Kazakhstan : annonce de réformes profondes pour le pays

11 septembre 2022

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : ST PETERSBURG, RUSSIA – JUNE 17, 2022: Kazakhstan's President Kassym-Jomart Tokayev attends a meeting with Russia's President Vladimir Putin on the sidelines of the 2022 St Petersburg International Economic Forum (SPIEF) held at the ExpoForum Convention and Exhibition Centre. Gavriil Grigorov/TASS/Sipa USA Host Photo Agency/39957139/BF/2206171925
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Kazakhstan : annonce de réformes profondes pour le pays

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Lors d’une session parlementaire, le président Kassym-Jomart Tokayev a prononcé un discours exposant sa vision pour le futur de son pays et les réformes envisagées, tant politiques qu’économiques. C’est une véritable transformation qu’il annonce, notamment sur le plan institutionnel.

 Une politique économique totalement renouvelée

Souhaitant une profonde restructuration de sa nation, le président Tokayev a voulu axer ce dernier autour d’un trio relationnel bien défini : « citoyen-entreprise-gouvernement ». Avec une forte volonté de réduire les inégalités sociales et d’offrir « un niveau élevé de biens publics et de soutien aux catégories socialement vulnérables de la population » le président a exposé un large éventail de mesures économiques concrètes pour le développement de son pays.

Ciblant de manière directe les problématiques de l’économie kazakhe (« la dépendance à l’égard des matières premières, de la faible productivité du travail, de l’insuffisance de l’innovation et de la répartition inégale des revenus ») sa réponse s’axe sur une certaine réduction de l’interventionnisme étatique, notamment sur la fixation des prix, pour laisser jouer la libre concurrence et favoriser l’entrepreneuriat et les PME, tout en veillant à assurer une certaine redistribution des revenus.

Avec une proportion non négligeable des réseaux d’infrastructures obsolètes, Tokayev veut favoriser l’investissement tout en encadrant les monopoles avec par exemple une politique tarifaire qu’il nomme « Tarif en échange d’investissements ». Ainsi un tarif serait accordé aux entreprises en échange d’investissements de leur part pour réduire cette dépréciation des réseaux indispensable au bon fonctionnement de l’économie.

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Le volet fiscal est également important avec une administration qui selon lui « devra être entièrement renouvelée ». Numérisation totale du contrôle fiscal, différenciation des taux d’imposition selon les secteurs, réduction d’impôt lorsque les bénéfices sont réaffectés à la modernisation technologique, la recherche ou le développement, « taxe de luxe » et transparence douanière sont autant de réformes qui permettront une simplification du système et le développement de l’économie au profit des citoyens.

Dans sa deuxième orientation, le président Tokayev annonce vouloir développer le secteur réel principalement en développant l’attrait pour les investissements industriels, notamment à travers les zones économiques spéciales et franches, offrant des privilèges plus ou moins importants selon l’importance des investissements et le secteur concerné. L’État diminuera progressivement son implication dans l’économie, sauf dans les secteurs ou projets d’importance capitale pour la nation.

Fort de sa position géographique, le président kazakh souhaite faire de son pays l’un des centres de transit les plus importants entre l’Europe et l’Asie, notamment au vu de la situation géopolitique actuelle : « Nous devons exploiter pleinement les possibilités qui s’offrent à nous et devenir un centre de transport et de transit d’importance véritablement mondiale ». Ceci implique bien évidemment la construction de centres logistiques et d’infrastructures routières importantes et de qualité ce qui impliquera une participation active du Gouvernement dans ces projets, notamment pour réformer les normes et standards désuets, ainsi que la réglementation trop lourde, facilitant la corruption.

Autre secteur sur lequel le président souhaite accentuer les efforts du gouvernement : l’agriculture. Il s’agit de mettre à jour et de classer les données sur les terres agricoles et de développer les coopérations, de mieux gérer les ressources en eau et d’éviter au maximum le gaspillage en partie par un renouvellement des infrastructures et un développement de l’automatisation et de la numérisation. Un manque de personnel et de soutien scientifique implique également la nécessité de développer un système universitaire compétent et solide.

