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Après trois ans de tensions aiguës déclenchées par la position espagnole sur le Sahara occidental, Madrid et Alger ont réactivé leur traité d’amitié en mars 2026, sous l’impulsion d’une médiation américaine décisive.
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La crise énergétique mondiale de 2026, consécutive aux bombardements en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz, a transformé le gaz algérien en atout stratégique indispensable pour l’Espagne.
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Malgré une relance économique spectaculaire et une coopération sécuritaire renforcée, la normalisation reste fragile : le Sahara occidental, les migrations et la dépendance énergétique demeurent des sources latentes de tensions.
Une relation ressoudée par la contrainte géopolitique
Au printemps 2026, les relations entre l’Espagne et l’Algérie ont connu une inflexion majeure après environ trois années de tensions diplomatiques aiguës. Loin d’être un simple retour à la normale, cette reprise du dialogue s’inscrit dans un contexte international profondément dégradé, marqué par une recomposition accélérée des données économiques et sécuritaires. La guerre ouverte qui implique l’Iran, les États-Unis d’Amérique et Israël a de fait bouleversé les flux énergétiques mondiaux et replacé la Méditerranée occidentale au cœur des enjeux stratégiques.
Dans ce contexte, Madrid et Alger apparaissent désormais liés par une interdépendance pragmatique, puisque l’Espagne a besoin du gaz algérien pour sécuriser son approvisionnement, tandis que l’Algérie cherche à consolider ses débouchés européens et à attirer des investissements technologiques. Cette convergence d’intérêts a permis de tourner la page d’une crise bilatérale d’une ampleur exceptionnelle.
Une histoire longue caractérisée par des héritages croisés
Les relations hispano-algériennes s’inscrivent dans une profondeur historique singulière. Entre 1505 et 1792, l’Espagne contrôle plusieurs points d’importance en Oranie, notamment Mers el-Kébir et Oran (ville transformée en enclave chrétienne durable sur la côte maghrébine). Cette présence, qui dure près de trois siècles, ne se limite pas à une domination militaire, car elle structure puissamment les échanges humains et culturels entre les deux rives de la mer Méditerranée.
La prise d’Oran en 1509 par les troupes espagnoles du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros inaugure une période de fortification intense avec la construction d’un réseau défensif comprenant les forts de la Sainte-Croix ou Saint-Grégoire. Malgré la reconquête algérienne en 1792, facilitée par un séisme destructeur survenu en 1790, les liens ne sont jamais totalement rompus. Ainsi, au XIXe siècle, l’installation de milliers d’immigrés espagnols dans l’Ouest algérien contribue à tisser des relations humaines de long terme (encore perceptibles aujourd’hui) qui irriguent par la suite la communauté pied-noire en France.
2022-2024 : l’ère de la brouille
À une époque plus récente, l’équilibre des rapports entre Madrid, Alger et Rabat explose en mars 2022, lorsque le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sánchez soutient le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Cette décision provoque une réaction immédiate de l’Algérie, qui appuie l’indépendantisme sahraoui incarné par le Front Polisario : rappel de l’ambassadeur en poste à Madrid, suspension du traité d’amitié signé en 2002 et mise en place d’un quasi-blocus commercial.
Les conséquences économiques de cette décision sont spectaculaires.
Les exportations espagnoles vers l’Algérie passent en effet de 2,9 milliards d’euros en 2019 à seulement 332 millions d’euros en 2023
Près de 9 000 entreprises espagnoles sont affectées, notamment dans les secteurs de la céramique et de l’agroalimentaire. Seul le gaz échappe à cette logique de confrontation, étant donné qu’Alger maintient ses livraisons à l’Espagne par le biais du gazoduc Medgaz (qui aboutit à Almería) afin de préserver sa crédibilité en tant que fournisseur énergétique fiable.
Médiation américaine et retour du dialogue en 2026
Le dégel bilatéral intervient début 2026 sous l’impulsion décisive des États-Unis d’Amérique. Le 8 février, une réunion organisée à Madrid aboutit à une feuille de route de 40 pages sur le Sahara occidental. Ce document prévoit une autonomie régionale encadrée sous souveraineté marocaine incluant des institutions locales, un système fiscal propre et une organisation sécuritaire intégrée.
Sous pression diplomatique et stratégique, l’Algérie accepte ce cadre, ouvrant donc la voie à une normalisation dans la zone. Le 28 mars 2026, le traité d’amitié hispano-algérien est officiellement réactivé. Cette séquence marque de fait un tournant majeur, puisqu’Alger privilégie désormais la stabilité régionale et la coopération économique, malgré une position historiquement favorable au Front Polisario.
