La Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis d’Amérique de novembre 2025 (NSS2025) a le plus souvent été commentée en Europe sur la façon dont Donald Trump voit l’évolution de ce continent. Mais l’un des mots le plus souvent cités, dans pas moins de six pages sur vingt-neuf, est celui de « migration ». Faut-il en conclure que Trump est obsédé par cette question ou, au contraire, qu’il pointe des aspects essentiels de la dimension géopolitique des migrations internationales ?
Un article à retrouver dans le N63. Golfe : qui sera le maître ?
Gérard-François Dumont, professeur émérite à Sorbonne Université, Président de la revue Population & Avenir
La question migratoire est citée une première fois dans la partie « II. Que doivent vouloir les États-Unis ? » : « Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d’immigration », car l’objectif ensuite cité comme première « Priorité » de la « Stratégie » est « La fin de l’ère des migrations de masse »
Puis, les principes de la « Stratégie » (point IV-I) énoncent la question de la souveraineté, liée à la question électorale dans une démocratie, soit le risque de « la manipulation cynique de notre système d’immigration afin de constituer des blocs électoraux loyaux à des intérêts étrangers au sein de notre pays ». Ce risque est effectivement une question qui peut se poser en raison de l’existence de diasporas dont certains des membres ressentent plus de proximité avec la politique de leur pays d’origine qu’avec celui de leur pays de résidence.
Pourtant, ce risque n’est pas fortement attesté aux États-Unis. Certes, les Américains d’origine hispanique émettent un vote plus favorable aux démocrates qu’aux républicains dans des proportions qui ont d’ailleurs diminué. Mais on ne peut pas dire que ce choix électoral soit lié aux influences de leur pays d’origine. Dans le cas des Américains de la diaspora cubaine, c’est même le contraire.
Le rejet du régime dictatorial de leur pays d’origine les conduit à voter majoritairement pour les républicains et contribue à donner une majorité républicaine en Floride
Ce vote avait d’ailleurs fait basculer l’élection présidentielle de 2000 en faveur de Georges W. Bush.
Cela est beaucoup plus vrai dans certains pays européens où les pays d’origine de certaines diasporas émettent des consignes de vote presque directement, comme le président turc Erdogan, ou plutôt indirectement, comme l’Algérie. Ceci a d’ailleurs été confirmé par l’ancien Premier ministre François Fillon déclarant, lors de son audition à l’Assemblée nationale en mai 2023 : « J’ai aussi été confronté à des ingérences d’autres pays, comme la Turquie, le Maroc ou l’Algérie, qui donnent des consignes de vote au moment des élections par l’intermédiaire de responsables religieux ». Dans les faits, il ressort des analyses des résultats électoraux que ce type de vote influencé de l’étranger a favorisé la victoire de certains candidats, notamment en Allemagne et en France.
Après la fixation des « priorités », la NSS2025 s’intéresse aux causes des migrations en soulignant à juste titre, dans le paragraphe consacré à l’Amérique, appelée « l’hémisphère occidental » : « Nous voulons veiller à ce que l’hémisphère occidental reste suffisamment stable et bien gouverné pour empêcher et décourager les migrations massives vers les États-Unis ». En citant la question de la bonne gouvernance, la NSS2025 pointe une réalité fondamentale. En effet, la tendance des publications sur les migrations consiste à privilégier comme cause la raison économique, le besoin d’individus de trouver des conditions leur assurant de meilleurs revenus. Et la migration internationale, sauf s’il s’agit de bénéficier d’une formation originale, d’acquérir une expérience étrangère, de satisfaire un projet de carrière ou familial, n’est pas nécessairement un souhait très prisé.
D’ailleurs, les populations de cette Terre habitent, à plus de 96 %, dans le pays où elles sont nées
Pour les autres, le déterminant le plus intense de l’émigration est directement lié aux conditions géopolitiques internes de leur pays de naissance. Il peut s’agir de flux d’émigration liés à des guerres, à des conflits civils, ou à des insurrections. Dans d’autres cas, la migration s’explique par des régimes liberticides, incompétents et/ou corrompus à l’exemple du régime chaviste du Venezuela qui a contraint à émigrer huit millions de personnes ou encore de Cuba, dont le quart de la population a fui le pays.










