Chen Zhichao : un modèle singulier de mécénat chinois

25 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : (c) Chen Zhichao

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Chen Zhichao : un modèle singulier de mécénat chinois

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  • À partir des années 2000, les musées en Chine se multiplient. Ils sont publics, mais aussi créés par les nouveaux entrepreneurs, particulièrement promoteurs dans l’immobilier. Ces mécènes obtiennent l’autorisation de créer des musées ainsi qu’une aide financière pour de tels projets urbains.

  • En 2023, la Chine compte 6 833 musées, la plus grande part créés après 1980 et surtout après l’an 2000. Une dynamique inédite dans le paysage culturel chinois contemporain.

  • Chen Zhichao incarne ce mécénat d’un genre nouveau : entrepreneur immobilier de Chengdu, calligraphe et peintre formé dès l’enfance, il a créé en 1999 un jardin-écrin pour la peinture, la poésie et l’amitié, puis un musée et une galerie qui dialoguent avec la ville effervescente qui les borde.

Après la Révolution culturelle, la Chine a connu une grande ferveur à l’égard des arts. L’État contribue à la création d’infrastructures inexistantes. Il crée des musées, organise et légifère afin de permettre à un marché de l’art d’exister : foires et premières salles de ventes voient le jour. Très vite, les nouvelles fortunes prennent le relais et deviennent mécènes. À partir des années 2000, les musées en Chine se multiplient. Ils sont publics, mais aussi créés par les nouveaux entrepreneurs, particulièrement promoteurs dans l’immobilier. Ces mécènes obtiennent l’autorisation de créer des musées ainsi qu’une aide financière pour de tels projets urbains. En 2023, la Chine compte 6 833 musées, la plus grande part créés après 1980 et surtout après l’an 2000.

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Chen Zhichao, mécène chinois et fondateur de musée

Chen Zhichao est né en 1966, l’année qui débute la sanglante Révolution culturelle qui dure dix ans. Il appartient à une famille d’horticulteurs de la province du Sichuan au sud-ouest de la Chine. Son grand-père, très présent tout au long de son enfance, lui apprend la calligraphie dès l’âge de cinq ans. Jamais il n’en abandonnera la pratique. Plus tard au collège, il poursuit sa formation calligraphique, toujours enseignée comme de grande utilité pour la propagande. Sa virtuosité est reconnue par des prix qui lui sont attribués.

(c) Chen Zhichao

Dès la fin des années 1970, l’État chinois libéralise l’économie tout en la gardant encadrée. Très rapidement s’installe une prospérité dont bénéficie la famille de Chen Zhichao. C’est aussi un moment d’ouverture des frontières : les Chinois sont impatients de se confronter à la diversité planétaire. Une plus grande liberté s’installe aussi dans le domaine des arts plastiques. Les écoles d’art abandonnent l’enseignement exclusif du « Réalisme socialiste » ; la peinture à l’encre, qui ne fut pas enseignée pendant la Révolution, retrouve sa place dans les académies. Elle est essentielle en Chine, car profondément liée à sa civilisation et à sa vie spirituelle.

C’est dans ce climat que Chen Zhichao, à dix-huit ans, accède à la peinture à l’encre grâce à la transmission personnelle d’un maître ; car il poursuit par ailleurs des études économiques. À l’âge de travailler, il devient fonctionnaire municipal et s’occupera des taxes. Fonction qu’il quittera pour commencer une vie d’entrepreneur immobilier.

Portrait d’un entrepreneur-artiste-collectionneur

La prospérité de son entreprise lui permet en 1999 de réaliser son rêve le plus urgent : un projet personnel, familial, artistique, qui allie tout ce qui lui paraît essentiel pour l’honneur et le bonheur d’exister : un jardin et ses pavillons. Là, il donnera forme à tout ce que lui a transmis sa famille, dont ce métier de pépiniériste qui ne consiste pas seulement à faire pousser des arbres mais à leur donner forme afin d’habiter les jardins, leur donner un sens.

« Dans un jardin chinois, chaque arbre, chaque pierre, chaque pièce d’eau est un symbole, une image de l’âme. »

Son désir est d’en faire un écrin pour la peinture, la poésie, un lieu de rencontre pour ses amis poètes, peintres et musiciens de Chengdu. Dans ce jardin s’épanouira au cours des décennies suivantes une vie artistique intense et amicale, refuge d’une société des poètes. À partir de 2017, Chen Zhichao aura aussi le désir d’accueillir pour des expositions des peintres d’au-delà des frontières, permettant ainsi de renouer les liens anciens, noués au XVIIe siècle entre la province du Sichuan et l’autre extrémité de l’Eurasie.

