S’emparer des élections, la dernière carte de Trump pour les midterms

15 août 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : Composition de la Chambre des représentants et du Sénat des Etats-Unis, selon les médias américains, au 25 novembre à 9H37 GMT - AFP / AFP / VALENTIN RAKOVSKY

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S’emparer des élections, la dernière carte de Trump pour les midterms

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  • Le 16 juillet, Donald Trump dénonçait un système électoral « brisé et vulnérable » et accusait la Chine d’avoir influencé le scrutin de 2020, sans preuve d’un seul vote modifié.

  • Derrière la rhétorique, un calcul : sécuriser le vote avant des midterms mal engagées, où la perte du Sénat ouvrirait la voie à une destitution.

  • SAVE America Act, contrôle de la donnée, Palantir : une même trajectoire déplace vers Washington le centre de gravité de la certification des élections.

Le 16 juillet, depuis la Maison-Blanche, Donald Trump affirmait que les États-Unis disposaient d’un « système électoral tellement brisé et vulnérable que personne ne peut le défendre ». Présentant des documents déclassifiés comme des preuves de « vulnérabilités choquantes », il accusait la Chine d’avoir influencé l’élection de 2020 et d’avoir obtenu 220 millions de données électorales. Il déclarait ensuite vouloir sécuriser le vote avant les midterms de novembre qui s’annoncent décevantes pour son parti.

« Un système électoral tellement brisé et vulnérable que personne ne peut le défendre. »

Si des opérations chinoises, russes ou iraniennes cherchent régulièrement à influencer l’opinion américaine, les documents présentés ne démontrent pas qu’un seul vote ait été modifié par une puissance étrangère. Les données volées sont par ailleurs largement accessibles aux consultants politiques et ne permettent pas seules de modifier une élection. Alors pourquoi se concentrer sur ce thème ?

Un contexte morose

L’inflation reste un sujet majeur de préoccupation, comme le prix du logement qui a augmenté pour le 36e mois consécutif. La guerre en Iran complique encore les choses : le prix de l’essence a grimpé de plus de 35 % par rapport à l’an dernier, alors que la base MAGA se divise quant au soutien à Israël.

Si rien n’est fait, les républicains perdront probablement la Chambre des représentants, comme en 2018. Ce qui est moins sûr, c’est le Sénat. Le partage des pouvoirs aux États-Unis profite en réalité à celui-ci, qui est le centre de gravité du pouvoir. Les démocrates ayant de bonnes chances à ce jour de remporter des sièges supplémentaires, ils profiteraient de ce rapport de force pour entamer une procédure de destitution qui nécessite les deux tiers des voix de la chambre haute.

Composition de la Chambre des représentants et du Sénat des Etats-Unis, selon les médias américains, au 25 novembre à 9H37 GMT – AFP / AFP / VALENTIN RAKOVSKY

S’il veut conserver son cap, Donald Trump peut faire pression sur les nominations des candidats et faire de la sécurisation du vote un thème de campagne.

Lire aussi : Donald Trump au défi de son bilan de politique intérieure

Une obsession

Cette position du président est inséparable de son rapport à l’élection de 2020. Comme 63 % des républicains, il pense qu’elle lui a été volée.

Après sa victoire de 2024, des fonctionnaires ayant participé aux enquêtes sur le scrutin de 2020 ont été écartés, tandis que ses équipes rejetaient les recrues potentielles qui n’adhéraient pas à son point de vue sur l’élection de 2020.

Créer un tel climat de suspicion permet de réunir, après le scrutin, une masse suffisamment importante d’irrégularités, de contentieux et de soupçons pour rendre une contestation politiquement crédible auprès de sa base.

« Créer un climat de suspicion permet de rendre une contestation politiquement crédible auprès de sa base. »

Les Américains se souviennent de l’élection présidentielle de 2000 remportée par George W. Bush à 537 voix près dans l’État clef de Floride, au bout d’un mois de bataille judiciaire. Dans cet État à l’époque gouverné par Jeb Bush, le candidat démocrate a saisi les tribunaux pour recompter les cartons mal percés par les machines. La Cour suprême, composée en partie de juges nommés par George Bush père, a donné raison à Bush fils, bien qu’un recompte réalisé l’année suivante donnait son rival gagnant.

