<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Élections du 25 octobre en Serbie : « ce ne sont pas les acteurs extérieurs qui décideront »

19 octobre 2026

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Photo : Aleksandar Vučić en 2023. (C) Wikipédia.

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Élections du 25 octobre en Serbie : « ce ne sont pas les acteurs extérieurs qui décideront »

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  • Le 25 octobre, les Serbes élisent leur Parlement lors de législatives anticipées. Aleksandar Vučić, qui a quitté la présidence le 27 septembre, y conduit la liste de son parti et vise la tête du gouvernement.

  • Face à lui, la liste issue du mouvement étudiant né du drame de Novi Sad ferait jeu égal dans les sondages.

  • Coup d’œil des forces en présence, des règles du jeu et des influences qui orienteront le scrutin, par Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans, la référence francophone sur la région.

Entretien avec Jean-Arnault Dérens, auteur de La géopolitique de l’orthodoxie et de Les Balkans en 100 questions. Propos recueillis par Guy-Alexandre Le Roux.

Aleksandar Vučić a démissionné de la présidence le 27 septembre. Est-ce une décision précipitée par les manifestations qui touchent le pays depuis deux ans ?

Pas du tout. C’est une stratégie parfaitement maîtrisée : il l’avait annoncée fin juin, puis a sillonné le pays pour son Parti progressiste serbe (SNS), qu’il préside toujours, ce qui était assez choquant de la part d’un chef de l’État. La Constitution lui interdit un troisième mandat présidentiel. Il ne lui reste qu’une voie : redevenir Premier ministre, comme de 2014 à 2017.

Vučić avec le chancelier allemand Olaf Scholz, à Belgrade, le 19 juillet 2024.

Président ou Premier ministre, qu’est-ce que cela change ?

Rien : c’est le patron, quel que soit le titre. Il serait jardinier en chef de la présidence que ce serait pareil. La Serbie est une république parlementaire, où le président n’a que des compétences réduites ; Vučić a perverti ce système en dirigeant aussi le parti majoritaire. La fonction qui compte, c’est la tête du parti. En démissionnant, il revient au fond à une situation plus normale : celle d’un chef de parti en campagne. Le vrai enjeu, ce sont donc les législatives. La présidentielle, attendue en décembre, sera une formalité : le camp vainqueur l’emportera, que son candidat soit un âne, un cheval ou un lapin bleu.

« C’est le patron, quel que soit le titre. »

Qui affronte le pouvoir le 25 octobre ?

Le mouvement né le 1er novembre 2024 s’est essoufflé, ce qui est naturel après deux ans de mobilisation : en mars 2025, la rue aurait pu faire tomber Vučić, plus aujourd’hui. Mais il a donné naissance à une liste, où les étudiants côtoient des enseignants, des universitaires et des figures de la société civile. La quasi-totalité de l’opposition s’y est ralliée, sauf l’extrême droite. Selon les sondages, à prendre avec une extrême prudence, elle ferait jeu égal avec celle du SNS, voire la devancerait. C’est elle qui met le régime au défi. Mais je me garderai de tout pronostic.

Que proposent les deux camps ?

Vučić dit « on continue » : la Serbie qu’il a en main depuis dix ans irait de succès en succès. C’est la méthode Coué, avec une grosse mise en scène de l’Exposition internationale de Belgrade en 2027 et une personnalisation à outrance. La liste étudiante refuse au contraire de mettre en avant ses figures. Elle réclame la vérité sur le drame de Novi Sad (l’auvent de la gare de Novi Sad s’était effondré en 2024, provoquant la mort de 16 personnes, NDLR), donc sur une corruption systémique qui remonte jusqu’à Vučić, et veut remettre à plat les institutions. Presque comme une constituante. Le multipartisme des années 1990, la chute de Milošević en 2000 et l’indépendance en 2006 ont peu changé les institutions. Ce serait le quatrième grand tournant : refonder un État de droit qui fonctionne.

Sur quelles forces s’appuie le pouvoir ?

Pas sur des oligarques : il y a des gens riches, mais le régime les tient tous, rien à voir avec l’Ukraine. Il s’appuie sur l’État-parti. Un emploi public exige la carte du parti, mais le contrôle sur l’économie est plus fort encore : ouvrez un café sans payer votre dîme au parti, et vous voilà l’heureux bénéficiaire d’un contrôle fiscal. Pendant les manifestations, des petits commerces ont fait grève par solidarité, mais l’exercice restait très compliqué. Ajoutons l’Église orthodoxe serbe, très liée à l’Église russe, qui soutient ouvertement le régime.

