Venezuela post-Maduro : le chavisme sous protection américaine ?

17 septembre 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : Venezuela. (C) Unsplash

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Venezuela post-Maduro : le chavisme sous protection américaine ?

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  • Un raid américain s’empare de Nicolás Maduro à Caracas, mais la chute du président n’ouvre pas la transition démocratique espérée.
  • Plutôt que de soutenir l’opposante et prix Nobel de la paix María Corina Machado, Washington mise sur la vice-présidente Delcy Rodríguez : la stabilité et le pétrole avant l’alternance.
  • Ou comment le chavisme pourrait survivre à son chef, sous protection américaine.

Le 3 janvier 2026, vers deux heures du matin, des explosions retentissent à Caracas. Des hélicoptères américains survolent à basse altitude la capitale du Venezuela, pays de 28,5 millions d’habitants. Au complexe militaire de Fuerte Tiuna, au sud, où se trouvent Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, les forces spéciales passent à l’action. Le couple est capturé et évacué vers un navire, puis transféré aux États-Unis dans la journée pour répondre notamment à des accusations de complot en vue d’importer de la cocaïne.

Le fracas des armes, le silence des rues

L’opération est « chirurgicale », mais pas sans bilan humain. Selon les décomptes annoncés ultérieurement par Caracas et La Havane, 47 militaires vénézuéliens et 32 membres des forces militaires et de sécurité cubaines perdent la vie. Du côté américain, aucun soldat n’est tué, mais sept sont blessés. Quelques victimes civiles sont également signalées. L’intervention frappe par son caractère spectaculaire, mais aussi par l’absence de réaction populaire significative. Dans la matinée, le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, appelle les Vénézuéliens à descendre dans la rue pour défendre la souveraineté de leur pays. Quelques rassemblements chavistes se forment à Caracas, mais la plupart des habitants restent chez eux. Les rues désertées donnent par endroits des airs de confinement. Les adversaires du régime ne profitent pas davantage de la situation pour se soulever. Sur les réseaux sociaux, des scènes de liesse donnent pourtant l’impression que les Vénézuéliens célèbrent ouvertement. En réalité, certaines images montrent des rassemblements de la diaspora à l’étranger. D’autres sont d’autant plus trompeuses : par exemple, une vidéo présentée comme une célébration à Caracas montre une manifestation de juillet 2024, tandis qu’une autre, relayée par Elon Musk, a été générée par intelligence artificielle.

Quelques heures après l’opération, la journaliste vénézuélienne Ronna Rísquez décrit une population surtout soucieuse de faire des réserves de nourriture et de carburant, puis de se mettre à l’abri. « La réaction dominante est un mélange d’inquiétude et de calme prudent », explique-t-elle. Quatre jours plus tard, Will Freeman, spécialiste de l’Amérique latine au Council on Foreign Relations, ne s’étonne pas de l’absence de soulèvement. Les Vénézuéliens connaissent le prix élevé — parfois mortel — de la contestation. Maduro a été capturé, mais le chavisme a peut-être déjà survécu à la fin abrupte de son règne.

« Maduro a été capturé, mais le chavisme a peut-être déjà survécu à la fin abrupte de son règne. »

Machado écartée par les Américains ?

Pour une large partie de la diaspora et des soutiens internationaux de l’opposition, la capture de Maduro ouvre la voie à María Corina Machado, qui paraît destinée à jouer un rôle central dans la transition. Depuis son obtention du prix Nobel de la paix, en octobre 2025, cette ex-députée charismatique de 58 ans incarne plus que jamais l’espoir d’un après-chavisme. Le 10 décembre, sa fille reçoit le prix en son nom à Oslo. Machado, qui vivait jusque-là dans la clandestinité au Venezuela, parvient à quitter le pays de Bolívar et arrive en Norvège juste après la cérémonie. À ce stade, c’est la victoire d’Edmundo González Urrutia qu’elle fait valoir. Empêchée de participer à l’élection de juillet 2024, Machado avait soutenu cet ancien diplomate exilé en Espagne. Après la capture de Maduro, c’est encore son accession à la présidence qu’elle défend : le 3 janvier, elle appelle l’armée à le reconnaître comme président légitime. Il s’agit alors de traduire dans les institutions la victoire électorale revendiquée par son camp.

Mais Trump écarte d’emblée ces demandes. « Elle n’a ni le soutien ni le respect au sein du pays », affirme-t-il à propos de Machado, tout en envisageant de travailler avec Delcy Rodríguez, vice-présidente de Maduro au cœur du « Delcygate » en Espagne. Le 5 janvier, Rodríguez prête serment comme présidente par intérim. Washington privilégie ainsi un interlocuteur disposant des leviers de l’État. Le 15 janvier, Machado poursuit néanmoins son opération de séduction jusqu’à offrir sa médaille du Nobel à Trump, qui convoitait lui-même cette distinction, lors d’une rencontre à la Maison-Blanche. Le président accepte le présent, mais son administration maintient sa position. Cinq jours plus tard, il évoque la possibilité de lui confier un « rôle », sans préciser lequel.

