<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Bambou contre eucalyptus : deux modèles de développement pour la Chine et l’Inde

10 août 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Ecole du Parti - Chine

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Bambou contre eucalyptus : deux modèles de développement pour la Chine et l’Inde

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  • Le bambou passe des années à développer ses racines sous terre avant de croître : la Chine a d’abord investi dans l’éducation et la nutrition de masse.

  • L’Inde, tel l’eucalyptus, a poussé vite mais sans racines profondes : priorité aux élites, scolarité obligatoire tardive, malnutrition persistante.

  • D’où deux trajectoires : demande intérieure et champions technologiques côté chinois, fuite des cerveaux et vulnérabilité sociale côté indien.

D’après une tribune de Bhim Bhurtel, Asia Times

Dans une tribune parue dans Asia Times, l’économiste Bhim Bhurtel part d’un souvenir d’enfance pour éclairer un demi-siècle de divergence entre les deux géants d’Asie. Enfant, il plante du bambou ; sa mère lui explique que « le bambou passe ses trois ou quatre premières années à faire pousser ses racines sous terre, avant de croître vers le haut ». De cette image, l’auteur tire deux modèles opposés : le « modèle bambou » de la Chine — des années d’investissement souterrain avant la croissance visible — et le « modèle eucalyptus » de l’Inde, à la croissance rapide mais aux racines superficielles.

Deux points de départ presque identiques

Les deux nations accèdent à l’indépendance à deux ans d’intervalle — l’Inde en 1947, la Chine en 1949 —, dans des conditions comparables de pauvreté et d’analphabétisme. Trois quarts de siècle plus tard, elles divergent radicalement sur presque tous les indicateurs économiques, technologiques et industriels. Le tableau ci-dessous résume les principaux contrastes soulignés par l’auteur :

Repère Chine Inde
Fondation de l’État 1949 1947
Scolarité obligatoire Loi de 1986 (9 ans) Droit légal en 2009
Priorité éducative Alphabétisation et primaire de masse Institutions d’élite (IIT, IIM, IISc)
Entreprises au classement Fortune 500 124 11

Les fondations contre l’élite

Le cœur de la démonstration tient à un choix éducatif. La Chine a investi largement dans l’alphabétisation de masse et l’enseignement primaire, doublant le nombre d’écoles primaires en dépit des soubresauts politiques. L’Inde, elle, a concentré ses ressources sur un petit nombre d’institutions d’excellence — les Indian Institutes of Technology, les Indian Institutes of Management, l’Indian Institute of Science — plutôt que sur l’éducation universelle. Un socle étroit et brillant, mais un socle étroit.

« Un pays ne peut s’industrialiser sur le dos de citoyens incapables de lire un manuel d’usine. »

Mise en œuvre : centralisation contre fédéralisme

La différence de résultats tient aussi à la capacité d’exécution. Le système centralisé chinois a permis une application rapide des politiques, notamment la loi de 1986 sur les neuf années de scolarité obligatoire. La démocratie fédérale indienne, elle, a multiplié les délais : le pays n’a fait de l’instruction obligatoire un droit légal qu’en 2009, soit près d’un quart de siècle plus tard.

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Sans nutrition, pas d’apprentissage

Pour l’auteur, la Chine a pensé l’éducation, la lutte contre la pauvreté et la nutrition infantile comme un tout, là où l’Inde les a maintenues dans des ministères séparés. Les statistiques actuelles traduisent l’écart : environ 35,5 % des enfants indiens de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance, 19,3 % de émaciation et 32,1 % d’insuffisance pondérale (enquête NFHS 2019-2021). Plus de la moitié des élèves du primaire et du secondaire échouent à des tests de lecture ou de calcul situés deux niveaux en dessous du leur, et l’Inde se classe 102ᵉ sur 123 pays à l’Indice mondial de la faim, avec un score de 25,8.

« Un enfant affamé n’apprend pas bien l’algèbre, si bon que soit le programme. »

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Fuite des cerveaux et champions nationaux

Dernier maillon de la démonstration : le débouché des diplômés. La Chine a créé une demande industrielle intérieure pour ses diplômés, notamment à travers les « projets 211 et 985 » de montée en gamme de ses universités, stimulant la naissance d’entreprises comme Tencent, Alibaba ou Huawei. Les meilleurs talents indiens, faute d’un tel écosystème, ont émigré. Le résultat se lit dans un chiffre : l’Inde compte 11 entreprises au classement Fortune 500, contre 124 pour la Chine.

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L’eucalyptus et le vent

Bhim Bhurtel reconnaît que la Politique nationale d’éducation indienne de 2020 amorce, tardivement, un rapprochement avec l’approche chinoise ; mais elle se heurte aux mêmes obstacles de mise en œuvre. Bâtir une nation riche et forte, conclut-il, suppose la tâche ingrate d’investir dans une éducation et une santé de qualité pour tous dès la petite enfance — un travail « peu glorieux » que l’Inde a différé pendant soixante-quinze ans.

« Un vent modéré suffit à renverser un eucalyptus aux racines faibles ; la structure sociale et économique de l’Inde porte une vulnérabilité comparable. »

Lire aussi : Rivalité Inde-Chine : une montagne peut-elle soutenir deux tigres ?

Source : d’après Bhim Bhurtel, « China’s bamboo growth model vs. India’s eucalyptus growth model », Asia Times, 7 août 2026. Synthèse : la rédaction de Conflits.

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