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La principale menace pour l’Occident n’est pas la Russie, mais la Chine : telle est la thèse frontale de ce livre bref et documenté. Excédent commercial de 1 000 milliards de dollars, 5,8 milliards de colis, 700 millions de caméras : Pierre-Antoine Donnet oppose les faits bruts aux euphémismes de salon.
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Un signal d’alarme salutaire sur la désindustrialisation européenne, que sa tonalité militante et son procès permanent de Trump invitent toutefois à nuancer.
Ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse, fin connaisseur du monde chinois qu’il observe depuis un demi-siècle et auteur d’une abondante série d’essais sur l’Asie (de Chine, le grand prédateur à Taïwan, survivre libres), Pierre-Antoine Donnet signe un livre bref et frontal, dont le titre claque comme un avertissement. Sa thèse tient en une inversion : la principale menace pour l’Occident n’est pas la Russie, mais la Chine. Moscou n’en serait que le « vassal », et la guerre d’Ukraine un conflit par procuration qui permet à Pékin de poursuivre, « à bas bruit », une ascension que rien ne paraît devoir arrêter. Pendant ce temps, une Amérique trumpienne, décrite comme suicidaire, offrirait à Xi Jinping le scénario dont il n’osait rêver.
Les faits contre les euphémismes
La méthode revendiquée est simple : « Les faits avant l’analyse. » Et les faits, ici, s’accumulent avec une efficacité redoutable. Premier excédent commercial de l’histoire supérieur à 1 000 milliards de dollars en 2025 ; 5,8 milliards de petits colis déversés sur le marché européen la même année — près de 16 millions par jour —, dont 90 % venus de Chine et 90 % jugés non conformes ; quasi-monopole sur les terres rares, le photovoltaïque (80 % de la production mondiale), les principes actifs de nos médicaments ; domination acquise dans les véhicules électriques et les batteries ; investissements massifs dans l’IA, le spatial, le quantique et la fusion nucléaire. Le tableau est celui d’une « machine de guerre économique » subventionnée par l’État, adossée à une main-d’œuvre sous-payée et à une monnaie sous-évaluée, qui livre à l’industrie européenne une concurrence que l’auteur juge mortelle.
L’ouvrage ne se limite pourtant pas à l’économie. En sept chapitres nerveux, Donnet retrace le désir de revanche né des humiliations du XIXe siècle, dénonce les naïvetés et complicités occidentales — de la fable de l’« émergence pacifique » au pillage technologique, jusqu’à l’affaire du musée Guimet —, puis décrit le tournant autoritaire de 2012, quand Xi, tirant les leçons de la chute du mur de Berlin, érige un État de surveillance où « Big Brother est partout » (700 millions de caméras, soit une pour deux Chinois). Viennent enfin les ambitions planétaires : nouvelles routes de la soie, réarmement inédit, et l’obsession de Taïwan, dont l’auteur pense la conquête désormais possible par blocus plutôt que par guerre ouverte.
« La stratégie de l’anaconda face à celle du dindon » : la patience calculée de Pékin opposée à l’impulsivité occidentale.
Une alarme à nuancer
Le talent de vulgarisateur fait mouche. Deux images structurent le propos : la Chine en Léviathan des temps modernes, et « la stratégie de l’anaconda face à celle du dindon » — patience calculée de Pékin contre impulsivité occidentale. La conclusion, placée sous l’égide de La Boétie et de la servitude volontaire, pointe notre faiblesse la plus grave : une connaissance asymétrique. Ils nous étudient ; nous ignorons presque tout d’eux. L’auteur donne un visage à ce déséquilibre — Wang Huning, l’éminence grise de trois dirigeants successifs, qui signait fin 2025 un texte de trois cents pages sur le « suicide programmé » de l’Amérique.
On pourra objecter que l’alarme force parfois le trait. Le procès de Trump, omniprésent, risque de dater le livre et d’en rétrécir la portée ; surtout, à marteler une ascension « que rien ne peut arrêter », l’ouvrage minore les fragilités chinoises — démographie, dette, immobilier, chômage des jeunes, exercice solitaire et paranoïaque du pouvoir — que l’auteur reconnaît pourtant, mais renvoie à un horizon lointain. Le titre lui-même est une provocation assumée, non un pronostic.
Reste l’essentiel : sur le front industriel et technologique, le diagnostic est difficile à récuser, et le paradoxe qu’il dénonce, cruel — le consommateur européen qui s’inquiète de la désindustrialisation puis commande sur Shein et Temu. À ce titre, ce cri d’alarme mérite d’être lu, et surtout entendu.