D’ennemi juré à partenaire

Dans les mois suivants, à mesure que Washington se rapproche de Rodríguez, l’inquiétude grandit au sein de la diaspora. Le 18 avril, à la Puerta del Sol, à Madrid, plusieurs milliers de Vénézuéliens en exil viennent accueillir Machado dans une démonstration de force. Sur place, les témoignages que je recueille disent combien l’attente reste forte, malgré les signaux contraires venus de Washington. Moins optimistes, d’autres voix de l’exil entrevoient déjà les limites du scénario espéré. L’écrivaine vénézuélienne Karina Sainz Borgo met en garde contre la confusion entre la chute de Maduro et celle du régime. « On peut changer une tête sans changer une structure », souligne-t-elle dans la capitale espagnole. « Un régime qui disait lutter contre l’impérialisme américain accepte désormais une forme de tutelle économique des États-Unis », observe celle pour qui le blocage de Machado à l’extérieur du pays révèle l’illusion d’une transition démocratique.

La stabilité avant l’alternance

Le 23 mai, à Panama, Machado annonce son intention de se présenter elle-même à une future élection présidentielle. Mais le double séisme qui frappe le Venezuela, le 24 juin, porte un nouveau coup dur à ses espoirs de rentrée. La gestion de la catastrophe révèle les défaillances du gouvernement Rodríguez. Au retour des zones sinistrées, le journaliste León Hernández décrit des secours désorganisés et une censure persistante. Machado, qui conserverait la sympathie de Marco Rubio, entend participer aux efforts d’aide et reprendre pied dans son pays. Le mécontentement envers Rodríguez pourrait lui être favorable. Il ne suffit pourtant pas à infléchir la position d’une Maison-Blanche soucieuse de préserver la stabilité de la région : selon le Wall Street Journal, l’avion qui doit l’acheminer vers Curaçao, première étape de son trajet, fait demi-tour alors que son entourage croit avoir obtenu l’approbation des Américains.

Date Événement
Janvier 2020 Delcy Rodríguez rencontre le ministre espagnol José Luis Ábalos à l’aéroport de Madrid-Barajas malgré son interdiction d’entrée dans l’Union européenne : c’est le « Delcygate ».
Juillet 2024 Empêchée de participer à l’élection présidentielle, María Corina Machado soutient Edmundo González Urrutia, dont l’opposition revendique la victoire.
Octobre 2025 Machado reçoit le prix Nobel de la paix et s’impose comme la principale figure internationale de l’opposition vénézuélienne.
10 décembre 2025 Sa fille reçoit le Nobel en son nom à Oslo. Machado quitte clandestinement le Venezuela et arrive en Norvège.
3 janvier 2026 Une opération américaine mène à la capture de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, à Fuerte Tiuna. Machado appelle l’armée à reconnaître González Urrutia, mais Trump l’écarte de la transition.
5 janvier 2026 Delcy Rodríguez, vice-présidente de Maduro, prête serment comme présidente par intérim.
15 janvier 2026 Machado rencontre Trump à la Maison-Blanche et lui offre sa médaille du prix Nobel. Washington ne modifie pas sa position.
20 janvier 2026 Trump évoque la possibilité d’accorder un « rôle » à Machado, sans préciser lequel.
18 avril 2026 Plusieurs milliers de Vénézuéliens en exil accueillent Machado à la Puerta del Sol, à Madrid.
23 mai 2026 À Panama, Machado annonce son intention de se présenter à une future élection présidentielle.
24 juin 2026 Un double séisme frappe le Venezuela et met en lumière les défaillances du gouvernement Rodríguez.
Fin juin 2026 Machado tente de regagner le Venezuela en passant par Curaçao, mais son avion est contraint de faire demi-tour.
28 août 2026 Trump annonce un accord pétrolier accordant aux États-Unis et à des entreprises privées le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves vénézuéliennes.

« Celui qui est parti, c’est le président, pas la structure du pouvoir », résume en outre le politologue Jesús Castillo Molleda, depuis Caracas. Selon lui, les Américains redoutent que l’arrivée au pouvoir de Machado provoque une « instabilité civile » incompatible avec leurs intérêts à court terme — principalement énergétiques. L’accord pétrolier annoncé le 28 août en grande pompe consacre ce rapprochement : Trump affirme avoir obtenu, en partenariat avec des entreprises privées, le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées vénézuéliennes. L’accord rapproche le Venezuela de Washington autant qu’il l’éloigne d’une démocratie pluraliste.

« L’accord rapproche le Venezuela de Washington autant qu’il l’éloigne d’une démocratie pluraliste. »

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À propos de l’auteur
Jérôme Blanchet-Gravel

Jérôme Blanchet-Gravel

Auteur et journaliste québécois. Dernier livre paru : La Face cachée du multiculturalisme, Paris, Cerf, 2018.