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Le 30 septembre 2026 devait consacrer le retour de la souveraineté irakienne, avec le départ de la coalition et le désarmement du Hachd al-Chaabi.
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Mais la réalité rattrape Bagdad : ce n’est qu’une étape de négociation, où l’État traite en belligérant ceux qu’il entend soumettre.
Une date conçue comme un syllogisme
Le 29 juin, le gouvernement d’Ali al-Zaidi, installé en mai avec l’aval de Washington, fixait l’échéance au jour de la fin de mission de la coalition contre Daech. Le raisonnement tenait du syllogisme : les milices justifient leurs armes par la présence américaine, les Américains partent, les armes n’ont plus de raison d’être. Le 21 septembre, à New York, al-Zaidi a pourtant repoussé l’objectif au 30 juin 2027, précédé d’une trêve de quatre-vingt-dix jours : les factions cesseraient leurs attaques, les forces américaines s’abstiendraient de les frapper. En août, la coalition gouvernementale promettait encore la loi antiterroriste à toute activité armée hors de l’État après l’échéance. Or un État ne conclut pas de cessez-le-feu avec une question d’ordre public : il le fait avec un belligérant.
Le Hachd, une institution d’État qui n’obéit pas à l’État
Né de la fatwa de l’ayatollah Sistani contre Daech en 2014 et intégré à l’appareil de sécurité par la loi de 2016, le Hachd al-Chaabi fédère des factions dont les plus anciennes, nées en Iran ou dans la résistance à l’occupation américaine, n’ont jamais renoncé à leur autonomie. Il compte 238 000 hommes inscrits au budget 2023 et son enveloppe a dépassé 3,4 milliards de dollars en 2024. Ces soldes proviennent de la rente pétrolière logée à la Réserve fédérale de New York : des dollars sous contrôle américain rémunèrent des combattants qui visent des Américains. Le Hachd est ainsi double : une administration salariée, présidée par Faleh al-Fayyadh, et une constellation de chaînes de commandement parallèles, dont Kataeb Hezbollah et Harakat al-Nujaba sont les plus irréductibles. Que des responsables irakiens aient accusé al-Fayyadh d’avoir su à l’avance les frappes de juillet sans prévenir les factions visées dit assez la fracture entre l’institution et ses composantes. Financer sur des fonds tenus par un tiers une force que d’autres commandent, c’est la condition même de l’État otage.

Des engagements sans lendemain
La parole des factions pèse peu. En effet, en juillet, plus de trente drones partis d’Irak visaient Riyad et les installations pétrolières saoudiennes, provoquant, le 28 juillet, des frappes américano-saoudiennes contre le Hachd dans sept provinces : au moins vingt combattants tués, dont cinq Iraniens. À la mi-septembre, à deux semaines de l’échéance et malgré les engagements répétés de Bagdad, des drones lancés de la province de Maysan frappaient l’oléoduc Est-Ouest, artère qui permet au royaume de contourner Ormuz. Le 17 août, Abbas al-Yaqoubi, chef de la reconnaissance de Nujaba arrêté par le contre-terrorisme, était blanchi deux jours plus tard et accueilli en héros ; Kataeb Hezbollah promettait « œil pour œil ». Les vidéos du contre-terrorisme proclamant « Nous sommes prêts » et la rediffusion par les médias d’État des appels de Sistani à réserver les armes à l’État n’y changent rien. La trêve de quatre-vingt-dix jours repose sur la bonne foi d’acteurs qui n’en ont jamais fait preuve…
L’étau des puissances et le verrou kurde
Le 21 septembre, Marco Rubio et al-Zaidi ont convenu, selon le département d’État, de démanteler les « milices terroristes » et d’empêcher toute attaque depuis le sol irakien. L’envoyé spécial Tom Barrack résume : fin juin 2027, seul l’État détiendra la force. Il va plus loin. Invoquant le précédent syrien, où les Forces démocratiques syriennes ont été fondues dans l’armée, il juge qu’intégrer les peshmergas à l’armée irakienne, à droits et avantages égaux, serait « une très bonne chose » : un pays indépendant ne connaît qu’une structure militaire. Ironie cruelle, c’est précisément ce qu’exigent Kataeb Hezbollah et Nujaba, qui ont durci leurs conditions après la visite à Bagdad, en août, du chef de la force al-Qods, Esmaïl Qaani. La gageure est entière. Erbil vient d’unifier ses forces sous son propre ministère, avec l’appui du Pentagone, et refuse tout lien entre son statut constitutionnel et le sort du Hachd. Tant que des milices chiites agiront en quasi-autonomie, aucun dirigeant kurde n’acceptera d’abandonner la seule garantie qui le protège d’un État incapable de se faire obéir.
