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La précision des drones iraniens ne tient pas à une technologie miracle mais à une méthode statistique : la combinaison en temps réel du GPS américain, du Glonass russe et d’une centrale inertielle (INS) ramène l’erreur de localisation à deux ou trois mètres, et les modèles les plus avancés comme le Shahed-238 descendent en dessous du mètre.
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Utiliser simultanément deux systèmes de navigation satellitaire oblige l’adversaire à brouiller deux fréquences distinctes en même temps — ce qui exige trois à cinq fois plus de puissance — et les antennes des drones abattus en Ukraine peuvent ignorer jusqu’à 15 signaux GPS factices simultanément.
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L’arme secrète reste économique : chaque drone coûte entre 35 000 et 60 000 dollars, alors qu’un missile Patriot tiré pour l’abattre vaut 2 à 3 millions de dollars — même abattu, le drone gagne sur le plan financier.
L’ANOVA (Analyse de la variance) est l’une des méthodes d’analyse statistique employées généralement dans la recherche. Elle est utile pour comparer des ensembles de données et découvrir ce qui fonctionne ou non. Dans le cas de la précision d’un drone, elle examine l’influence de divers paramètres sur la performance de navigation, tels que l’environnement (urbain ou champ ouvert), le mode de direction (GPS seul, GPS + Glonass, GPS +INS, …) et la vitesse de navigation. Des centaines de mesures sont effectuées, enregistrées et testées. Ensuite, l’ANOVA révèle si les écarts de positions sont maintenus à un niveau de précision acceptable. Penser qu’un drone iranien serait capable, avec un GPS militaire moderne seul, d’avoir une très bonne précision serait une erreur.
En réalité, ces appareils continuent ensuite de recueillir ces données pour plusieurs systèmes de navigation, puis calculent une moyenne. Avec cette méthode l’appareil devient précis au mètre près même face à un ennemi qui brouille ses signaux. Certains modèles possèdent une intelligence artificielle intégrée, qui traite les images comme un cerveau électronique.
Le trio gagnant : GPS américain, Glonass russe et centrale inertielle (INS)
Trois technologies combinées forment la base de cette précision. D’abord, le GPS américain, tout à fait classique. Ensuite, son équivalent russe, le Glonass. Et enfin, une sorte de boussole électronique très perfectionnée, appelée centrale inertielle (INS). En faisant la « moyenne » entre le GPS et le Glonass, l’erreur de localisation passe de quatre à cinq mètres (avec un seul système) à seulement deux ou trois mètres. Certains drones, comme le Shahed-101, comparent même les trois sources en continu et ainsi éliminent les informations suspectes.
La centrale inertielle devient cruciale en cas d’attaque. Voici comment cela fonctionne. Au décollage, le drone mémorise sa position exacte grâce aux satellites. En vol normal, son ordinateur calcule la moyenne entre les données satellites et celles de la centrale. Mais si l’ennemi brouille le GPS, le drone le détecte aussitôt, ignore les signaux trafiqués et continue uniquement avec sa centrale. La précision se dégrade alors doucement : le drone peut se tromper d’environ 500 mètres à 1 kilomètre par heure, ce qui reste suffisant pour garder le cap. Ces drones n’ont pas besoin du GPS pour voler, seulement pour se recalibrer de temps à autre.
Pourquoi utiliser le Glonass ? Pour obliger l’adversaire à travailler deux fois plus.
Utiliser à la fois le GPS américain et le Glonass russe n’est pas un hasard.
Cela force l’adversaire à brouiller deux fréquences différentes en même temps : celle du GPS et celle du Glonass
Résultat, il doit déployer trois à cinq fois plus de puissance, ce qui est beaucoup plus difficile. Les experts qui ont examiné des drones abattus en Ukraine ont découvert qu’ils possèdent des antennes capables d’ignorer jusqu’à 15 signaux GPS factices à la fois. Une petite puce, la Kometa-M, fait le « mélange » entre le GPS, le Glonass et la centrale inertielle grâce à un algorithme très astucieux, et peut connaître la position du drone à moins d’un mètre près. Récemment, des améliorations ont encore été apportées en inventant un « atterrissage neuronal » qui aide le drone à rester stable juste avant l’impact, même par vent ou turbulences.