Des réformes sociétales ambitieuses

Le premier secteur abordé par le président Tokayev est celui de la santé des citoyens, avec un accent particulier sur le mode de financement qui laisse à désirer et une absence de certains services à l’image d’un modèle d’assurance maladie. Il souhaite également faciliter l’accès au soin dans des centaines de villages où l’absence de centres médicaux se fait cruellement ressentir (notamment par la télémédecine) et moderniser certains établissements déjà existants notamment au niveau des districts : « Le développement harmonieux de la société n’est possible que si la santé de la nation est assurée. »

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S’en suit bien évidemment la question du système éducatif et la volonté de le développer, des crèches jusqu’au secondaire, pour permettre à tous les jeunes kazakhs de s’instruire et s’épanouir dans de bonnes conditions et dans tous les secteurs. Un projet que le président nomme « L’école confortable ». Il souhaite ainsi augmenter le nombre de places et la qualité des infrastructures en essayant de réduire au maximum l’écart de traitement entre la ville et les campagnes, développer des aides et facilités financières à tous les niveaux et surtout attirer les enseignants tout en renforçant leur qualité avec l’accent mis sur l’enseignement des mathématiques et de l’anglais.

« Je propose d’allouer 50% des revenus de placement annuels du Fonds national à des comptes d’épargne spéciaux pour les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans, sans droit au retrait anticipé. À l’âge de la majorité, les sommes accumulées serviront à l’achat d’un logement et à la scolarisation. »

On note enfin dans le discours du président une réelle volonté de valoriser le travail, quel qu’il soit mais le travail bien fait, ainsi que d’attirer les élites aux compétences importantes et particulières.

Une administration publique inefficace

Tokayev souhaite effectuer une décentralisation de l’administration publique et des compétences, que ce soient aux niveaux ministériel ou local pour la rendre plus directe et efficace, poussant également à la responsabilisation des fonctionnaires. Réformer les conditions de sélection et de révocations des fonctionnaires et ouvrir davantage ces fonctions aux acteurs du secteur privé pour une meilleure efficacité, notamment au niveau du secteur quasi public. Enfin, le but du président est aussi de rendre la gestion des actifs publics plus transparente.

Cinquième et dernière orientation : la loi et l’ordre

« [La qualité de la justice] nécessite un renouvellement et un assainissement urgents du système judiciaire. Les juges doivent être hautement qualifiés, honnêtes et incorruptibles. »

De nombreux postes devraient n’être accessibles que sur élection, par le Sénat ou par ses pairs et un renforcement du Conseil supérieur de la magistrature permettra une plus juste et efficace gestion des juges, du recrutement à la fin de leur mandat.

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Le président a également souligné un réel problème d’accès à la justice, à cause des coûts trop élevés qu’elle entraîne et qui nécessiteront une réforme pour obtenir des frais raisonnables. Il évoque les évènements de janvier 2022, renommé « janvier tragique » et la question des peines trop légères, impliquant une nécessaire réforme des peines qu’il faudra durcir et appliquer sans exception, même s’il explique accorder une amnistie à certains instigateurs (pas les principaux) de ces évènements qui aujourd’hui s’en repentent.

On peut noter une réelle intention de ne pas laisser impunis les crimes relevant de la sécurité de l’État et de la stabilité de la société, même s’ils ne concernent que les citoyens eux-mêmes, sans atteinte directe à l’État : « Ces derniers temps, les cas de crimes graves – meurtres et règlements de compte entre gangs – sont devenus fréquents. [] Cette tendance dangereuse doit être étouffée dans l’œuf – il faut durcir la peine et exclure la libération conditionnelle pour de tels crimes. »

Tokayev veut ajouter à la liste de ses combats celui contre la drogue, soulignant la forte augmentation de leur circulation, combinée à une baisse des prix et qualifiant l’ampleur de ce trafic, notamment en ligne, de « maladie sociale extrêmement dangereuse ».

Le président clôture son discours en expliquant qu’un septennat est amplement suffisant pour mener à bien toutes ces réformes et rappellent qu’elles vont dans le sens de l’idée qu’il a présentée d’un « Nouveau Kazakhstan Équitable ». Une modernisation globale de l’État et de la Nation, guidée par la formule qu’il considère comme fondamentale : « un Président fort – un Parlement influent – un Gouvernement responsable. »

À propos de l’auteur
Pierre Camus

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