L’Occident est né de la montagne

26 janvier 2025

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L’Occident est né de la montagne

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Du mont Sinaï au Thabor, de l’Acropole aux collines romaines, l’Occident s’est constitué aussi par ses montagnes.

Article paru dans le N55 de Conflits : Géopolitique des montagnes

Les Hébreux sont las des années d’errance dans le désert, de la Terre promise qui n’est jamais atteinte, de la manne pour unique nourriture. Alors, quand Moïse les quitte pour monter au sommet de la montagne, ils renient Dieu pour forger un veau en or et l’adorer. C’est dans la plaine que se pratique le culte païen et c’est sur la montagne, enveloppé dans la lumière, que Moïse reçoit les deux Tables de la Loi où sont inscrits les dix commandements, fondement du droit naturel qui irrigue aujourd’hui encore l’Occident. Avant lui, au début de l’histoire humaine, c’est sur une montagne que l’arche de Noé échoua, le mont Ararat, aux confins de l’Iran et de l’Arménie actuelles. Quand Abraham doit sacrifier son fils Isaac, c’est également au sommet d’une montagne qu’il se rend. Appelé « montagne du Seigneur » dans la Genèse, la tradition identifie ce lieu comme étant situé dans le dôme du Rocher, saint des saints du temple de Jérusalem. Les grands événements de la vie du Christ se déroulent aussi dans des montagnes demeurées célèbres : le mont Thabor (Transfiguration), le mont des Oliviers (dernière soirée avant la Passion), colline du Golgotha (crucifixion).

De la régénération de l’humanité après le Déluge, au don de la loi naturelle, à l’annonce de l’Évangile et au mystère de la Résurrection, l’histoire des fondements du christianisme est allée de montagne en montagne, tout comme son autre versant, le monde gréco-romain.

Les deux versants du christianisme

Aux montagnes issues du monde hébraïque s’ajoutent celles issues du monde gréco-romain. Si un grand nombre de cités disposent d’une acropole, celle d’Athènes est la plus connue et la plus emblématique. À lui seul, le Parthénon est devenu le symbole de la Grèce et de ce qu’elle a apporté au monde. La montagne d’Athènes fait face à la montagne de Jérusalem, pour une fusion dans Rome afin de donner les deux faces de la même civilisation. Avant Athènes, ce sont deux montagnes qui se sont fait la guerre, celle de Mycènes et celle de Troie, pour un conflit fratricide entre Grecs. Si Troie fut vaincue, comme plus tard Athènes, c’est un prince troyen, Énée, qui est à l’origine de la fondation de Rome, la ville aux sept collines. Dans son périple de l’Orient vers l’Occident, Énée aurait pu épouser Didon, la reine de Carthage amoureuse de lui. Mais le prince rejeta et la femme et la cité née de la plaine, pour y préférer les collines de ce qui devait devenir Rome. Là, sept monts s’étirent sur la rive gauche du Tibre et c’est au pied de l’un d’eux, le Palatin, que, sous un figuier, Romulus et Rémus furent recueillis par la louve. La cité issue des montagnes conquit les montagnes de Grèce et des Hébreux puis accouche du christianisme, fils de Rome et héritier d’Athènes et de Jérusalem.

Pourquoi cette prééminence de la montagne ? Parce qu’elle est un lieu de refuge lors de l’attaque des ennemis, parce que, comme la mer, elle symbolise la liberté. Du mont Ararat au Palatin, c’est une civilisation qui a tissé des fils, de montagne en montagne, lieux des protections, lieux des conversations de la terre et du ciel.

À lire aussi :

Arménie, À l’ombre de la montagne sacrée, de Tigrane Yegavian

L’Occident doit retrouver le sens de son histoire. Entretien avec Samuel Gregg

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Ircom. Rédacteur en chef de Conflits.

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