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La République islamique repose sur une contradiction structurelle entre souveraineté populaire et divine, rendant le régime fondamentalement instable face aux aspirations de la société.
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La mort de Khamenei fragilise un système bâti sur le martyre chiite et le velayat-e faqih : aucun successeur ne réunit autorité religieuse, charisme et contrôle institutionnel.
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L’Iran pourrait basculer vers une gouvernance militarisée dominée par les Gardiens de la Révolution, au détriment du clergé qui perd progressivement sa légitimité sacrée.
L’Iran est une « République islamique », ce qui signifie un régime politique qui prétend combiner une souveraineté populaire — principe républicain moderne — et une souveraineté divine — principe islamique —, répondant ainsi à la question : comment un pouvoir peut-il être à la fois choisi par le peuple et légitime devant Dieu ?
De facto, la République islamique n’est pas un système stable par nature, car elle repose sur une contradiction organisée : deux légitimités coexistent, populaire (élections) et sacrée (religion). La conséquence majeure en est que la société réclame davantage de souveraineté populaire tandis que le clergé renforce son contrôle religieux.
La crise iranienne est souvent interprétée comme une contestation sociale ou une lutte géopolitique. Elle est en réalité plus profonde : pour la première fois depuis 1979, ce n’est pas seulement le pouvoir qui est contesté, mais la prétention du clergé à gouverner au nom du sacré. L’Iran n’entre peut-être pas dans une révolution, mais dans la lente sortie historique du gouvernement des religieux. On pourrait ainsi assister à un épuisement du clergé politique.
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La guerre avec l’Iran a pris des proportions difficilement prévisibles, avec une extension du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient. Cette stratégie de fuite en avant, que d’aucuns qualifient de « suicidaire », peut-elle avoir une explication rationnelle ? Il faut revenir sur un paramètre peut-être trop souvent oublié : l’environnement religieux, fortement ancré dans le régime iranien. En décidant d’éliminer le Guide suprême Ali Khamenei, les Américains et les Israéliens ont-ils mesuré les conséquences géopolitiques de cet acte pour la suite du conflit ?
Le paramètre religieux, grille de lecture de la « stratégie » iranienne
Depuis 1979, l’Iran repose sur le principe du velayat-e faqih, qui confère au Guide suprême l’ensemble des pouvoirs religieux, politiques et juridiques : souveraineté divine médiatisée par le clergé chiite, primauté du religieux sur le politique, et institutions hybrides mêlant élections et contrôle religieux.
Le régime mobilise une grammaire religieuse du martyre qui transforme la souffrance politique en légitimité. Au cœur du chiisme se trouve le paradigme du sacrifice, dont l’événement fondateur est la bataille de Karbala. En 680, la mort de Hussein ibn Ali, petit-fils du Prophète, constitue l’événement matriciel du chiisme. C’est là son originalité profonde : la défaite n’est pas honteuse, la mort injuste devient victoire morale, et le sacrifice volontaire fonde la légitimité. Mieux vaut mourir juste que vivre soumis.
La défaite n’est pas honteuse, la mort injuste devient victoire morale : le sacrifice volontaire est au cœur de la légitimité chiite depuis la bataille de Karbala.
La résilience de la République islamique ne peut donc se comprendre sans cette centralité du sacrifice dans l’imaginaire chiite. Là où les analyses occidentales voient un coût — sanctions, isolement ou pertes humaines —, le régime mobilise une grammaire religieuse où l’épreuve confirme la justesse du combat. L’État iranien ne se contente pas d’exercer le pouvoir : il met en scène une histoire sacrée dont il se prétend l’héritier. Cette grille de lecture éclaire la stratégie de riposte tous azimuts sur l’ensemble du Moyen-Orient — y compris contre des États considérés comme des « alliés », à l’image d’Oman.
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Par ailleurs, le réseau religieux chiite se trouve profondément affecté par la mort de l’ayatollah Khamenei, qui exerçait le plus haut niveau de contrôle en Iran comme à l’étranger. Le Guide suprême assurait en effet le soutien et le financement de réseaux fondamentalistes chiites en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient, par l’intermédiaire de ses proxys que sont le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et les milices chiites en Irak.
Aucun successeur ne semble réunir simultanément l’autorité religieuse, le charisme révolutionnaire et le contrôle institutionnel. La fonction survit, la sacralité disparaît.
Se pose désormais un problème structurel majeur : qui va remplacer Ali Khamenei ? Aucun successeur ne semble réunir simultanément l’autorité religieuse, le charisme révolutionnaire et le contrôle institutionnel. La fonction survit, la sacralité disparaît. Le régime iranien peut-il alors survivre à cette disparition ? Tout dépendra des rapports de force au sein de l’appareil militaire et sécuritaire, traversé par de nombreux conflits d’intérêts — financiers notamment — entre factions militaires, politiques et religieuses. Il apparaît clairement que la question de la succession du Guide suprême n’avait pas été sérieusement anticipée.
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L’avenir de l’Iran dépend-il de la disparition du régime ou de la transformation du récit sacrificiel qui fonde sa légitimité ? La dimension religieuse ne doit pas être considérée comme un simple décor idéologique : elle constitue un facteur décisif pour comprendre les choix de puissance régionale, la résistance aux pressions économiques et les arbitrages internes du régime.
La dimension religieuse n’est pas un simple décor idéologique : elle est le facteur décisif qui explique la résistance iranienne aux sanctions, à l’isolement et aux pertes humaines.
On risque ainsi de voir émerger une nouvelle gouvernance, probablement plus militarisée, dans laquelle le paramètre religieux deviendrait secondaire au profit des Gardiens de la Révolution — sorte d’« État dans l’État ». Comprendre cette transition est essentiel pour anticiper les trajectoires plausibles de l’Iran et définir les stratégies adaptées à un avenir proche.
Les Gardiens de la Révolution, véritable « État dans l’État », pourraient être les grands bénéficiaires de l’affaiblissement du clergé politique iranien.









