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Du 26 au 29 octobre, à un an du XXIe Congrès, le Comité central du Parti communiste chinois a tenu son cinquième plénum.
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Consacré à la discipline du Parti, il a confirmé l’exclusion de trente-trois hauts responsables, et a fait entrer au Bureau politique le général Zhang Shengmin.
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Pour Alex Payette, président du Groupe Cercius et spécialiste des élites chinoises, le plénum referme les dossiers des purges, mais tout reste à reconstruire, à commencer par l’armée.
Entretien avec Alex Payette, propos recueillis par Guy-Alexandre Le Roux
Qu’est-ce que le Congrès du Parti, et qu’est-ce qu’un plénum ?
Le Congrès, c’est la grand-messe qui revient tous les cinq ans où plus de deux mille délégués confirment la relève de la garde et élisent le Comité central. Entre deux Congrès, ce Comité central, qui comptait en 2022 205 titulaires et 171 suppléants, se réunit en plénums consacrés chacun, en principe, à un thème précis. Le premier installe l’équipe dirigeante, le deuxième remanie l’appareil d’État avant la session parlementaire de mars et le troisième fixe les réformes du mandat. Le quatrième touche d’ordinaire à la gouvernance et à l’idéologie, le cinquième à l’économie, et les deux derniers préparent le Congrès suivant.
Cette année, pourtant, l’ordre s’est inversé, puisque le quatrième plénum a préparé l’an dernier le XVe plan quinquennal et que le cinquième s’est concentré sur la gouvernance du Parti, renvoyant l’économie à la conférence économique de décembre.
Qu’a décidé ce cinquième plénum ?
Côté hommes, un militaire, Zhang Shengmin, entre au Bureau politique, dix suppléants deviennent membres titulaires du Comité central et une vague d’exclusions est entérinée, sans compter le jeu de chaises musicales que trahissent les absences.
Quant à la décision publiée le 1er novembre dans un texte très long, elle martèle le concept de « construction du Parti ». Si un amendement constitutionnel intervient avant ou pendant le prochain Congrès, ce qui est très probable, il en fera le grand canon et parachèvera la « pensée de Xi Jinping ». Celui-ci veut inaugurer une « nouvelle ère » en refondant les cadres dans leur mission d’avant-garde révolutionnaire. Certains s’emballent déjà pour un retour à la collégialité, parce que le texte associe « décision collective » et « responsabilité individuelle ». Lisez-le bien, et vous verrez qu’on discute autant que nécessaire, puis qu’on ferme le débat une fois la décision prise. Et les passages sur le verrouillage des institutions sont bien plus problématiques.
La presse y a vu une démonstration de force de Xi Jinping au travers des purges. Est-ce fantasmé ?
Les purges avaient commencé bien avant, et le plénum vient surtout refermer les dossiers pour de bon. Pour exclure Zhang Youxia et Liu Zhenli du Comité central, il y a forcément eu un marché, ou au moins un semblant d’accord, et Xi Jinping a dû garantir quelque chose en échange.
C’est l’Armée populaire de libération (APL) qui saigne le plus, puisque sur les quarante-quatre militaires titulaires du Comité central en 2022, dix sont tombés entre 2023 et 2025 et quinze cette fois-ci. Des dix-neuf qui restent, cinq à sept seulement apparaissent encore en poste, et une douzaine d’autres devraient donc suivre. Leurs fauteuils ne restent pas vides pour autant, et depuis l’hiver dernier, on voit aux réunions des généraux deux étoiles assis à la place des trois étoiles, le plus haut grade, dont ils assurent l’intérim.
Pourquoi faire entrer Zhang Shengmin au Bureau politique ?
Est-ce une mesure d’apaisement envers l’APL, dont les relations avec le Parti se sont encore tendues depuis la chute de Zhang Youxia et de Liu Zhenli ? Probablement, et c’est sans doute aussi une récompense pour Zhang Shengmin, qui a longtemps dirigé la discipline militaire et traité les cas problématiques comme on le lui demandait. Mais il a fait beaucoup de dégâts, et la chaîne de commandement n’aime pas la filière disciplinaire, si bien qu’au mieux, il calmera le jeu entre les forces montantes en distribuant des postes. Quand on a frappé tête baissée, on devient otage du pouvoir, parce que partir, c’est s’exposer.
Regardez surtout comment il a été promu, seul, sans que ses associés montent au Comité central, d’où ils auraient pu viser la Commission militaire centrale après 2027. Xi Jinping lui fait confiance, mais pas trop, parce qu’il n’a aucune envie de remplacer le clan du Fujian de Miao Hua et de He Weidong, qui s’était taillé ses propres réseaux, par un autre groupe dont il redeviendrait l’otage.
Ces tensions sont-elles idéologiques, organisationnelles ou de pouvoir ?