Changer les règles avant de changer les électeurs

L’administration Trump cherche depuis plus d’un an à modifier la manière dont les élections sont administrées, notamment grâce au récent SAVE America Act.

Ce projet de loi contre la fraude imposerait une preuve de citoyenneté lors de l’inscription sur les listes électorales et une pièce d’identité avec photographie pour voter aux élections fédérales. Il donnerait également au gouvernement fédéral un rôle accru dans la vérification des listes. Trump a déclaré vouloir « nationaliser » l’organisation des votes, alors que la Constitution confie d’abord leur administration aux États.

Pour éprouver la loyauté de ses sénateurs, le président en a fait une priorité au point de menacer de bloquer d’autres textes. Pourtant, le projet reste bloqué au Sénat, où son parti ne dispose pas des 60 voix nécessaires. Certains élus républicains, bien qu’en accord avec la philosophie du texte, rechignent à le voter. Ils ne souhaitent pas abandonner le vote par correspondance (mail in ballot), plutôt populaire mais que le président associe à un moyen de fraude et veut majoritairement interdire. Les démocrates s’opposent également au texte. Si le vote des sans-papiers et le vote par correspondance favorisaient encore récemment les démocrates, les redécoupages partisans des circonscriptions (le gerrymandering) sont plus efficaces pour assurer la victoire à un camp.

Ce texte est donc une tentative de déplacer progressivement le centre de gravité de l’administration des élections vers Washington et de constituer un dossier juridique permettant, au besoin, de contester des résultats serrés et d’empêcher une procédure de destitution. Mais le chemin est encore long : un juge fédéral a interdit à l’administration de permettre aux États d’utiliser un outil fédéral de vérification de citoyenneté pour filtrer leurs listes, un élément central du projet trumpien. Le département de la Justice a déjà engagé des poursuites contre au moins trente États pour obtenir des fichiers électoraux complets.

Lire aussi : Infographie — Élections américaines 2024 : un Congrès rééquilibré

Le véritable enjeu pourrait être la donnée

La sécurisation numérique du système électoral — croisement des registres d’électeurs avec les bases de données d’immigration, de casiers judiciaires, de citoyenneté et de changements d’adresse — pourrait avoir un fournisseur naturel : Palantir, une entreprise centralisant des données fédérales, présente dans une trentaine d’agences du gouvernement et dont les dirigeants sont proches de Donald Trump. Si rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’entreprise administrera les élections, son implantation dans l’appareil fédéral en fait un candidat naturel.

Sa plateforme Foundry effectue déjà ce type de missions pour la CIA et le Pentagone. Si Palantir intervient sur ce sujet, elle étendra son pouvoir déjà énorme sur l’appareil étatique américain. Le PDG, Alex Karp, a écrit un pamphlet nommé « La République technologique » prônant la surveillance de masse, tandis que son cofondateur, Peter Thiel, est influencé par les « lumières noires », un mouvement anti-démocratique visant à privatiser le pouvoir exécutif et à remplacer les fonctionnaires par des loyalistes. Aujourd’hui trop dépendant des contrats publics à cause de son image sulfureuse, Palantir pâtirait d’une victoire trop large en novembre des démocrates, qui bénéficieraient de pouvoirs étendus pour enquêter sur ses contrats publics.

Derrière les prochaines midterms et le SAVE America Act se joue une transformation profonde de l’État américain, par la mise en place d’une structure fédérale partisane de certification des élections.

« Derrière les midterms se joue une transformation profonde de l’État américain : une structure fédérale partisane de certification des élections. »

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À propos de l’auteur
Thomas Vincent

Thomas Vincent

Thomas Vincent a travaillé avec des responsables politiques américains ; une expérience qui a nourri ses travaux sur les recompositions du paysage politique des États-Unis et les stratégies d'influence.