie de Kiryat Arba, âgé de 35 ans, se rend au Caveau depuis son enfance pour prier chaque samedi.

Nitzan ne croit pas, pour sa part, à une coexistence possible avec les Palestiniens. « Il est difficile de vivre avec ces voisins. Les Palestiniens ne veulent pas de nous ici », déclare-t-il.

Comme nombre d’Israéliens, il invoque les profondes racines historiques de la présence juive à Hébron. La communauté juive séculaire en a été évacuée par les autorités coloniales britanniques après les violences antijuives de 1929, au cours desquelles des Arabes ont tué près de 70 juifs.

Quelques familles revenues ont à nouveau été expulsées lors du soulèvement palestinien de 1936, et empêchées de revenir. Avant une nouvelle effusion de sang en 1994, quand le colon israélo-américain Baruch Goldstein a tué 29 musulmans palestiniens en prière sur le site du sanctuaire.

« Chinatown en Israël »

Sans compter Jérusalem-Est, annexée par Israël, plus de 500 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, qu’Israël occupe depuis 1967, parmi quelque trois millions de Palestiniens. Ces colonies sont illégales au regard du droit international.

À Hébron, certains représentants des colons disent vouloir que la ville soit placée sous contrôle israélien total.

Pour l’un d’entre eux, Yishai Fleischer, un des porte-parole de la communauté juive de la ville, cela ne signifierait pas que les Palestiniens « ne pourraient pas avoir leur propre maire arabe et leur propre culture arabe ».

« Mais ce serait comme un Chinatown au sein d’Israël dans son ensemble », ajoute-t-il.

Les Palestiniens interrogés par l’AFP redoutent, eux, une expulsion pure et simple.

Directeur de la mosquée d’Ibrahim, Moatz Abou Snena estime que la décision du ministre Smotrich s’inscrit dans une tendance plus large, celle d’une « prise de contrôle progressive de la mosquée, d’une judaïsation accrue du lieu et de l’effacement de son caractère islamique et religieux ».

Pour Issa Amro, la question dépasse celle du sanctuaire : « Nous vivons dans notre propre ville sous la loi militaire, tandis que les Israéliens vivent sous la loi civile », affirme-t-il, dénonçant un « apartheid ».

© Agence France-Presse

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