De son côté, Paris n’est pas spectateur de la situation. Après la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué par un drone près d’Erbil le 12 mars, la France vient de convenir avec al-Zaidi de prolonger sa coopération militaire après la coalition ; du point de vue économique, TotalEnergies revendique 12 milliards de dollars d’investissements dans le pays. La situation géopolitique en Irak a un lien direct avec celle de nos soldats et de nos intérêts.
Trois scénarios
Le premier, le plus probable, est une hezbollahisation négociée : la coexistence durable d’un État légal et d’une force armée détentrice d’un veto, sur le modèle libanais. Les factions parlementaires, Asaïb Ahl al-Haq en tête, livrent des armes légères et des dépôts symboliques, le Hachd absorbe les unités dociles dans sa structure salariée, les irréductibles gèlent leurs opérations sans dissoudre leurs chaînes de commandement ni livrer drones et missiles. Bagdad proclame la victoire, Washington obtient une accalmie sur ses emprises et Téhéran conserve l’essentiel : un levier armé au cœur de l’État irakien, activable à volonté. Mais le potentiel balistique reste intact, la trêve devient un état permanent de dissuasion mutuelle, et le Kurdistan, constatant l’inachèvement, conserve ses peshmergas hors de toute tutelle fédérale. Le problème est gelé, et avec lui une partie de la souveraineté irakienne.
Le deuxième, plausible, est l’affrontement intérieur. Une frappe de trop contre le Golfe, ou la reprise de la guerre irano-américaine laissant des factions orphelines et radicalisées, pousseraient Bagdad à appliquer la loi antiterroriste. Le Service de contre-terrorisme, force d’élite formée par les Américains et fidèle au Premier ministre, épaulé par l’armée régulière, mènerait alors une campagne de décapitation : arrestations simultanées des commandants, saisie des arsenaux, bouclage des quartiers généraux. Ce serait la nuit des longs couteaux de l’Irak post-2003, avec un risque majeur : une guerre intra-chiite, des unités du Hachd basculant contre l’État ou une intervention iranienne indirecte.
Le troisième, le moins probable à court terme, est le désarmement par épuisement. Un compromis irano-américain conduirait Téhéran, cherchant un répit économique, à ordonner lui-même la démobilisation de ses relais irakiens, comme il sut, par le passé, suspendre leurs attaques lorsque ses intérêts l’exigeaient. Privées de profondeur stratégique, de conseillers de la force al-Qods et de revenus parallèles tirés des points de passage frontaliers, les factions négocieraient leur reconversion politique et l’intégration individuelle de leurs combattants. L’Irak recouvrerait le monopole de la violence légitime sans combat, mais par la grâce d’une décision étrangère. Les armes lourdes seraient restituées sous supervision internationale, les brigades dissoutes ou versées dans l’armée. C’est l’hypothèse la plus favorable à la souveraineté irakienne, et la moins entre les mains de Bagdad.
Quatre signaux départageront ces trajectoires ; ils seront à suivre dans les prochains mois : le respect de la trêve d’ici fin décembre, la ligne du Hachd dans le budget 2027, la régularité des livraisons de dollars et l’attitude d’Erbil. Le 30 septembre ne sera pas le jour où l’État a repris ses armes, mais celui où il a reconnu devoir encore les négocier.
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