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Depuis le 28 février 2026 et le début de la guerre au Moyen-Orient, quatre produits industriels majeurs — naphtha, kérosène, pétrole WTI et engrais — ont flambé de 21 à 55 %, selon les données Bloomberg compilées par l’AFP.
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Ces hausses ne se limitent pas aux marchés de l’énergie : elles se propagent par capillarité à l’ensemble de l’économie mondiale — plastiques, médicaments, alimentation, transport aérien.
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La fermeture partielle du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole mondial et un tiers du commerce mondial d’engrais, est qualifiée par l’Agence internationale de l’énergie de « plus grande perturbation de l’approvisionnement énergétique de l’histoire ».
L’infographie AFP fondée sur des données Bloomberg raconte en quatre courbes ce que la guerre fait à l’économie mondiale. Depuis le 28 février 2026, date du début du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, quatre produits industriels de référence ont connu des hausses spectaculaires par rapport à leurs valeurs du 26 février. Le naphtha affiche la progression la plus forte : +55,2 %. Le kérosène suit à +39,9 %, le pétrole WTI à +35,5 %, les engrais à +21,4 %. Le cessez-le-feu du 8 avril a bien provoqué un reflux partiel des cours — visible sur le graphique —, mais sans ramener les prix à leurs niveaux d’avant-guerre. Au 29 mai, tous les indices restent nettement au-dessus des valeurs de référence.
Le naphtha : l’ingrédient invisible de tout ce que vous touchez
La hausse la plus préoccupante sur le plan industriel est celle du naphtha, hydrocarbure issu de la distillation du pétrole brut, qui sert de matière première à une part considérable de la chimie mondiale. En Asie, son prix a doublé depuis la fermeture partielle du détroit d’Ormuz. L’onde de choc s’est propagée quasi instantanément à l’ensemble des marchés aval.
Le naphtha est en effet la matière première de base des polymères — polyéthylène, polypropylène, PET — qui entrent dans la fabrication de 95 % des objets plastiques du quotidien : emballages alimentaires, bouteilles, sacs, pièces automobiles, dispositifs médicaux. Son prix a bondi de 60 % au cours du seul mois de mars, se répercutant sur les entreprises françaises confrontées à des augmentations de 20 à 40 % imposées par leurs fournisseurs. Le Moyen-Orient, avec l’Arabie saoudite en tête, détenait plus de 40 % des exportations de polyéthylène en 2025, et l’Asie dépendait à hauteur de 70 % des exportations de naphtha du Golfe.
Pour l’industrie pharmaceutique, dont de nombreux médicaments sont synthétisés à partir de dérivés pétrochimiques, la situation est analogue : les principes actifs produits par des réactions chimiques en chaîne depuis le naphtha voient leurs coûts de production s’envoler.
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Le kérosène : l’aviation mondiale en turbulences
Avec une hausse de +39,9 % depuis le début du conflit, le kérosène — carburant des avions — affecte directement le transport aérien mondial. Le géant franco-néerlandais Air France-KLM prévoit de payer 9,3 milliards de dollars son carburant en 2026, soit 35 % de plus que dans sa précédente estimation réalisée avant le déclenchement de la guerre.
Les voyages via le Moyen-Orient sont les plus durement touchés par les fermetures d’espace aérien et les coûts de déroutement : environ un cinquième de la demande Europe-Asie et 10 % de la demande Amérique du Nord-Asie transitent par le Moyen-Orient. KLM a annoncé la suppression de 160 vols sur le mois suivant. Des compagnies à bas coût comme easyJet voient leurs marges s’éroder rapidement. Pour les voyageurs, la hausse des billets d’avion constitue la manifestation la plus directement perceptible du choc géopolitique.
« La fermeture du détroit d’Ormuz constitue la plus grande perturbation de l’approvisionnement énergétique de l’histoire. » Agence internationale de l’énergie, mars 2026.
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Le pétrole WTI : l’onde de choc sur toute l’économie
La hausse du pétrole WTI de +35,5 % est le signal le plus lisible politiquement, mais pas nécessairement le plus dangereux structurellement. Dans le détroit d’Ormuz, où transitent habituellement 20 millions de barils de pétrole par jour, les pétroliers sont attaqués par les Gardiens de la Révolution iraniens depuis le début du conflit. La réaction en chaîne est mécanique : la guerre a fait chuter la production dans la région de 11 millions de barils par jour, combinée à la chute des exportations, réduisant l’offre globale et se traduisant par une augmentation des prix.
L’Europe est particulièrement exposée. Le continent européen était déjà privé du gaz et du pétrole russes du fait de la guerre en Ukraine ; il est désormais privé d’une partie significative de ses importations en provenance du Moyen-Orient. La Banque de France a abaissé ses prévisions de croissance à 0,9 % pour 2026. Le FMI évoque le risque d’une « stagflation » — stagnation de la production doublée d’une inflation élevée — en cas de conflit prolongé.
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Les engrais : la menace sur la sécurité alimentaire mondiale
La hausse des engrais — +21,4 % — est la courbe la plus inquiétante sur le long terme, car ses conséquences se feront sentir sur les récoltes à venir et donc sur l’alimentation mondiale. Un tiers des engrais commerciaux mondiaux transite par le détroit d’Ormuz. Le soufre, l’urée et les engrais phosphatés sont directement concernés, avec des prix ayant augmenté de 30 à 40 % depuis le début de la guerre. La moitié des denrées alimentaires du globe sont produites à l’aide de ces substances.
En Inde et en Malaisie, des usines entières ont déjà commencé à ralentir la cadence, à annuler ou réduire les commandes ou à carrément fermer leurs portes, faute d’approvisionnement. L’économiste en chef de la FAO a averti qu’il suffirait que la guerre se prolonge de quelques semaines pour que les ressources alimentaires mondiales soient perturbées de manière significative. Pour les pays du Sud les plus dépendants des importations d’engrais — Afrique subsaharienne, Asie du Sud-Est, Amérique centrale —, le risque de crise alimentaire n’est pas théorique.
« Cette situation critique affecte indirectement 95 % des objets que nous utilisons chaque jour. Depuis la fin du mois de février, les indicateurs économiques s’affolent. » Le Nouvel Écho, mars 2026.
Le cessez-le-feu du 8 avril : une détente réelle mais insuffisante
L’infographie montre clairement l’effet du cessez-le-feu du 8 avril sur les courbes : un reflux sensible, notamment pour le kérosène qui était monté jusqu’à +125 % à son pic de mars avant de redescendre. Mais ce reflux ne ramène pas les prix à leurs niveaux d’avant-guerre. Au 29 mai, tous les indices restent durablement au-dessus des valeurs de référence du 26 février. La volatilité reste forte — les courbes du naphtha et du pétrole WTI connaissent de nouveaux pics en mai —, signe que les marchés n’ont pas retrouvé leur confiance dans la stabilité de l’approvisionnement.
C’est la leçon géoéconomique centrale de cette infographie : une guerre au Moyen-Orient ne se lit pas seulement en pertes humaines et en carte militaire. Elle se lit dans le prix des sacs-poubelle à Paris, dans la facture de kérosène d’Air France, dans le coût de production d’un médicament générique en Inde, dans la décision d’un paysan malien de réduire sa dose d’engrais. Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un passage maritime — c’est l’artère jugulaire de l’économie mondiale.
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© AFP — Source données : Bloomberg