Victorieuse, la liste étudiante aurait-elle les moyens de gouverner ?

Le pouvoir appartiendra à la nouvelle majorité, mais tout ne sera pas réglé au soir du scrutin. Après la chute de Milošević, l’État profond a résisté jusqu’à l’assassinat du Premier ministre Zoran Đinđić, le 12 mars 2003. Il perdure, en strates héritées de la Yougoslavie socialiste, de Milošević et de Vučić. Ce dernier ne le contrôle pas à cent pour cent.

Comment le scrutin se joue-t-il concrètement ?

C’est un scrutin de liste : chaque liste nationale compte 250 candidats pour les 250 sièges du Parlement. La première bataille porte sur la diaspora, car un tiers des électeurs serbes vivent à l’étranger, conséquence d’un exode massif. Le gouvernement a décidé de restreindre le vote de cet électorat plutôt hostile, mais une cinquantaine de diplomates a publiquement refusé d’appliquer ces mesures : l’appareil d’État lui-même n’est pas uniforme.

La fraude est un acteur important. En décembre 2023, des dizaines de milliers d’électeurs étaient venus de Republika Srpska. Binationaux, ils votaient légalement, mais en norias d’autobus payés par le régime, et certains étaient domiciliés à Belgrade de façon douteuse. Cet apport a beaucoup pesé. Près de 100 000 électeurs sont rattachés au Kosovo, bien plus que les Serbes qui y vivent. Ils voteront en Serbie dans des bureaux de 10 000 à 15 000 inscrits, et 30 000 ou 40 000 voix fictives pèseraient lourd. Reste le « train bulgare », pratiqué dans tous les Balkans : devant le bureau, on vous remet un bulletin prérempli, vous le glissez dans l’urne et rapportez le bulletin vierge contre un billet. Les observateurs de l’OSCE ou du Conseil de l’Europe ne voient rien : dans le bureau, tout est normal. La part des fraudes et l’acceptation des résultats restent des questions ouvertes.

Les candidats aux législatives serbes de 2026. (C) Conflits.

Quel rôle jouent les puissances étrangères dans cette élection, notamment la Chine et la Russie ?

La Chine, premier investisseur direct, s’entend très bien avec Vučić, mais saurait rebondir s’il tombait. Elle n’a pas de camp. Le discours européen est faible : quelques alertes sur la diaspora, et pas d’observateurs du Conseil de l’Europe, que Belgrade n’a pas demandés. La France et l’Allemagne jouent encore la carte Vučić, garant supposé de la stabilité régionale. Il a retourné l’argument russe : seul pays candidat à ne pas sanctionner Moscou, la Serbie aurait dû se faire taper sur les doigts, mais l’Europe craint tellement de la voir glisser vers Poutine qu’elle la ménage. Des sanctions serbes ne changeraient rien à la guerre en Ukraine, mais le symbole est fort. La Russie ne manipule pas grand-chose, si ce n’est que l’Église orthodoxe serbe est très liée à l’Église orthodoxe russe.

En août 2024, Emmanuel Macron vend des Rafale censés ancrer la Serbie à l’Ouest. Ils ne sont ni payés, ni fabriqués, ni livrés, et personne ne sait où Belgrade trouverait près de 3 milliards d’euros à débourser. Ce sont des avions de papier, mais la France ne peut plus critiquer un client, et la Serbie passe pour être dans le camp européen. Sans débourser un dinar, Belgrade s’est offert la bienveillance d’un poids lourd de l’Europe.

« Ce sont des avions de papier, mais la France ne peut plus critiquer un client, et la Serbie passe pour être dans le camp européen. »

Ces influences pèseront-elles sur le résultat ?

Je ne le crois pas. Ce ne sont pas les acteurs extérieurs qui décideront. L’enjeu de ces élections, c’est tout simplement que les règles démocratiques soient respectées.

« L’enjeu de ces élections, c’est tout simplement que les règles démocratiques soient respectées. »

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À propos de l’auteur
Guy-Alexandre Le Roux

Guy-Alexandre Le Roux

Journaliste