Les toutes dernières améliorations : guidage par antenne relais et triple fréquence
Pour atteindre une précision encore plus impressionnante (en dessous d’un mètre), les drones les plus récents ajoutent deux technologies supplémentaires. Premièrement, certains Shahed-136 sont équipés de modems 4G, comme le téléphone de monsieur tout le monde. Ils captent les antennes relais et reçoivent des corrections de position en temps réel. En faisant la « moyenne », ils atteignent une précision de deux à cinq centimètres. Problème, cela ne fonctionne que dans les zones couvertes par le réseau. Deuxièmement, des récepteurs capables de capter trois fréquences satellites différentes au lieu d’une seule, dont une bande très résistante au brouillage. Résultat : le drone peut se localiser à 50 centimètres près, même dans une ville dense avec des immeubles qui réfléchissent les signaux dans tous les sens.
Les derniers mètres : quand le drone allume son propre projecteur
Tous ces calculs de moyenne fonctionnent très bien, mais ils montrent leurs limites dans les derniers mètres avant l’impact. C’est pourquoi les nouveaux drones intègrent un guidage final. Le Shahed-238, présenté en avril 2026, existe en trois versions : une basique (INS + GPS), une équipée d’une caméra infrarouge (précision inférieure à un mètre), et une conçue pour traquer les radars ennemis (précision inférieure à cinq mètres).
Le Shahed-149 Gaza, un très gros drone, a fait une démonstration impressionnante en janvier 2025 : il a largué huit bombes qui ont frappé leurs cibles avec une précision remarquable
Comment ? Le drone vole à très haute altitude en calculant la moyenne entre GPS, Glonass et une centrale inertielle. À dix kilomètres de la cible, il allume un laser, comme un projecteur. La bombe compare sa propre position avec le reflet du laser sur la cible, et l’ordinateur de bord fait la moyenne entre les deux pour lisser les petits à-coups. Résultat : un impact à moins de deux mètres.
La faiblesse du système : quand l’adversaire crie plus fort que tout le monde
Aussi astucieux que soit ce système, il a une faiblesse. Si l’adversaire dispose d’un brouilleur très puissant, d’environ 100 watts sur la bonne fréquence, il peut tout simplement « noyer » les capteurs du drone. C’est comme si quelqu’un hurlait dans un micro : on n’entend plus que le hurlement et plus les informations utiles. Dans ce cas, tout système devient inaudible. L’Ukraine affirme avoir ainsi neutralisé plus de 4 600 drones russes (dont beaucoup de Shahed) entre mai et juillet 2025. Par ailleurs, la précision ne dépend pas que de la technique. La synchronisation des frappes entre plusieurs drones et la bonne connaissance de la structure de la cible est aussi importante.
Une technologie très astucieuse et surtout pas chère
Au final, la précision des nouveaux drones iraniens ne doit rien à une technologie miracle venue d’une autre planète. C’est avant tout une question de bon sens : en faisant la moyenne de plusieurs systèmes imparfaits (GPS, Glonass, centrale inertielle, réseau 4G, guidage laser), on obtient un résultat très satisfaisant. Dans la plupart des situations, la précision de ces drones est comprise entre un et cinq mètres. Les modèles les plus avancés, comme le Shahed-238, descendent même à moins d’un mètre. Cette méthode du « vote » entre plusieurs systèmes donne aux Iraniens une excellente résistance au brouillage, tout en gardant des coûts très bas. Car c’est là l’arme secrète : chaque drone coûte entre 35 000 et 60 000 dollars, alors qu’un missile Patriot (celui qui est tiré pour l’abattre) coûte 2 à 3 millions de dollars. Même s’il est abattu, le drone a gagné sur le plan financier. C’est sans doute l’innovation la plus importante de ces dernières années dans le domaine des drones kamikazes : être précis sans être cher.
Bibliographie
- Giannagostino, P. (2022). Model identification and statistical analysis in visual odometry on an UAV (Master’s thesis). Politecnico di Milano.
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- Militarnyi. (2026, April 9). Iran’s Shahed-136 Drone Evolves with Jet Propulsion and Targeting ‘Eyes’.
- Militarnyi. (2026, April 2). Iran Officially Unveils Shahed-238.
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- UNITED24 Media. (2025, June 24). Russia Deploys Upgraded Shahed Drones With Nvidia AI and Western Tech, Ukrainian Intelligence Confirms. UNITED24 Media.









