<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> La marine chinoise perce la deuxième chaîne d’Îles dans le Pacifique occidental

28 juin 2025

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : (Photo by Lu Jiaping/Xinhua) - Liu Fang -//CHINENOUVELLE_CHINENOUVELLE.0019/Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2411020659

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La marine chinoise perce la deuxième chaîne d’Îles dans le Pacifique occidental

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La présence de deux porte-avions chinois, au-delà de la deuxième chaîne d’îles, marque une avancée stratégique majeure : la marine chinoise est en train de repousser vers l’est la ligne de son dispositif A2/AD (Anti-Access/Area Denial).

La stratégie des chaînes d’îles

La stratégie des chaînes d’îles , formulée par John Foster Dulles en 1951, vise à contenir militairement la Chine en contrôlant des lignes maritimes clés dans le Pacifique.
La première chaîne d’îles va des Kouriles à Bornéo, en passant par la Corée, le Japon (îles Ryukyu) , Taïwan et le nord-ouest des Philippines. Le canal de Bashi et le passage entre les îles Miyako et les îles Okinawa sont des points de passage importants de la première chaîne d’îles.
La deuxième chaîne d’îles s’étend des îles Bonin à l’ouest de la Nouvelle-Guinée, incluant Guam et les îles Mariannes. Elle marque la frontière orientale de la mer des Philippines.
La troisième chaîne d’îles, plus éloignée, inclut les Aléoutiennes, Hawaï, les Samoa américaines, les Fidji et la Nouvelle-Zélande. L’Australie se situe entre la deuxième et la troisième chaîne.
Avec cette stratégie les États-Unis aimeraient contrôler les accès maritimes en Asie-Pacifique et de contenir la marine chinoise. Compte tenu de l’évolution récente, il est nécessaire de réexaminer l’efficacité de cette stratégie.

La marine chinoise perce la deuxième chaîne d’îles

La Marine chinoise, après avoir franchi la première chaîne d’îles , progresse désormais au-delà de la seconde, à proximité de Guam, d’Iwo Jima et de Minami Torishima. Elle y déploie simultanément deux groupes aéronavals, chacun escorté par des bâtiments modernes — destroyers de type 055 et 052D, frégates de type 054A, ainsi que des pétroliers-ravitailleurs de classe Fuyu. Le porte-avions Liaoning a d’abord mené des exercices près des îles Diaoyu, suivi, le 7 juin, par le Shandong . Par cette opération coordonnée, la Chine démontre une fois de plus l’ampleur de sa montée en puissance navale et sa capacité à projeter ses forces bien au-delà de ses zones d’influence habituelles.
Ce double déploiement inédit marque une étape dans le développement de la maritime chinoise. Par ailleurs, la Chine poursuit le développement de sa flotte avec le Fujian, premier porte-avions national doté de catapultes électromagnétique, et prépare une nouvelle classe à propulsion nucléaire (type 004), visant à égaler les standards américains et français dans les technologies navales avancées.

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Le système A2/AD (Anti-Access/Area Denial) de la Chine

Pour contrer la stratégie américaine de chaînes d’îles, la Chine a mis en place plusieurs systèmes de défense qui, combinés, forment son système A2/AD . Ce dispositif mêle les domaines physiques et fonctionnels ainsi que les différentes branches des forces armées. L’arsenal de la Chine comprend des missiles balistiques antinavires (ASBM), des missiles de croisière antinavires (ASCM), des missiles sol-air (SAM), une large flotte de sous-marins, de navires de surface, d’avions de chasse, de bombardiers et des moyens non cinétiques. Ensemble, ces éléments représentent une force redoutable pour tout ennemi adversaire.

Missiles balistiques antinavires (ASBM) : La Chine dispose de missiles comme le DF-21D (1 500-1 700 km) et le DF-26 (≥3 000 km) capables de viser des navires américains, notamment les porte-avions et la base de Guam. Les missiles hypersoniques DF-17 et YJ-21 compliquent encore leur interception.
Missiles de croisière antinavires (ASCM) : Bien que moins médiatisés, les ASCM chinois (YJ-100, YJ-12, YJ-18) sont très performants, avec une portée allant jusqu’à 800 km. Leur vitesse et vol rasant les rendent difficiles à intercepter. Ils peuvent être lancés depuis la terre, la mer ou les airs.
Défense aérienne et armée de l’air (PLAAF) : La Chine déploie des missiles sol-air (HQ-11, HQ-9B, HQ-16FE, S-300/S-400) pour contrôler l’espace aérien. Sa force aérienne compte des chasseurs modernes (J-15, J-16, J-20, J-35A, y compris les avions de la 6e génération J-36 et J-50, etc.) et des bombardiers (H-6K). Des versions dédiées à la guerre électronique renforcent la supériorité informationnelle.
Marine et sous-marins (PLAN) : Avec environ 340 navires, la marine chinoise est la plus grande du monde en nombre. Elle s’appuie sur une flotte de sous-marins (Type 093, 094, 039) et de destroyers (Type 052D, 055) et de frégates (Type 054A). La Chine possède aussi trois porte-avions (Liaoning, Shandong, Fujian), intégrés au dispositif A2/AD.

L’évolution de l’équilibre des puissances militaires dans le Pacifique

L’objectif de cette démonstration de force — par l’exposition de son arsenal et la percée des deuxième, voire, troisième chaînes d’îles — est clair : envoyer un message sans ambiguïté aux États-Unis et à leurs alliés.
Dans cette même logique, il convient d’analyser les récents exercices menés par une flottille de la marine chinoise dans les eaux situées entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande . Ces deux pays s’inscrivent en effet pleinement dans la troisième chaîne d’îles, telle qu’envisagée dans la stratégie américaine d’endiguement.
La Chine affirme ne pas rechercher la guerre, mais elle déclare ne pas la redouter non plus. Se préparant à une confrontation militaire potentielle, elle se dit prête à aller jusqu’au bout si elle venait à être attaquée. Il est par ailleurs raisonnable de penser que ce type d’exercices tend à se répéter et pourrait progressivement s’inscrire dans une nouvelle normalité stratégique.

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À propos de l’auteur
Alex Wang

Alex Wang

Titulaire de deux doctorats (philosophie et ingénierie) et familier des domaines clés de la NTIC, Alex Wang est ancien cadre dirigeant d’une entreprise high tech du CAC 40. Il est également un observateur attentif des évolutions géopolitiques et écologiques.

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