• Le Wall Street Journal révèle que les Émirats ont mené des frappes secrètes contre l’Iran en avril, notamment sur la raffinerie de Lavan, devenant le troisième belligérant après Washington et Israël.
• L’attaque a déclenché un important incendie et paralysé l’installation pour plusieurs mois, juste avant le cessez-le-feu du 8 avril. Washington a discrètement salué l’engagement émirati.
• Cible privilégiée de Téhéran, le pays a essuyé plus de 2 800 missiles et drones, faisant 13 morts et brisant l’image de stabilité de Dubaï.
Le Wall Street Journal a rapporté lundi que les Émirats arabes unis ont mené eux-mêmes des opérations militaires contre l’Iran en avril, alors que seuls les États-Unis et Israël revendiquaient jusqu’ici avoir participé aux attaques contre Téhéran.
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Une frappe spectaculaire sur l’île de lavan
Selon le quotidien américain, qui cite des sources anonymes, ces frappes émiraties ont notamment visé, début avril, une raffinerie de l’île de Lavan, territoire iranien situé dans le Golfe. L’attaque aurait déclenché un important incendie et mis hors service une part substantielle de la capacité de l’installation pour plusieurs mois. À l’époque, Téhéran avait qualifié l’incident d’« attaque ennemie » sans toutefois en identifier l’auteur.
« L’attaque aurait déclenché un important incendie et mis hors service une part substantielle de la capacité de l’installation pour plusieurs mois. »
L’opération est survenue aux alentours de l’annonce, par le président américain Donald Trump, du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril, sans que le WSJ ne précise si elle a eu lieu avant ou après cette annonce.
Après ces frappes non revendiquées, l’Iran avait lancé des attaques contre le Koweït et les Émirats arabes unis.
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Un engagement militaire qui ne dit pas son nom
L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces attaques émiraties, dont l’heure et la date exactes n’ont pas été précisées. Sollicité par le Wall Street Journal, le ministère émirati des Affaires étrangères s’est refusé à tout commentaire, renvoyant à ses précédentes déclarations affirmant son droit de répondre aux attaques iraniennes. Le Pentagone n’a pas davantage commenté.
Selon le quotidien, Washington aurait toutefois « discrètement salué » la participation d’Abou Dabi, l’administration Trump espérant un engagement plus actif des monarchies du Golfe.
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Ce n’est pas la première fois que des opérations émiraties sur le sol iranien sont évoquées : en mars, plusieurs médias israéliens avaient rapporté de manière quasi simultanée qu’Abou Dabi aurait frappé une usine de dessalement en Iran. Des images diffusées à la mi-mars et exploitées par des chercheurs en sources ouvertes montraient par ailleurs des appareils ne relevant ni de l’aviation israélienne ni de l’américaine opérant au-dessus du territoire iranien, alimentant les spéculations sur l’usage de Mirage français et de drones chinois Wing Loong par les forces émiraties.
Les Émirats, cible privilégiée des représailles iraniennes
Le pays a été la principale cible des missiles et des drones tirés par l’Iran en réponse à l’offensive israélo-américaine contre la République islamique, déclenchée le 28 février.
Du début de la guerre au 8 mai, le pays du Golfe a été visé par plus de 551 missiles balistiques, 29 missiles de croisière et 2 263 drones, selon le ministère émirati de la Défense. Ces attaques ont touché des bases américaines et des infrastructures énergétiques, mais aussi des immeubles et des hôtels, faisant 13 morts, dont 10 civils, et 230 blessés.
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Malgré le taux très élevé d’interception assuré par la défense aérienne, ces attaques ont brisé l’aura de stabilité dont jouissait notamment Dubaï, épicentre des affaires, du tourisme et des investissements dans la région avant le conflit.
« Ces attaques ont brisé l’aura de stabilité dont jouissait notamment Dubaï, épicentre des affaires, du tourisme et des investissements dans la région avant le conflit. »
Une riposte diplomatique et économique tous azimuts
Les Émirats, proches alliés des États-Unis, avaient adopté un ton plus ferme que les autres pays du Golfe à l’égard de l’Iran. Au-delà du volet militaire, Abou Dabi a soutenu plusieurs résolutions onusiennes autorisant le recours à la force pour rouvrir le détroit d’Ormuz et a multiplié les mesures de rétorsion économique, en fermant des établissements scolaires et clubs liés à l’Iran à Dubaï et en restreignant la délivrance de visas aux ressortissants iraniens.
La révélation du Wall Street Journal consacre, si elle est confirmée, une bascule stratégique majeure pour Abou Dabi. Longtemps adeptes d’une diplomatie d’équilibriste entre Washington, Téhéran et Pékin, les Émirats apparaissent désormais comme un acteur militaire pleinement engagé dans la confrontation avec la République islamique. Le choix d’une frappe non revendiquée sur Lavan illustre une doctrine prudente : agir, sans toutefois endosser publiquement la responsabilité d’une escalade que l’opinion régionale réprouve.
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