Les trois à la fois, et tout part de la restructuration de 2016. En ramenant tout sous la Commission militaire centrale, la réforme visait à recentraliser et à défaire les réseaux régionaux consolidés sous Jiang Zemin, dont vient Zhang Youxia. Elle a fait monter des hommes nouveaux, au grand dam de ceux qu’elle délogeait.
L’idéologie s’en est mêlée, parce que Xi Jinping a jugé que la professionnalisation engagée depuis Jiang Zemin avait éloigné l’armée du Parti. Il a installé des organes du Parti partout et fait avaler à tous l’éducation à sa pensée, jusqu’à sommer les hauts gradés, à Yan’an en juin 2024, d’exposer eux-mêmes leurs fautes. Les officiers, fatigués de ces campagnes de rectification, n’ont qu’une envie, qu’on les laisse tranquilles.
Reste la lutte de pouvoir au sein de l’APL, où Xi Jinping, en éliminant les hommes du Fujian qui lui garantissaient une position stable, s’est privé de beaucoup de ses soutiens. Dire que le Parti contrôle l’armée est d’ailleurs un peu n’importe quoi, puisque depuis Deng Xiaoping, les dirigeants n’y ont que la place qu’elle veut bien leur laisser. Ils n’ont rien de Mao ou de Deng, qui connaissaient les généraux du terrain, et Xi Jinping n’a connu l’armée que par son versant politique, celui des commissaires, que les commandants respectent peu.
« Purger, c’est une chose, reconstruire en est une autre, et tout le problème est là. »
— Alex Payette
Un Xi Jinping qui purge à sa guise est-il pour autant tout-puissant ?
Purger, c’est une chose, reconstruire en est une autre, et tout le problème est là. Faire tomber quelqu’un reste assez simple, puisque personne ne peut montrer patte blanche (qui n’a jamais accepté un pot-de-vin à ce niveau ?), mais faire valider un remplaçant suppose une négociation. Voilà pourquoi tant de postes n’ont pas été pourvus officiellement, les forces montantes se disputant la place. Des réseaux d’avant 2016 reprennent de l’élan, surtout dans l’Armée de l’air, tandis que l’Armée de terre et quelques départements poussent en contrepoids.
À un an du Congrès, une promotion au Comité central vaut plus ou moins selon la personne. Sur les dix suppléants promus, deux seulement en tireront un vrai bénéfice, Lu Dongliang et Liu Jie, gouverneurs du Shanxi et du Zhejiang nés dans les années 1970. Si les sièges militaires restent vacants, c’est que des généraux promus aujourd’hui ne tiendraient peut-être pas jusqu’au XXIe Congrès. Mieux vaut garder ces cartes en poche, car il faudra bien lâcher quelque chose, pour se maintenir ou pour imposer une équipe de transition.
Que se prépare-t-il pour le XXIe Congrès, et Xi Jinping restera-t-il ?
Méfiez-vous d’abord de ceux qui crient aux règles violées, parce qu’ils raisonnent à partir de l’après-1989. Dans l’histoire du Parti, rester est bien plus la norme que partir. Avec une autorité forte et une situation stable, il resterait, entouré même de proches ayant dépassé la limite d’âge, mais j’y crois moins, sa position de force restant mitigée. Plus faible, il devrait céder un ou deux de ses trois titres pour n’en garder qu’un, peut-être celui de l’armée, symboliquement le plus précieux. Il s’en remettrait alors au Premier ministre Li Qiang, assez indépendant pour lui tenir tête, ou au vice-Premier ministre Ding Xuexiang, qui s’écraserait devant lui. En revanche, je ne vois aucun scénario dans lequel il quitterait tout.
« Tant que les groupes se tapent dessus au lieu de taper sur lui, il garde le beau rôle de l’arbitre. »
— Alex Payette
Tant que les groupes se tapent dessus au lieu de taper sur lui, il garde le beau rôle de l’arbitre. Sur les seize postes provinciaux remaniés cet automne, son camp termine même à plus un, malgré tout ce qu’on fait pour le torpiller. Il est prêt à aller au bout de la lutte quand les autres ont peur, et ses adversaires, anti-Xi sans être anti-Parti, se gardent bien de porter le dernier coup.
Sa vraie faiblesse est ailleurs, puisqu’il n’a presque plus d’alliés qu’il ait connus et que ceux qui montent lui sont étrangers. Il n’a jamais su décentraliser, alors que le génie de Jiang Zemin avait été de laisser ses lieutenants bâtir des réseaux qui l’ont soutenu des années durant. Xi Jinping a recentralisé, puis il s’est méfié, et son pouvoir ressemble aujourd’hui à une assiette de soupe, avec beaucoup de monde au départ, mais pas très profonde.










