<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Chine : inquiétude sur la politique de Joe Biden

6 octobre 2021

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Photo : Chine : inquiétude sur la politique de Joe Biden. Crédit : domaine public
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Chine : inquiétude sur la politique de Joe Biden

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La révision par le Président des États-Unis de la politique à l’égard de la Chine manque de clarté, semant la confusion et l’incertitude parmi les milieux d’affaires, les analystes et les entrepreneurs militaires. Jusqu’ici, on peine à distinguer la moindre différence majeure avec la position de l’administration Trump.

Mark Magnier, South China Morning Post. Traduction Alban Wilfert pour Conflits.

 

Alors que l’administration Biden franchit le seuil des huit mois en fonction, les cercles de réflexion sur la Chine s’interrogent sur l’opportunité d’une révision de la politique américaine à l’égard de la Chine et, le cas échéant, sur la manière de procéder.

La nomination du diplomate chevronné Kurt Campbell au poste nouvellement créé de coordinateur pour l’Indo-Pacifique au sein du Conseil de sécurité nationale (CNS) a été perçue comme une étape vers la révision de la politique de l’administration précédente, celle de Donald Trump, et l’évaluation de ce qui a fonctionné et doit être poursuivi de celle-ci. Il s’agit de parvenir à une approche plus organisée et nuancée des relations avec Pékin.

Le peu de clarté qui entoure ce processus de révision n’a eu de cesse de semer la confusion parmi les milieux d’affaires, les analystes et les entrepreneurs militaires. Un analyste bien informé a affirmé que l’exercice ne consistait en rien de plus que des analyses plus ciblées autour du commerce, de la technologie et la révision, aujourd’hui achevée, de la politique de défense. « On m’a dit que la question de la Chine ne faisait pas l’objet d’une révision complète. C’est un mythe ! », a déclaré l’analyste qui, étant donné les liens qu’il entretient aujourd’hui avec l’administration, a requis l’anonymat. « Les révisions ne portent que sur des sujets spécifiques. »

D’autres ont déclaré que ce n’est peut-être pas là un examen complet, mais qu’on élabore actuellement une feuille de route de facto, une étape nécessaire à la direction et à la coordination de diverses agences gouvernementales, permettant à Biden de se démarquer nettement de l’approche de Trump. Jusqu’ici, on a peiné à distinguer la moindre différence majeure avec la position de l’administration précédente.

« Cela ne signifie pas forcément qu’on va donner des informations sur « qui fait quoi » et le rendre public », a dit Michael Hirson, responsable Asie pour Eurasia Group et ancien attaché financier américain en Chine. « Mais il s’agit en tout cas d’un plan coordonné sous l’égide de la Maison-Blanche, d’une certaine stratégie que la Maison-Blanche s’appliquera à mettre en place, afin d’éviter que les différentes agences ne travaillent à des fins contradictoires. »

En février, Joe Biden a annoncé une révision du ministère de la Défense. Quatre mois plus tard, l’administration a déclaré que celle-ci était terminée, mais n’a pas pour autant publié ses conclusions, un choix critiqué par certains.

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Révision des relations

« Faire valoir que c’est trop secret pour être annoncé, c’est de l’amateurisme », a déclaré un autre analyste qui a requis l’anonymat au vu de ses liens avec l’administration. Le Pentagone publie de nombreux détails sur ses objectifs en mer de Chine du Sud, ajoute-t-il, « et ils ne pourraient pas parler d’une révision de la stratégie vis-à-vis de la Chine ? C’est insensé. Leur souci de droiture est un peu trop grand. »

Les analystes ont dit qu’il n’y aurait pas de moment plus logique pour conclure, voire pour publier une révision complète concernant la Chine, que la veille d’une rencontre et les présidents Biden et Xi. On s’attendait jusqu’ici à ce que les deux hommes se rencontrent en marge de la réunion du G20 en octobre, en Italie. Mais on ne voit guère de signes de l’effervescence diplomatique qui précéderait un sommet, alors que les tensions bilatérales augmentent.

Le Wall Street Journal a récemment rapporté que l’administration envisageait de donner le coup d’envoi à une nouvelle enquête sur l’utilisation intensive par Pékin des subventions industrielles, en vertu de la section 301 de la législation commerciale américaine. Ce pourrait être là le précurseur de tarifs douaniers plus punitifs, une mesure susceptible d’accroître la méfiance bilatérale.

L’annonce récente de la fourniture de huit sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie dans le cadre de la nouvelle alliance de sécurité Aukus ne fait qu’aggraver les tensions. Pour les analystes militaires, ces mesures n’ont pas d’autre but que de contenir l’empreinte croissante de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Mise en place de l’AUKUS

Autres obstacles à l’amélioration des relations, un déficit de bande passante, la préoccupation croissante de l’administration pour l’Afghanistan, la résurgence du Covid-19, le vacillemeent de l’économie nationale et les tentatives d’apaiser la France, dont le contrat de sous-marins à diesel, d’une valeur de 66 milliards de dollars, va être abandonné au profit des sous-marins américains.