Le gaz au cœur de la nouvelle alliance
La crise énergétique mondiale de 2026, consécutive aux bombardements en Iran, joue de plus un rôle déterminant dans ce rapprochement. Le blocage du détroit d’Ormuz paralyse effectivement près de 17 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL).
Dans ce contexte, l’Algérie s’impose comme un partenaire incontournable, puisqu’elle fournit déjà 42,5 % du gaz consommé en Espagne. Elle accepte même d’augmenter les flux du gazoduc Medgaz de 10 % à 12,5 %.
Sécurité et migrations : une coopération renforcée
Toutefois, au-delà de l’énergie, la coopération sécuritaire constitue un pilier essentiel du rapprochement entre Madrid et Alger. L’Algérie constitue en effet un partenaire crucial de Madrid dans la lutte contre le terrorisme sahélien et, en 2025, son armée neutralise 35 terroristes et arrête plus de 220 individus liés à des réseaux de soutien djihadistes qui inquiètent outre-Pyrénées.
Sur le plan migratoire, la situation reste en revanche préoccupante.
Plus de 3 000 migrants perdent la vie en 2025 en tentant de rejoindre l’Espagne depuis l’Afrique
Si les arrivées aux Canaries (depuis le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal) diminuent de 42 %, la route de la Méditerranée occidentale reste active, notamment en provenance des côtes algériennes. Le débarquement de nombreux immigrés clandestins en Andalousie et aux Baléares peut en témoigner.
C’est dans ce contexte qu’Alger lance en janvier 2026 une initiative qui vise à normaliser dans sa législation la situation de ses migrants clandestins en Europe et à encourager leur retour volontaire en Algérie. Cette mesure inédite reconnaît de fait implicitement l’existence de motivations politiques dans les départs tout en encadrant strictement les conditions de réintégration.
Une relance économique sous conditions
La levée des restrictions commerciales bilatérales fin 2024 permet quoi qu’il en soit une reprise rapide des échanges. En 2025, les exportations espagnoles vers l’Algérie progressent ainsi de 162 %, atteignant près de 900 millions d’euros dès le premier semestre. L’Algérie redevient par conséquent un marché clef pour les entreprises espagnoles, notamment dans le domaine de la céramique. Le volume total des échanges pourrait finir par dépasser 10 milliards de dollars en 2026.
Cependant, Alger cherche désormais à imposer une logique de montée en gamme et les exportations espagnoles se concentrent dorénavant davantage sur les équipements industriels et les produits semi-finis, le tout dans une stratégie de développement local.
Dessalement et hydrogène : les nouveaux horizons industriels
Un des axes majeurs de la coopération économique hispano-algérienne concerne aujourd’hui les infrastructures hydriques et énergétiques. L’Algérie a effectivement engagé un programme de dessalement d’un milliard de dollars pour sécuriser ses ressources en eau, avec un objectif de 4 milliards de mètres cubes destinés à l’agriculture. L’expertise espagnole est mobilisée dans ce cadre afin d’intégrer les énergies renouvelables au sein de ces installations.
Parallèlement, les deux nations explorent le potentiel de l’hydrogène vert dans une logique de transition énergétique et d’exportation vers l’Europe. Cette collaboration technologique pourrait constituer un pilier durable de leur partenariat.
Une normalisation fragile et sous haute surveillance
Pourtant, malgré de telles avancées, l’équilibre reste précaire. La question du Sahara occidental demeure une source latente de désaccord et toute remise en cause de la feuille de route de 2026 pourrait raviver les blocages commerciaux.
De même, la dépendance énergétique de l’Espagne vis-à-vis de l’Algérie constitue une vulnérabilité stratégique, notamment en cas de pression américaine accrue ou de reconfiguration des alliances au Moyen-Orient. Enfin, la crédibilité de l’initiative migratoire algérienne sera déterminante pour la stabilité du partenariat, notamment au regard des exigences européennes en matière de droits de l’homme.
En définitive, l’axe Madrid-Alger incarne une forme de réalisme géopolitique propre au monde contemporain, puisqu’il s’agit d’un partenariat fondé moins sur des affinités politiques que sur des impératifs vitaux. Dans un environnement international instable, cette relation pourrait devenir un pilier de la sécurité énergétique et stratégique en Méditerranée occidentale… à condition de résister aux tensions qui continuent de la traverser.