Ce jardin fondateur fut créé en huit mois. Il sied au milieu d’immeubles et d’avenues à l’activité et à la circulation intenses. C’est un espace que l’on ne peut deviner en marchant dans la rue. Soudain, voici l’adresse : l’hôte franchit un porche, pousse une lourde porte de bois, sort du tumulte, pénètre dans une petite cour bordée d’un passage couvert, comme celui d’un cloître. Un premier hall l’accueille, les fenêtres laissent passer la douce lumière du jardin, puis il est entraîné vers un nouveau passage, franchit un nouveau portique qui le conduit dans un grand espace obscur habité de reflets et de lueurs.

Le visiteur semble marcher sur un miroir noir étincelant de points d’or, parsemé de pierres mystérieuses. En levant les yeux, il voit soudain, suspendues au-dessus de lui, les ramures d’un arbre enraciné au sommet d’une voûte dont il ne perçoit pas les hauteurs mystérieuses. Au fond de la pièce, une fenêtre ronde laisse passer une lumière blanche qui resplendit comme un astre. Il entend des eaux souterraines murmurer sous ses pas, aperçoit dans la pénombre, sous les dalles, couler un ruisseau qui court au jardin. Dès lors, le temps s’arrête, ses yeux s’ouvrent ; portiques, passages, porches l’entraînent vers l’ailleurs : au seuil du jardin.

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Le promoteur artiste et l’architecte inspiré : une amitié créatrice

Ce lieu d’âme une fois créé, il fallut l’entourer d’un manteau protecteur. Chen Zhichao fit appel à l’architecte Qi Xin. Avec lui, il partage l’idée qu’un ensemble de bâtiments modernes aux multiples avancées techniques et fonctions utiles puisse relier à la fois son jardin d’âme et la ville effervescente qui le borde. Il fallait tout à la fois construire un hôtel raffiné servant de lieu d’accueil aux professeurs de passage enseignant à l’Université voisine, une clinique de médecine chinoise, divers commerces et restaurants contribuant à la vie du quartier.

« Harmoniser modernité et civilisation, vie intime et vie urbaine est désiré, recherché, aujourd’hui en Chine. L’architecture est essentielle pour sortir d’une société de masse vivant dans un conflit perpétuel, et entrer dans un monde réconcilié avec sa civilisation. »

C’est ce qui inspire l’œuvre de l’architecte Qi Xin, ami de Chen Zhichao. L’aventure créatrice de ces deux amis alliera le geste du bâtisseur et celui du jardinier et poète. L’un harmonise les pierres chaotiques (yang) et les eaux paisibles et nourricières (yin). L’autre fait de même avec matériaux et espaces. Ainsi, ils réconcilient la cité avec le Tao et Confucius.

L’accord final : musée et galerie en harmonie

Chen Zhichao a accompli grâce à Qi Xin un autre rêve : celui de créer dans cet ensemble architectural un musée, doublé d’une galerie. Deux espaces.

L’un est ombreux et abrite le musée de sa collection de peintures chinoises, sauvées de la grande destruction de la Révolution culturelle, ou acquises après à l’étranger puis, enfin en Chine, grâce à l’avènement des salles de ventes.

L’autre espace est lumineux, aux volumes peu communs. Un escalier structure ce lieu. Il lie le haut, où sied le musée dans la pénombre, et le bas, séjour lumineux consacré à la galerie. L’œil ne s’ennuie pas et explore avec plaisir cet écrin aux volumes variés, sobres et sans froideur. Murs et cimaises ont une qualité rare : chaque tableau est différemment orienté, exposé à l’œil, car les parois changent de direction, surprennent, captivent l’attention.

Ce nouveau lieu est dédié à la peinture et accueille les œuvres des amis peintres de Chen Zhichao, qu’ils soient de Chengdu, comme Li Jinyuan, également connu et apprécié en France, ou des antipodes, comme Laurence de Marliave, peintre française, ardente voyageuse à travers la Chine.

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Ce lieu inspiré, voulu, accompli par Chen Zhichao est fondé sur le désir de ne pas séparer amitié, peinture, musique, jardin et poésie. Il est doublé d’une exigence essentielle d’authenticité de l’art et de son partage. C’est dans ce lieu, où tant d’artistes sont accueillis, exposés, partagés, que Chen Zhichao poursuit quotidiennement, silencieusement, sa peinture au long cours, profondément inspirée.

« En ce lieu, elle n’est pas un produit financier mais un miroir tendu où l’âme peut être aperçue. Ceci est un modèle singulier de mécénat parmi bien d’autres. Il est heureux d’en connaître l’existence avérée ainsi que son caractère universel et pérenne. »

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À propos de l’auteur
Aude de Kerros

Aude de Kerros

Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également critique d'art et étudie l'évolution de l'art contemporain.