« Aujourd’hui, quasiment plus rien ne pousse à une révision dans un avenir proche », a déclaré James Green, chercheur à l’université de Georgetown et ancien négociateur commercial basé à l’ambassade des États-Unis à Pékin. « Au moment de l’avènement de George W. Bush, il devait y avoir une grande révision, puis vint le 11 septembre et, pendant les huit années qui ont suivi, la question a été mise de côté. »

Les analystes ont déclaré qu’ils ne s’attendaient pas à ce que la révélation d’Aukus ait tant d’impact matériel sur le processus de révision.

Les tensions américano-chinoises se sont légèrement apaisées à la suite de la libération de la directrice financière de Huawei Technologies, Meng Wanzhou, survenue la semaine dernière après trois ans d’assignation à résidence au Canada, lorsqu’elle a reconnu avoir commis des actes répréhensibles concernant des violations des sanctions imposées à l’Iran. Presque immédiatement s’est ensuivie la libération de deux Canadiens qui avaient été arrêtés par Pékin peu de temps après l’arrestation de Meng, et de l’octroi de visas de sortie à deux Américains, eux aussi détenus.

Jusqu’ici, il n’y a guère eu de différences en termes d’approches de la Chine entre M. Biden et son prédécesseur. En juin, l’administration a certes annulé les restrictions qui étaient imposées aux applications chinoises TikTok et WeChat sur le marché américain, mais bien des analystes y voient un geste temporaire dans l’attente de mesures plus étanches.

« Les actes de l’équipe Trump n’étaient, pour une bonne partie d’entre eux, pas très bien structurés », a déclaré M. Hirson. « L’objectif de l’équipe Biden, notamment sur le plan de la technologie, c’est de prendre du recul et d’adopter des mesures sur une base juridique plus solide et étayée. Pas véritablement un remake, mais des politiques plus durables ».

L’anxiété n’a eu de cesse de croître dans le mode des affaires au vu des tarifs punitifs, des plans de taxe carbone de Biden et du sort de l’accord commercial de phase 1 négocié dans la douleur par l’administration Trump, qui s’est souvent montrée versatile, pendant sa dernière année.

« J’en attends davantage d’ici à Thanksgiving, mais ils sont heureux de prendre leur temps », a déclaré Henrietta Treyz, directrice de la politique économique de Veda Partners et ancienne membre du personnel du Sénat chargé des commissions des finances, des banques et du budget. « La révision de la Chine se fera au quatrième semestre, quand ils avanceront en tandem sur ces questions. »

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Signaux contradictoires

Selon le Peterson Institute for International Economics, la Chine accusera bientôt un déficit de 30% de la quantité de biens américains qu’elle s’est engagée à acheter cette année dans le cadre de l’accord commercial.

Les signaux contradictoires laissent souvent les dirigeants et responsables gouvernementaux perplexes et peu enclins à s’engager, ce qui renforce l’importance d’un plan directeur de l’administration concernant la Chine, selon les analystes.

À titre d’exemple, les restrictions américaines à l’importation de polysilicium en provenance du Xinjiang, où on fait état de près d’un million de Ouïghours détenus, pourraient bien compromettre les efforts de M. Biden en faveur de l’énergie solaire, tandis que les droits de douane élevés sur l’acier et l’aluminium chinois pourraient entraver ses ambitions en matière d’infrastructures.

« L’ambigüité a bien un intérêt [politique] certain, mais elle empêche d’aller de l’avant », a déclaré Owen Tedford, chercheur auprès de Beacon Policy Advisors. « Et autant l’administration Biden peut dire que le découplage est un objectif, autant ce n’est pas une réalité pour y parvenir ».

Alors que le monde des affaires réclame de la clarté et des réformes – en août, une trentaine de groupes industriels ont appelé l’administration Biden à relancer les négociations avec la Chine et à diminuer les droits de douane – il est moins évident qu’un poids de l’administration fasse pression pour faire évoluer le statu quo entre États-Unis et Chine, comme la représentante américaine au commerce Katherine Tai, la secrétaire au commerce Gina Raimondo ou le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan.

Mais James Green a également imputé à Pékin la responsabilité d’un « manque constant de créativité » dans la recherche de solutions aux différends bilatéraux. Dans cet ordre d’idées, Pékin a basculé dans un mode conférence, faisant appel à son public national, lorsque la secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Wendy Sherman, s’est rendue à Tianjin en juillet.  « Ils ne sont pas disposés à sortir de leur terrier victimaire et ne semblent pas décidés à y remédier », a-t-il déclaré.

Selon les analystes, l’administration Biden, plus soucieuse des travailleurs, est gagnée par l’idée que la communauté des affaires serait trop cupide, aurait trop longtemps fait bon ménage avec la Chine et ne serait pas venue en aide aux travailleurs.

D’anciens responsables gouvernementaux ont indiqué s’attendre à peu de surprises venant d’une vaste révision de la Chine, qu’elle soit ou non rendue publique. « Même si elle reste classifiée, nous pouvons en deviner les paramètres. Je ne vois pas beaucoup de changements sur le fond », a déclaré M. Green.

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